PENSÉE
Tant d'oeuvres que couva l'aile de ma pensée Se débattent, heurtant leur coquille brisée Avec leurs ongles déjà longs!
Je ne suis plus le même : âme et corps, tout diffère; Hors le nom, rien de moi n'est resté ; mais qu'y faire?
Marcher en avant, oublier.
On ne peut sur le temps reprendre une minute, Ni faire remonter un grain après sa chute
Au fond du fatal sablier.
La tête de l'enfant n'est plus dans cette tète Maigre, décolorée, ainsi que me l'ont faite
L'étude austère et les soucis.
Vous n'en trouveriez rien sur ce front qui médite Et dont quelque tourmente intérieure agite
Comme deux serpents les sourcils.
Ma joue était sans plis, toute rose, et ma lèvre Aux coins toujours arqués riait; jamais la fièvre
N'en avait noirci le corail.
Mes yeux, vierges de pleurs, avaient des étincelles Qu'ils n'ont plus maintenant, et leurs claires prunelles
Doublaient le ciel dans leur émail ;
Mon cœur avait mon âge ; il ignorait la vie; Aucune illusion, amèrement ravie,
Jeune, ne l'avait rendu vieux; Il s'épanouissait à toute chose belle, Et, dans cette existence encor pour lui nouvelle,
Le mal était bien, le bien mieux.
Ma poésie, enfant à la grâce ingénue,
Les cheveux dénoués, sans corset, jambe nue.
Un brin de folle avoine en main, Avec son collier fait de perles de rosée. Sa robe prismatique au soleil irisée,
Allait chantant par le chemia.