CRAYONS
Un beau salon chez des gens riches, Des fauteuils à la Pompadour, Et, ça et là, sur les corniches, Des bronzes dans un demi-jour.
Des œilluts blu .es dans la corbeille Tombée au ^iecl d'un gui'ridon. Un Erard ouvert de la veille, Une guitare, un violon.
Une fenêtre. Un rideau rouge.
Et sur lin cnnapé de crin,
Un enfant qui dort. Rien ne bouge.
Il est dix heures du matin.
Lo soir de la Toussaint est triste à la canipogne !
Le voisin est entrd, mais quelqu'un l'aecomi.Mgne.
C'est le curé. La neige a niouilli? son rabat.
Son vieux feutre, on le met sur le pied du grahat ;
On balaye, en jasant, les plis de sa soutanof
La mère sait qu'il tousse ; elle oflVe sa tisane ;
Il refuse. Le père appelle ecs garçons.
On fait cercle, d'abord, un peu loin des tisons ;
Et puis, sans le savoir, lentement on s'anproché.
Soudain, on croit ouïr les sanglots do la clorhe.'
C'est pour les morts. 0„ met les enfants a genoux.
La grand'mère, aussitôt, va tirer les verrous. Et le vieux curé fait, afin que l'on médite.
Le signe de la croix avec de l'eau bénite.
Dans l'nlbuni ouvert sur la table, Un grand vieillard au front distrait, D'une façon fort respectable.
Sourit au fond de son portrait.
C'était un hanteur de goguette,
Mort au Mexique à soixante ans,
Un sous-oificier en retraite
Qui fut bandit pendant longtemps?
Ce vieillard est toute une étude ;
Le regarde-t-on fixement, On reste avec la certitude Que ses yeux roulent dans du sang.
Il les quitta, le pauvre père, Jugeant son sort par trop amer, Pour s'en aller, au cimetière, Dormir sous le grand saule vert.
Elle toussa, la pauvre mère.
Deux ans après, pendant l'hiver.
L'enfant chantait, pour la distrai-e, La sérénade de Shubert.
Klle mf)Uiut, la pauvre Icmine, Et veis le ciel monta son Anu; Sur les ailes d'une ehan.^on.
Le père mort, la mère morte, L'enfant voulut partir — en sorte Qu'il n'est plus rien clans la mniaon.