REMEMBRANCES
Dans Tâtre brûlent les lisons, Les tisons noirs aux flammes roses ; Dehors hurlent les vents moroses, Les vents des vilaines saisons.
Contre les chenets roux de rouille.
Mon chat frotte son maigre dos.
En les ramages des rideaux.
On dirait un essaim qui grouille :
C'est le Passé, c'est le Passé Qui pleure la tendresse morte; C'est le bonheur que l'heure emporte Qui chante sur un ton lassé.
LES SYHTES
Là-bas, où, sous les ciels attlques, Les crépuscules radieux Teignent d'améthyste les Dieux Sculptés aux frises des portiques ;
Où, dans le feuillage argenté Des peupliers aux torses maigres, Crépitent les cigales aigres Ivres des coupes de l'Eté ;
Là-bas, où d'or fin sont les sables Et d'azur rythmique les mers, Où pendent les citrons amers Dans les bosquets impérissables,
La Vierge aux seins inapaisés Plus belle que la Tyndaride, Fit couler sur ma lèvre aride Le dictame de ses baisers.
LkS SVRTKS II
D^où vient cette aubade câline Chantée — on eût dit — en bateau, Où se mêle un pizzicato De guitare et de mandoline ?
Pourquoi cette chaleur de plomb Où passent des senteurs d'orange, Et pourquoi la séquelle étrange De ces pèlerins à froc blond ?
Ï2 PREMIÈRES POisiBS
Et cette Dame quelle est-elle, Cette Dame que Ton dirait Peinte par le vieux Tintoret Dans s robe de brocatelle ?
Je me souviens, je me souviens Ce sont des défuntes années.
Ce sont des guirlandes fanées Et ce sont des rêves anciens 1
LES SYRTIiS
Parmi des chênes, accoudée Sur la colline au vert gazon, Se dresse la blanche maison, De chèvrefeuille enj^uirlandée.
A la fenêtre, où dans des pots, Fleurit la pâle marguerite, Soupire une autre Marguerite :
Mon cœur a perdu son repos..»
l4 PAEM1£A&8 POisi&S
Le lin moule sa gorge plate Riche de candides aveux, Et la splendeur de ses cheveux Ainsi qu'un orbe d'or éclate.
Va-t-elle murmurer mon nom ?
Irons-nous encor sous les graves Porches du vieux burg des burgraves?
Songe éteint, renaîtras-tu? — NonI
LES SÏRTBS l5
Hautes sierras aux gorges nues, Lacs d*émeraude, lacs glacés, Isards sur les crêtes dressés, Aigles qui planez par les nues ;
Sapins sombres aux larges troncs, Fondrières de l'Entécade Où chante la fraîche cascade Derrière les rhododendrons;
l6 PUhMlÈRES POÉSIES
Et VOUS, talus plantés d'yeuses, Irai-je encor par les sentiers Mêlant les rouges églantiers A la pâleur des Sr^^abieuses ?
Dans les massifs emplis de geais Mènerai-je encore à la brune La jeune belle à la peau brune.
Au pied mignon, à l'œil de jais ?
LtS SVUltS .-
En jupe de peluche noîre, Avec des chapeaux tout fleuris, Mes folles amours de Paris Chantent autour de ma mémoire.
Elles ont des cheveux d'or pur, Et, sous les blanches cascatelles Des guipures et des dentelles.
Des seins de lis veinés d'azur.
t8 PREMIÈRES POÉSIES
Avec une audace espagnole, Ma gourmande caresse n'a- T-elle aux genoux de Rosina Moqué les verrous de Barthole ?
N'ai-je pas promené ma main, Avec des luxures d'artiste, Sous des chemises de batiste Embaumant l'a inbre et le jasmin?
LIS SYIITKS 19
Contre les chenets roux de rouille
Le chat ne frotte plus son dos.
En les ramages des rideaux
On n'entend plus à^essaim qui grouille.
Dans Tâtre pleins de noirs tisons, Eteintes sont les flammes roses ; Et seuls hurlent les vents moroses, Les vents des vilaines saisons.
LES 8YRTKS 21
BOUQUET A LA GRiEFIN
Parc ducal. Le ciel fige en du smalt les branches. Dans les nids, gazouillis d'oisels et d'oiselles. Seigneurs très chamarrés, gentes damoiselles. Des fleurs rouges, des fleurs jaunes, des fleurs blanches.
Cheveux longs à la brise épars, courbes hanches. Vos lèvres s'irisaient de vin de Moselle. J'ai humé longuement vos yeux de gazelle, Derrière les buissons piqués de pervenches.
39 rKKMl£HSS POESIES
Vieux chambellan gâteux en culotte courte, Vous offrit, sur un plat d'argent, de la tourte, Avec un madrigal suranné, Graefin;
Il vous baisa le bout de votre main lisse ; Vous lui fîtes, je crois, des yeux en coulisse Et vous ne sûtes point que j'avais le spleen.
LES SYRTK8 a3