‹ Premières poésies et lettres intimes;Chapitre 50 sur 66 · C. Leconte de l'Isle · texte numérisé non relu

C. Leconte de l'Isle

XLrii

Rennes, octobre 1839.

Pour avoir la certitude d'être imprimés il faut, mon cher Rouffet, que le libraire puisse lire nos vers; or, ceci devient impossible, du moment oîi je ne les ai pas. Veuillez donc m'en- \oyer tout ce que vous avez copié jusqu'ici; vous m'expédierez le reste ensuite. Vous devez sentir que l'éditeur ne s'engagera pas à se charger de l'impression du volume avant de juger par lui-même de ce qu'il renferme. Ainsi, croyez-moi, il est nécessaire que je puisse disposer sur-le-champ de nos poésies, lorsque celui qui acceptera notre ouvrage demandera à le voir...

Je vous avoue, mon Ami, que notre titre m'embarrasse beaucoup. Je n'aime pas trop les Effusions poétiques. D'un autre côté, Cœur et

Aîné est bien prétentieux, vu l'exiguité de notre œuvre. Creusez-vous la tête; de mon côté, j'en ferai autant, et il faut espérer que nous trouverons quelque titre à notre mutuelle convenance...

Il faut vous dire, mon cher Ami, que Houein et moi avons eu le projet de nous associer .à vous pour fonder à Quentin un pensionnat qui pût faire toutes les classes et qui eût été dirigé suivant la méthode d'enseignement la plus large. Ilouein est sur le point d'être reçu licencié es lettres, ce qui lui faciliterait Texécution de ce rêve, et, avec neuf mille francs de capital, nous pourrions commencer dès Tannée prochaine, avec cinquante élèves, deux maîtres d'étude, quatre professeurs, de mathématiques, de physique, de musique et de dessin. Houein se chargerait d'un cours de grec et de philosophie; vous, d'un cours de langue latine et de littérature française; moi, de la rhétorique, de la géographie et de l'histoire. Et, par-dessus le marché, nous ferions promesse d'un diplôme baccalauréatique au bout de trois ans, cela dans

un prospectus papier rose, doré sur tranches !... Hein!

En attendant, M. Bussy, notaire à Rennes, a besoin d'un premier clerc, et je vais vous proposer à lui, si toutefois les appointements qu'il vous offrira vous conviennent. Je pense que cela n'ira pas h moins de cinquante francs par mois. Je vous le dirai dans ma première lettre.

J'attends une réponse de Dinan. N'oubliez pas de m'envoyer les poésies, ou du moins les miennes, si vous ne désirez pas me confier les vôtres ; car soyez persuadé que l'éditeur demandera à les lire.

Tout à vous de sincère afiFection.

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