C. Leconte de l'Isle
Rennes; juin 1839.
N'auriez-vous pas reçu ma dernière letlre, mon Ami? Voilà dix ou quinze jours environ que je vous Ta! envoyée, et vous ne me répondez pas. Il serait fort extraordinaire qu'elle ne vous fût pas parvenue... J'attends ave^ impatience votre morceau breton.
Je revins hier soir de Marcillé, la campagne de M"" Chrétien. Les dames Lîger m'avaient prié de les accompagner; j*ai cru ne pouvoir me dispenser de le faire. M"^ Adèle est souffrante. Ce n'est plus cette jeune lille trop bien portante^ que vous avez connue; mainteaant, elle a maigri, elle est plus posée de manières et de toti. Cette métamorphose -là est pourtant l'œuvre de l'inoffensif Jules Gérard!... Nous revenons au temps des miracles...
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II se pourrait, mon cher Rouffet, que j'allasse vous voir en août ou octobre ; du moins cela ne dépendrait pas de ma volonté, si j'agissais en sens contraire.
Je vous enverrai quelques vers la prochaine fois; ce billet ne doit servir qu'à vous avertir que je suis encore vivant et à me valoir de vous la même assurance.
A Dio!
Votre dévoué, C. Leconte i^E l'Isle.
i04 PREMIÈRES POÉSIES
Rennes, juin 1839.
Vos vers sont tendres et gracieux, mon Ami ; je vous remercie du plaisir qu'ils m'ont causé. J'attends avec impatience la nouvelle pièce que vous me promettez ; ne me la faites pas attendre aussi longtemps que votre lettre. Savez-vous bien qu'il y a quinze jours que je vous avais écrit. Votre travail du bureau vous a sans doute empêché de me répondre plus tôt; aussi je vous pardonne; vous voyez qu'on ne peut avoir plus de grandeur d'âme.
J'accepte avec plaisir la collaboration que* me propose votre ami, M, Bardoux, et je serai heureux de coopérer, pour mon infime part, h remplir quelques lignes du Phalène d'une manière plus ou moins poétique ou prosaïque.
Mais, comme j'ai retouché, augmenté, diminué
ET LETTRES INTIMES lOè
OU refait la plupart des pièces que je vous ai données, je vous enverrai de nouveau celles qui seraient destinées àTimpression. Je compte donc sur vous pour m'apprendre l'apparition du futur journal.
L'ami Robiou ne me dit rien de votre silence ; mais, en revanche, il continue à m'assommer de ses terribles vers. Imaginez-vous qu'il composa, l'autre jour, un poème dramatique intitulé : le Banquet de Noël. C'est un amas de grincements de dents, de hurlements, de contorsions oratoires, de pleurs et d'allocutions passionnés à la fange du siècle. On n'y comprend rien. ^
Je viens de lui envoyer ce qui suit. C'est mon premier essai dans le genre ironique, genre qui, du reste, ne me plaît nullement; mais, puisqu'il est fait, je vous l'envoie.