‹ Premières poésies, 1876-1878, avec une préface de Joseph MarmetteChapitre 24 sur 47 · EN REVENANT DES EAUX · texte numérisé non relu

EN REVENANT DES EAUX

JE revenais des eaux. Tan dernier, en automne, j'étais un peu souffrant, si ma mémoire est bonne. Vous savez ce que c'est qu'un voyage en vapeur : La nausée est en jeu, quand la mer est houleuse ; L,e bambin est maussade et la bonne grogneuse ; Si le roulis survient, votre voisine a peur.

Œillades et Soupù s

C'était un soir charmant, comme il fait en septembre. Le soleil déclinait et la mer était d'ambre. Nous filions lentement aux lueurs du couchant, Nous passions des îlots, nous passions des villages. Des marmots s'amusaient à saisir les cordages ; Un monsieur près de moi s'endormait sur un banc.

ïl faisait sur le pont une chaleur extrême

A rêver limonade et gâteaux à la crème.

A ma gauche une enfant feuilletait un roman.

Chapeau tyrolien et simple polonaise.

Mon voisin prétendait que c'était une Anglaise.

A sa droite, un vieillard lui parlait gravement.

Voyager, selon moi, c'est une' fantaisie. On rencontre toujours ce qu'à la comédie On siffle volontiers — des types ennuyeux. Deux gaillards de vingt ans, en habit de collège, Le mouchoir à la main et debout sur leur siège, Saluaient leur clocher qu'ils dévoraient des yeux.

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Un mari très-jaloux bâillait en embuscade. La dame de là-bas échangeait une œillade Avec monsieur d'ici — gros garçon trop heureux. Je rêvais doucement au fond d'une bergère, Les mains sur ma poitrine, et la tête en arrière, Comme on fait sur la mer quand on est paresseux.

Ajoutez à cela que j'avais la migraine.

La fatigue du bal. les bains de la semaine,

Me donnaient tout l'aplomb d'un courtier haut classé,

Moins les écus sonnants et les billets de banque.

Les mots sont bien trouvés, si la chose me manque.

Un peu de bon vouloir et le tout eût passé.

Nous longions Cacouna : — l'heure du crépuscule. Le voyage assommant devenait ridicule :

Quelqu'un s'était assis deux fois sur mon chapeau. J'en étais à fixer la jolie étrangère, L'enfant aux blonds cheveux, qu'on disait d'Angletern Qui lisait un roman — dont j'ai parlé plus haut.

U4 Œïfùdej et Sou

J'ai bien vu, mon ami, <■'■

J'aime !e.s yeux profonds qui

J'ai rêvé de

Mais jamais je n'ai vu deux yeux bleu? nussi beaux.

Ils semblaient s'endormir dai

Une r-nfar.i de quinze a du monde

Poitrinaire peut-être ; — nn fr< --bin.

Un vieillard, je l'ai dit. se tenait aup

Le vieillard ^im*. laid ; mais t'eafa

L'enfant m'intéressait — ee que vous pesseï b.

Le péché, je l'admets, ou plu ôl

an œil battu. v»>i!é. mélancolique, - te ciel de Londr* J'aurais lente, je crois, un moyen fa Si le hasard n'eût fait qu'à dîner, entre m:!îe, Je me trouvasse à table en face du vieillai

Œillades et Soupirs

C'était un pas de fait, moi qui

Et pourtant, je restais les \cu.\ sur mon assiette,

Honteux comme un enfant qu'on . relier.

Dix fois je voulus boire, et mo : vide.

De distrait que j'étais, je dev< nais stupide.

Lr moyen d'en sortir, c'était de lui parler.

Je fis i ■■ que l'on fait

Je glis - m* >ts, je par]

■ [] étail : al u

eusse un peu i i sprit, ayant été nigaud.

On me fut sympathique ; et, me faut-il l'admettre,

à L'excès —

■ ■ Le vi i ■•■ à m'offrif

m6 Œillades et Soupirs

:' \ me :.*-:■ < la nappe.

Ii se fallut lever : n salle.

J'allais me retirer ; on me prit par le bras.

Nous vînmes sur le pont : le temps changeait de note. Les dames .s'en allaient ou mettaient leur capote. Le vent soufflait du nord et le fleuve était noir. it plus que nuit ; tout présageait l'orage. Des cri mfants nous venaient du rivage.

Tout naturellement nous devions nous asseoir.

' ■ On jetait un p ir les pieds d'un malade.

Le vieillard nous quitta : us deux.

sais pas ce qui me :

Je voulus tout savoir — son histoire comj La chose m'intriguait, et ie fis de mon mieux.

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