‹ Premières poésies, 1883-1886Chapitre 23 sur 34 · LES CANTILÈNES · texte numérisé non relu

LES CANTILÈNES

LA INIAUVAISE MERE

Et le cœur se mit à parler du fond du plat. Chanson candiotk.

Dans son jardin d'été, Parmi les lauriers blancs, Dans son jardin d'été, Parmi les lauriers roses;

Dans son jardin d'été La belle se repose, Parmi les lauriers blancs, Parmi les lauriers roses.

l54 PREMIÈRES POÉSIKS

Assis à son côté, Un étranger lui cause, Lui cause tendrement Parmi les lauriers blancs.

— a Mère, pourquoi causer Avec un étranger, Parmi les lauriers roses Dans le jardin d'été I

— Au bord du fleuve bleu Où mouillent les frégatesi Mon fils, va donc jouer Avec tes camarades.

— Je vais dire à mon père Que tu causais, ma mère, Avec un étranger, Dans le jardin d'été.

MS GANTILÉNlB 1 55

— Mon fils, viens dans ma chambre Et je te donnerai Du musc et des grains d'ambre, Mon fils, viens dans ma chambre. »

Elle regorge ainsi Qu'un agneau le boucher.

Elle arrache son cœur, Le donne au cuisinier.

Voilà que son mari Par la plaine revient.

Il revient delà chasse Avec ses vingts-deu^ chii^ns.

Il apporte des lièvres Et des chevreuils tués , Pour son fils il apporte Un cerf apprivoisé.

i56 phemières poésies

— « Femme, dis à mon fils De venir me trouver, C'est pour lui que j'apporte Le cerf apprivoisé.

— Ton fils est à jouer

Avec ses camarades;

Ton fils est à jouer,

Viens boire et viens manger. »

Elle lui verse à boire Dans un vase d'argent Et lui sert à manger Le cœur de son enfant.

Et le cœur parle et dit :

«Qu'un mécréant me mange I » Et le cœur parle et dit :

« Que mon père m'embrasse. »

LES GANTILÈNES l5'J

Il égorge sa femme Avec ses propres mains, II arrache son cœur Et le jette à ses chiens.

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