‹ Premières poésies, 1883-1886Chapitre 33 sur 34 · LE PUR CONCEPT · texte numérisé non relu

LE PUR CONCEPT

Fit du monitor attendu, Et de U éternel leurre, trêve !

Le philtre de la coupe brève Sur la poussière est répandu ; Le philtre est bu par la poussière^

— Dans le crible de la sorcière Qui donc regarder osera, Regarder et s'y reconnaître!

— Sur ce qui fat ou qui sera.

Mon âme y fermons la fenêtre»

LKS CÀNTILENBS 203

Le Burg immémorial, de ses meurtrières Semble darder un œil dur sur les temps mal-nés, Et de ses porches les silences obstinés Recèlent les serments gardés et les prières.

Au jardin de la Fée où les échos sont tus Du prime éveil qui se résorbe en Timmuable Baume, elle, contre la vie irrémédiable. S'ouvre la Fleur dispensatrice des Vertus.

206 PKBMIÈHES POESIES

Et c'est ici le beau Palais de la Huée Où dansent les Coulpes en toquet de grelots, — Tel le Burg-, gésir d^austère silence clos; Fleurir en soi, telle la Fleur insexuée.

LIS CANTILÉNES I07

Sous la rouille des temps je suis un vieux blason.

— Chère galère avec ta riche cargaison, Es-tu prise à jamais dans les glaces du pôle?

— Voici rheure qui tinte et la chanson du saule.

Mon regard fatigué contemple l'horizon Monotone, à travers les barreaux d'une geôle.

— Je suis rherbe fauchée et Tarbre que Ton gaule.

— Voici rheure, maie heure, et la maie saison.

Mais que me font ces fleurs qui meurent sur la tige, Et ces parfums remémorés, et le vertige Des royales splendeurs et des épiscopats;

Car mieux que dans la nuit close des sépultures, Daimôn auguste du Concept, oh ! n'ai-je pas Trouvé l'oubli sacré, dans tes prunelles dures 1

LES CANTILENES 209

Les pâles filles de Targ-ile

S'en vont hurlant par les chemins,

Et dans un transport inutile

Sur leurs seins nus crispent leurs mains,

Lèvre vaine de ses carmins, Orgueil de la hanche nubile, Senteurs fugaces de jasmins.

0 cette extase puérile I

TOI, dans qui j'ai constitué Pour me consoler de la terre, L'amour stérile et solitaire,

Dors ton sommeil impollué Sous la pierre que ne soulève Que la force occulte du rêve.

LES CANTILENBS 2 1 1

Dans le chêne rugueux sculptée, Tu gis sur les feuillets du livre Où ma patience s'enivre, Tête de la décapitée.

Lorsque mon âme cahotée Réclame en vain Toubli de vivre, Ta prunelle auguste me livre La loi par le Destin dictée.

Et pour un instant le souci

Inexpugnable, et tout ceci

Qui rampe, fruste et périssable,

Se dispersent comme du sable; Et mon esprit monte et descend Dans lair lucide et latescent.

LES CANTILÈNBS 3l3

La DÉTRESSE dit: Ce sont des songes anciens, Des songes vains, les danses et les musiciens. La tête du Roi ricane du haut d'une pique ; Les étendards fuient dans la nuit, et c'est la panique.

La DÉCRÉPITUDE dit : Êtes-vous fous, vraiment,

Vraiment, êtes-vous fous d'avoir encor cette pose,

D'avoir encor sur les dents ce sourire charmant,

Ce sourire devant le miroir, et cette rose

Dans votre perruque, ah! vraiment, quelle est cette pose!

21 A PPiKMlÈRES POÉSIES

Le TEMPS dit: Je suis le Temps, un et simultané, Et je stagne en ayant l'air de celui qui s'envole, Mirage fruste et kaléidoscope frivole, Je vous leurre avec l'heure qui n'a jamais sonné.

Alors MAYA, Maya l'astucieuse et la belle. Pose ses doigts doux sur notre front qui se rebelle Et câline susurre: Espérez toujours, c'est pour Votre sacre que vont gronder les cymbales vierges, Et vous aurez l'or et la pourpre de Bedjapour, Esclaves dont le sang teint les cordes et les verges.

TIDOGOLAIN

TIDOGOLAIN

La Dame — en robe grivelée — Par le verger s'en fut allée.

Belle de corps et d'air hautain, Les yeux comme cieux du matin ; Au col un collier de cinq onces, Et dans ses cheveux de jaconces Un large cercle d'or battu, Avec des pierres de vertu.

Or, portant le bracet fidèle, Un nain marchait à côté d'elle, Un nain ni tant fol ni vilain Qui avait nom Tidogolain:

« J'ai fin samit. Au doigt j'ai rubacelle. J'ai daguette à pommeau de diamant.

De doubles d'or lourde est mon escarcelle Sur mon chapel et plume et parement.

Las ! réjoui ne suis aucunement :

Que fait-il, Faste, et que fait Opulence ? Amour occit mon cœur de maie lance.

J'ai destrier qui, sans qu'on le harcèle, Bondit crins hauts et le naseau fumant ; Le frein de gemmes et d'argent ruisselle, De pourpre est le caparaçonnement.

Las! sansarmet, ma tête dolemment Penche, et mon bras de fer est sans vaillance. Amour occit mon cœur de maie lance.

LES CANTILENES 219

Anne, Briande, et Douice la pucelle

Aux cheveux blonds, plus blonds que le froment.

Et la Dame de Roquefeuilh, et celle

Pour qui mourut le roi de Dagomant,

M'offrent joyeux réconfort; mais comment

Auraient-elles à mes yeux précellence ?

Amour occit mon cœur de maie lance.

Princesse, pouvez seule à mon tourment Porter nonchaloir et allégement, Car c'est de la tour de votre inclémence Qu'Amour occit mon cœur de maie lance. »

Ainsi chanta Tidogolain Le nain ni tant fol ni vilain.

(Dans l'air tiédi de la venelle Fluaient des senteurs de canelle, De spicpètre et de serpolet.) Et la Dame dit; Ce me plaît.

MÉLUSl^'E

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