A VINGT ANS XIX
Est-ce un impassible qui a écrit :
Dieu triste, Dieu jaloux, qui dérobes ta face, Dieu qui mentais, disant que ton œuvre était bon. Mon souffle, ô pétrisseur de Tantique limon, Un jour redressera ta victime vivace.
Tu lui diras : adore ; elle répondra : non.
Est-ce un impassible qui a dit :
Sombre douleur de l'homme, ô voix triste et profonde, Plus forte que les bruits innombrables du monde, Cri de Tâme, sanglot du cœur supplicié, Qui t'entend sans frémir d'amour et de pitié ?
Et ceci encore :
Ah! tout cela, jeunesse, amour, joie et pensée. Chants de la mer et des forêts, souffles du ciel, Emportant à plein vol Tespérance insensée.
Qu'est-ce que tout cela qui n'est pas éternel ?
L'impassible qui parle de la sorte est, il faut l'avouer, un impassible terriblement passionné.
Eh ! oui, l'œuvre de Leconte de Lisle est, d'un bout à l'autre, une œuvre de passion, —