RESSEMBLANCE
MOI, je sais à qui tu ressembles, Quand tu rouvres tés grands yeux bleus ; Moi, je sais à qui tu ressembles, Ma belle fée aux longs cheveux.
Tu ressembles à la Madone Riant à l'angle du chemin ; Tu ressembles à la Madone, Avec ton rire de carmin.
104 Œillades et Soupirs
Et puis, beaucoup à Notre-Dame, A Notre-Dame aux sept douleurs ; Et puis, beaucoup à Notre-Dame, Quand, tu rouvres tes yeux en pleurs.
Moi, je sais à qui tu ressembles, Ma belle fée aux longs cheveux ; Moi, je sais à qui tu ressembles.
Quand tu fermes tes grands yeux bleus.
mois sôJvj\r£TS
LE soir, quand on est seul à bâiller, qu'on s'ennuie De n'avoir rien à faire ou de n'être pas deux, Quelqu'un frappe à la porte — et la mélancolie Se glisse dans la chambre à pas silencieux.
Le passé reparaît et le présent s'oublie ; Et la tête baissée et la main sur les yeux, On se rappelle encor comme elle était jolie, Du temps où grand bambin Ton était amoureux.
168 Œillades et Soupira
■ I .II' j^ai*^
La flamme du foyer soudain s'est ranimée.
Si Ton fume, on dirait qu'à travers la fumée,
Un ange vient du ciel et nous prend dans ses bras.
L'on voudrait remonter sur les ailes du rêve, Loin, vers les régions où le soleil se lève,
Mais la réalité survient qui ne veut pas.
Œillades et Soupirs 169
QUAND tu m'aimais assez, beaucoup, sans le savoir, Par caprice (à seize ans on peut être un peu folle), Je restais devant toi, dans un coin du boudoir, Immobile, longtemps, sans dire une parole.
Or, ceci te fâchait. Mais j'accourais m'asseoir A tes pieds, sous les feux de ton œil de créole. Pour le simple plaisir un instant de te voir Me faire la leçon, comme un maître d'école.
lyo Œillades et Soupirs
Tu rougissais, frappant le parquet du talon ; Puis, c'était la bataille et c'était un sermon Mêlé de gros soupirs — de larmes de colère.
De guerre lasse, enfin, il fallait t^apaiser. J'allais derrière toi ; je volais un baiser.
Méchante !
Tu courais en avertir ta mère I
Œillades et Soupirs \ti
VOUS serez toujours là, créole prisonnière I Au-dessus du feuillet que j'aurai profané, Comme au balcon du ciel un archang^e incliné, Ou comme les' rayons de l'étoile polaire ;
Vous serez toujours là, penchée avec mystère, Promenant ça et là votre front étonné, Sur ce sonnet qu'un soir ma main a crayonné, Ayant, à votre insu, vos grands yeux pour lumière ;
Œillades et Soupirs
Vous serez toujours là — prisoniiière un peu pâle ! Au milieu des fleurons, dans votre cadre ovale, Où l'artiste est venu vous poser à genoux ;
Vous serez toujours là, sans vous douter peut-être, Que ces fleurs, à vos pieds j'aurais voulu les mettre,
Si l'on pouvait monter pour aller jusqu'à vous.
LE RENDEZ^VOVS
LÉ RENDEZiVOUS
'^A^s sorti, croyant la voir après la meesô.
Comme elle m'en avait d'ailleurd fait la promesse, En me quittant, la veille au bas de Tescalier. Et j'allais respirant un parfum printanier, -Qui me versait Todeur du paradis dans Pâme^ "En songeant que f allais rencontrer cette femme, — Qui me faisait souffrir encor plus que jamais «^ iVrar ne phis lui cacher enfin que je raimais.
Je ne l'entrevis point au sortir de réglîse.
Pas un chapeau pareil au sien, ni robe grise.
J^attendîs vainement jusqu^au soleil couché.
Je revins, cependant, sans paraître fâché, Très-lentement, les yeux levés, la tête haute.
Mais j'ai battu mon chien en entrant.
C'est sa faute.