‹ Premières poésies, 1830-1845Chapitre 77 sur 131 · L'HIPPOPOTAME · texte numérisé non relu

L'HIPPOPOTAME

On le serait à moins ; mais je ne le suis pas.

Je ne sais quelle joie intime et souveraine

Me tait le regard vif et la face sereine;

Comme après la rosée une petite fleur,

Mon front se lève en haut avec moins de pâleur;

Un sourire d'orgueil sur mes lèvres rayonne,

Et mon souffle pressé plus fortement résonne.

J'ai rempli mon devoir comme un brave ouvrier.

Rien ne m'a pu distraire ; en vain mon lévrier,

Entre mes deux genoux posant sa longue tète,

Semblait me dire : — En chasse! en vain d'un air de fête

Le ciel tout bleu dardait, par le coin du carreau,

Un filet de soleil jusque sur mon bureau ;

Près de ma pipe, en vain, ma joyeuse bouteille

M'étalait son gros ventre et souriait vermeille;

Eu vain ma bicn-aimée, avec son beau sein nu,

Se penchait en riant de son rire ingénu,

Sur mon fauteuil gothique et dans ma chevelure

Répandait les parfums de son haleine pure.

Sourd comme saint Antoine à la tentation,

J'ai poursuivi mon œuvre avec religion,

L'œuvre de mon amour qui, mort, me fera vivre,

Et ma journée ajoute un feuillet à mon livre.

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