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POÈME SPIRITUALISTE ET ARTISTIQUE

Pour paraître prochainement PAR LES MÊMES

Dites-moi ce que vous pensez de tout cela.

Je vous enverrai les poésies promises aussitôt qu'on me les aura rendues. Ecrivez-moi.

Votre ami pour toujours, ; C. Leconte de l'Isle.

- Rennes, juillet 1839.

Que tes accents sont doux, mon frère en poésie I... Soit qu'un heureux rayon dore ta fantaisie, Soit que ton vers facile épanche avec des pleurs L'harmonieuse voix de tes jeunes douleurs !

Oui, mon cher Rouffet, vos vers sont tout harmonie et tout sentiment. Ne les oubliez pas dans le recueil.

Je suis heureux de vous voir si tranquille à l'égard de notre publication. Pourtant, croyezmoi ; nous éprouverons, sans doute, quelques difficultés qui, du moins je Tespère, ne seront pas insurmontables. Vous me demandez mon avis sur la vente totale ou le partage de l'ouvrage : je crois que nous ferions bien de le

vendre, en retenant une dizaine d'exemplaires pour chacun de nous, et en exigeant, ^w^^ow^, que le format, le papier et l'impression fussent tels que nous le désirons. Il serait peut-Mre bon d'en faire la proposition à un libraire de Lorient, puisque vous y êtes. Si cela ne lui convenait pas, nous essayerions ailleurs. Faites quelques lignes de prose, en manière de petite préface, mais, toutefois, sans mettre ce titre au dessus, car il est maintenant proscrit.

Dites-moi, mon Ami, votre avis franc et sévère sur les quelques vers que je vous ai envoyés par la diligence. Le plan du nouvel ouvrage pour lequel je vous demandais votre collaboration vous a été trop succinctement exposé pour que vous ayez pu le bien concevoir, et, comme j'ai réfléchi qu'un travail régulier gêne souvent l'inspiration, si cela ne vous convenait pas, je m'en chargerais et nous unirions encore nos poésies dans un second volume. Qu'en pensez-vous?

Je crois que nous ferions bien de conserver pour notre premier ouvrage le titre : les Rossi-

gnols et le Bengaliy car deux raisons combattent en sa faveur: d'abord — et ce n'est pas peu de chose aux yeux de la foule — ce sont deux mots qui frappent brillamment loreille et l'œil et qui promettent de \di poésie y ^wis ne trouvezvous pas que le prologue et la dernière pièce adressée à nos vers encadrent assez bien l'ouvrage? Je vous fais juge souverain en ceci, et j'attends votre arrêt.

A propos, vous me direz comment vous trouvez la bluette intitulée Rosée, Je crois y avoir mis assez de fraîcheur.

Robiou s'est plaint à moi, d'une manière lamentable, du silence ex-tra-or-di-nai-re que vous gardiez pour lui; qiais comme, au fond, c'est un garçon excessivement généreux, il est parti pour l'Angleterre en vous laissant son pardon.

11 y a environ un mois que je n'ai vu M'**" Eugénie, et je ne me présenterai devant elle que notre ouvrage à la main.

Je vous enverrai Turquety, en Hymnes sacrées^ demain ou après-demain.

Je VOUS assure, mon Ami, que je préfère, au centuple, la réalité telle que vous me Toffrez à toutes les illusions possibles.

Votre ami sincère, C. Leconte de l'Isle.

Rennes, août 1839.

Puisque vous avez Tinteiition de quitter Lorient, mon cher Rouffet, j'ai pensé qu'il vous serait agréable d'avoir, à Rennes, la perspective assurée d'une place et de quelques leçons à donner. Je vais donc m'en occuper. M. Tranois, que vous connaissez, se chargera volontiers, maintenant qu'il part pour les vacances, de vous laisser comme répétiteur aux jeunes gens qui se préparent à passer leur examen au commencement de l'année prochaine; et, à ma prière^ plusieurs jeunes gens, plus capables que moi de s'informer s'il y a des places vacantes chez les notaires de Rennes, me communiqueront leurs découvertes que je vous soumettrai de suite. Vous sentez bien que, à part ma sincère affection, il entre beaucoup d*égoïsme dans

mon fait. Ne vous aurai-je pas auprès de moi ? Dites si cela vous fait plaisir.

