A EDMOND DUPRÉ
Dans nos grands froids d'hiver, Edmond, lorsque la neige Crie et grince, le soir, sous le pied des passants, Quand Décembre grelotte ou que janvier assiège. Comme un soldat le fort, tes verrous blanchissants.
Que de fois, sous ce toit où l'amitié fidèle Offre, malgré le temps, un abri pour mon:cœur, Ne suis-je pas venu, morne, traînant de l'aile, Dérober un moment;de calme et de bonheur !
Que do fois, dans ces nuits— nuits de vague tristesse- Ofï l'on sent sur son front poser le doigt do Pieu, N'iii-jo pas recousu mes lambeaux do jeunesse, Assis à tes côtés, à la clarté du feu !
Ah ! vois-tu, j'ai compris dans ce siècle de doute,
Où le calme jamais n'attend le pèlerin,
(iue le destin, ami, t'avait mis sur ma route,
Tour comprendre mon cœur, pour me tendre la main.
Et puis, j'ai dit alors :— Viennent les jours d'orage ! Viennent les jours de deuil, de misère et d'ennui ! Qu'importe ? le soleil disperse le nuage.
Et tu restes toujours, quand tant d'autres m'ont fui.