‹ Premières poésies, 1876-78 (volume 2)Chapitre 28 sur 42 · SOUVENIR · texte numérisé non relu

SOUVENIR

UN soir du dernier carnaval, — Un froid de loup, je me rappelle Nous revenions tous deux du bal, Bien tard, bien tard, mademoiselle.

Je m'en souviens. O vrai bonheur !

Des airs joués à Touverture, Les battements de votre cœur Gardaient encore la mesure.

138 Œillades et Soupirs

— Si vous m'aimiçz ?

— Je n'en sais rien.

Toujours est-il que la dernière.

Vous songeâtes que votre main Tenait la mienne prisonnière.

Pourquoi marchions-nous lentement, Par un de ces froids de Norvège, Malgré le vent qui, par moment.

Fouettait nos fronts — malgré la neige ?

C'est que, vois-tu, nous nous armions Déjà beaucoup, je me rappelle.

Le soir que seuls nous revenions Bien tard, bien tard, mademoiselle.

Page 1