Vous avez raison, mon Ami, Le titre : les Rossignols et le Bengali me conviendrait mieux qu'à vous. Changeons-le donc pour : Cœur et Ame. Je mettrai quelque autre pièce à la place des vers Aux Rois, Renvoyez-moi vos poésies et les miennes, afin que je puisse les proposer aux libraires rennais. Quant à Dinan, il n'y faut pas songer; je n'y voudrais pas faire imprimer une carte de visite, en admettant, contre toutes probabilités, qu'on fût capable de le faire.

Savez-vous ce que c'est que de faire imprimer par souscription ? Etes-vous bien disposé à vous traîner à deux genoux devant des gens qui se soucient fort peu de vos vers, afin d'en obtenir de l'argent? Pour moi, non seulement cela est au-dessus de mes forces, mais encore j'aimerais mieux ne jamais publier une ligne que de le devoir à la pitié du vulgaire. Que voulez-vous? Si nous ne pouvons pas vendre nos poésies, nous resterons ignorés : ce sera la dernière et la plus cruelle de nos déceptions.

Digifized

J'ai fait une centaine de vers pour mon poème; je vous enverrai la première partie, sur la Musique^ quand tout sera fini. Je ne parle pas de l'ouvrage entier. « Rien de si difficile, en poésie, que le commencement, si ce n'est la fin », a dit lord Byron; j'en ressens maintenant toute la vérité.

Voici une petite romance, que J. Lemarchand s'est chargé de mettre en musique. Le connaissez-vous? Il est de Lorient.

Doux ange, au doux nom de Marie,

Dont chaque parole fleurie

Me rend le cœur harmonieux.

Sais-tu qu'à mon âme ravie

Un seul rayon de tes beaux yeux,

Rayon d'espoir, ouvre les cieux ?

Mon existence frêle et sombre

Est attachée à ta jeune ombre

Et reflète tes jours joyeux...

Oh I sais-tu qu'à mes vœux sans nombre

Un seul rayon de tes beaux yeux,

Rayon d'espoir, ouvre les cieux?...

Ah! quand viendra l'heure d'ivresse Où, souriant à ma tendresse, Et penchant son front gracieux Comme un parfum sur ma tristesse, Diras : « Ce rayon de mes yeux T'appartient ; il t'ouvre les cieux ! »

Vous voyez, mon Ami, que c'est une romance dans toute la force du terme, ce qui veut dire qu'elle ne signifie pas grand'chose. Cela n'empêche pas que je n'en possède encore deux ou trois autres comme cela; je vous les montrerai quand vous viendrez à Rennes.

A propos, je n'ai pas besoin de vous dire que ma chambre et tout ce que je possède est entièrement à votre service. Souvenez-vous-en!

Mon Dieu, mon Ami, que ne sommes-nous J. Gérard en deux personnes! J. Gérard, le pauvre d'esprit qui, après être resté onze anj nées dans l'étable universitaire, mangeant des pensums en guise de foin, deviendra, j'en suis persuadé, directeur général, membre de la Légion d'honneur, homme considéré, payant deux cents francs de contributions!

ET LETTRES INTIMES i35

Mais, hélas I nous ne sommes que deux pauvres fabricaleurs de vers alexandrins et autres, deux parias, deux imitiles surtout qui n'ont pas seulement vingt mille livres de rentes ! Gloire aux utiles ! Honte à vous, honte à moi !

j Votre ami bien dévoué, C. Leconte de l'Isle.

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