‹ Premières poésies, 1883-1886Chapitre 34 sur 34 · MÉLUSINE · texte numérisé non relu

MÉLUSINE

Raimondin chevauche et son chevai l'emporte, Les rênes au col, à travers les futaies. Le vent berce sur Teau l'ombre des futaies ; Sur Teau la lune est blanche comme une morte.

Moins blanc sur Teau le clair de la lune flotte, Moins blanc que le visage dolent du comte. Bien dolent, bien dolent est le cœur du comte. Dans la futaie et sur Teau le vent soufflotte :

« Les unes, sous les hauts hennins, L'œil à mainte feintise idoine, Aux traînes que portent des nains Par les escaliers de sardoine ;

D'autres, dont la grâce florit Comme une branche neuve, et toutes; Et la pucelle qui sourit Au chevalier vainqueur des joutes:

LES CANTILENES <<2 0

Festins mentis aux affamés, Promise nef qui soudain cule, Leurres de fleuves tôt humés Dans la hagarde canicule...

Indicible, et le front vêtu De pierres gemmes en guirlande, Par quel géant gardée es-tu Aux grottes de Nortoberlande,

La prime et Tultime, et pennon Où Taure des Promesses joue, Et molette de bon renom Brochant le Désir qui s'ébroue ! »

Le vent berce sur Teau Tombre du bouleau,

Le vent berce la blanche lune sur Teau.

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De la futaie une gente dame sort, Très doucement elle chante un très doux chant; Le comte a le cœur abusé du doux chant, Le comte ne sait pas s'il veille ou s'il dort:

« Les papemors dans Tair violet Vont, et blonds et blancs comme du lait. Blonde suis, blanche comme du lait, En gone de velours violet.

Les diaspes et les caldonies Dardent sur mes tresses infinies.

Mes pers yeux, mirances infinies, Fanent diaspes et caldonies.

LES GANTILÎENKb 2I>7

Feuilles et pétales parfumés.

Montent, montent les rosiers rames, Ainsi que fleurs aux rosiers rames, A mon buste mes seins parfumés.

Des citoles'avec des saltères Frémissent aux soirs des périptères.

Ma parole aux soirs des périptères Fait taire citoles et saltères :

Targe sur les dangers ennemis Et Bel-Accueil ceux-là sont promis, Sire comte, à votre vœu promis Plus haut que les Pensers ennemis. »

Le vent souffle, souffle à travers la boulaie. Le cheval porte Raimondin, à sa guise.

Sans qu'il lui tire la bride ou le conduise, Le cheval galope à travers la boulaie.

LKS CA.NTILENKS i2g

Le comte est pâle comme un mort sous le heaume, Sous le haubert dur son cœur garde une plaie. Le vent souffle, souffle à travers la boulaie. Elle frissonne au vent, Taigrette du heaume :

« Sur le haut lit par Tévêque bénit, et fleuri D'écarlates tentures de Constantinople, — Le si doux chantchantait juste, — laDame aguéri Mon cœur, de sa main, ambre de Constantinople, De ses clairs yeux, écus d'or et de sinople.

Sur l'oreiller par Tévêque bénit, tout brodé D'oisillons volants, sous les lambrequins en dôme, — Le si doux chantchantait juste, — mon rêve agoûté Parmi la pompe de sa chevelure en dôme. Le sûr fruit de son corps, magistère et baume.

23o PREMIÈRES POESIES

Las ! las ! trop tard, trop tôt la Male-Bouche parla;

Le Mal-Souci parla de Forfait et de Rite.

Mon Dieu, se pourrait-il, oh ! se pourrait-il celay

Hideux simulacre et démoniaque rite,

Sur la couette par Tévêque bénite! »

Le vent berce sur Teau Tombre du bouleau. De la futaie un triste, triste chant monte. Le vent berce la blanche lune sur l'eau. Il ne sait pas s'il veille ou s'il dort, le comte.

« Spectre clément à la Vie, et comme De se voir réel il avait peur ; Ah ! grand' peur il avait du labeur Opiniâtre et failli de l'homme.

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L'Anacampsérote au suc vermeil Est éclose : au cœur las panacée ; Au flux de son aile cadencée L'Iynge berce Tamer sommeil.

Mais le Jaloux, dont la voix incite, S'essore des marges du Missel Et dit : qu'il nous faut rompre le scel De l'incantation illicite.

Alors c'est la chute et le confîn Du fier Palais qu'abritait la Nue; Et voici qu'Entélékhia nue Rampe en le Jour vertical et vain. »

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