‹ Premières poésies et lettres intimes;Chapitre 49 sur 66 · LÉLIA DANS LA SOLITUDE · texte numérisé non relu

LÉLIA DANS LA SOLITUDE

Solitudes des nuits, temples de la pensée,

Des astres de la nue éclat mystérieux,

Vous êtes beaux et doux pour notre âme oppressée,

Lorsque le calme immense enveloppe les cieux ;

Vous êtes beaux et doux, sommeil des monts sublimes.

Anges qui, dans l'azur, ouvrez vos yeux brûlants.

Vieux aigles dont les nids penchent sur les abîmes,

Noirs monarques des glaciers blancs!... Mais, plus belle et plus douce, ô splendeurs, une femme Mêle à vos feux lointains les splendeurs de son âme, Et dominant vos fronts de son front radieux, Élève loin de vous un vol audacieux.

Lélia, voici Theure où l'ombre solitaire

Met sur la neige bleue un reflet plus austère :

1. Cette pièce est-elle antérieure ou postérieure à celle qui précède? Nous Tignorons. Il y en a deux versions ; nous donnons ici la seconde .

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Que ton vol est lointain, que ta noble louange Jette, vibrants et beaux, de parfums sans mélange,... Alors que ces clartés dans les cieux jaillissant, Doux lustres de nos nuits qu'allume un doigt puissant, Et que nourrit sans cesse une immortelle flamme, Pâlissant aux éclairs qui sortent de ton âme. S'éteignent à la fois dans l'espace surpris Dont les -profonds échos rendent les vastes cris !...

Lélia, Lélia, tes sublimes pensées S'abattent maintenant sur leurs ailes brisées

Par l'éclair souverain...

Aigle déchu mais beau, meurtri comme l'Archange Dont l'orgueil fit pâlir la divine phalange,

Tu gardes son dédain !...

Lélia, Lélia, pauvre âme inconsolée, Cœur éteint, lys flétri dans l'humaine vallée.

Cygne exilé des cieux...

Oh I pleure, et doucement incline ta jeune aile, Pour reposer bien loin de la voûte éternelle

Ton essor gracieux l...

Lélia, Lélia, merveille étincelante.

Ton souvenir, ainsi qu'une lame brûlante,

Se grave dans les cœurs ; Météore éclatant qui jaillit dans notre ombre, Ame faite d'airain, âme implacable et sombre.

Tu maîtrises tes pleurs !...

Lélia, Lélia, l'amour et rharrtionie Se posaient sur ton front en guirlande infinie

De grâce et de beauté...

Leurs accents se berçaient sur des flots de lumière ; Oh ! ne savais-tu pas que Torgueil est poussière

Devant l'éternité?... A quoi bon, Lélia, tous ces regrets infîmes ? Ne laisse pas longtemps tes deux ailes sublimes

S'engourdir dans le deuil !

Vers le ciel irrité lève ta forte tête :

Le courage n'est beau qu'au sein de la tempête...

Le génie est l'orgueil!...

Oh! quel que soit ton nom, délirante pensée.

Création étrange, âme vierge et blasée,

Lélia, c'est le soir, c^est le crêpe immortel.

Le sombre et beau linceul dont se couvre le ciel,

Le soir majestueux dont les splendides voiles

Semblent de noirs velours que percent les étoiles!.

Lélia, voici l'heure où le Monteverdor,

De rayons inconnus s'illuminant encor,

Antique et fier géant aux épaules charnues,

A la pose d'airain, dans l'infini des nues,

Dresse ses cheveux blancs et son front dévasté.

Roi des déserts glacés et de l'immensité !

femme, les viva'nts dorment... Un grand silence Par l'air et sur les monts abaisse une aile immense, Dieu semble de son pied étreindre terre et cieux. Quelques aigles, parfois, planent, silencieux, Mais, tournoyant bientôt en spirales pressées, Disparaissent ainsi que de grandes pensées...

Léiia, tandis qu'aux bras d'un lourd sommeil, Les hommes sont muets, ton âme prend l'éveil. Le regard sombre et fier, du pied foulant l'abîme Qui flamboie en la nuit, par le calme sublime, Tu marches, forte et belle, et ta pensée en feu Comme un astre exilé remonte au sein de Dieu l Gœui: éteint et brûlant, mystère, être inouï Dont le regard d'amour ou d'audace éblouit... Oh ! quel que soit ton nom, aigle des solitudes, front prodigieux, chargé d'inquiétudes, Idole de Sténio, noble cœur de Crenmor,...

Être sublime et beau qui penses, quand tout dort, Les yeux fixés longtemps dans l'espace indicible Dont la splendeur saisit d'un élan invincible Comme un aimant divin ta noble émotion, Et te laisse plongée en contemplation...

Ohl quel que soit ton nom, salut, âme infinie, D'orgueil et de beauté, d'amour et de génie !

XLU

Rennes, octobre 1839.

Ceci, mon cher Ami, est l'épilogue de cette pièce que j'adressais à ma mère et dont vous avez reçu Tébauche. Dites-moi si vous préférez ces vers-ci aux précédents :

Toujours, quand ma pensée, avec mélancolie, Retourne à ces moments que jamais on n'oublie, A rage où le soleil resplendit dans le cœur, Où toute voix est douce et n'a rien de moqueur. Où l'on aime, à travers le prisme de la joie. L'horizon souriant qui dans les pleurs se noie, Alors le souvenir, cet intime enchanteur.

Ramène sous mes yeux tout mon premier bonheur, Puis, de l'aile essuyant les pleurs de ma souffrance, Réunit le passé si doux à l'espérance, 'Et, m'entr'ouvrant les cieux, évoque devant moi Leur image à tous deux... ma mère, c'est toi!

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Et je dis : n'est-il pas, sur cette ingrate terre,

De dévouement sans borne un tendre et doux mystère.

Une étoile propice et qui, soudain, nous luit,

Quand, avec des sanglots, nous marchons dans la nuit,

Un céleste parfum qui berce nos misères

Et dont la sève, amour, est au cœur de nos mères?

Si vous avez copié, mon cher Rouffet, les différentes pièces que vous destinez à Timpression, renvoyez-moi le tout par la diligence, car j'ai l'espoir de placer notre volume soit à Paris, soit à Dinan. Je viens d'écrire à mon oncle pour lui faire part de notre projet, et j'ai tout lieu de penser qu'il nous aidera.

Combien avez-vous de vers?

Mon départ pour Bourbon n'est qu une très minime probabilité, mon cher Ami; mais je pourrais fort bien, d'un jour à l'autre, retourner à Dinan, car mon oncle semble le désirer. Pourtant il faut pour cela que je le désire aussi, et décidément je ne le désire pas. Quoi qu'il en soit, soyez sûr que nous nous reverrons auparavant.

Je viens d'expédier à Paris ma pièce à George

Sand, augmentée et retouchée. Je ne sais si MM. les rédacteurs de la Revue des Deux Mondes l'imprimeront. Vous pourrez le voir dans dix ou douze jours, s'il existe à Lorient un cabinet littéraire qui reçoive cette Revue, Au reste, je vous l'écrirai.

Houein et moi avons le projet d'élever un pensionnat modèle. Il ne manque plus que ce qu'il faut pour le mettre à exécution : l'argent. Voulez-vous en être ?

N'oubliez pas de m'envoyer le précieux manuscrit : vos vers et les miens.

Adieu, mon Ami , tout à vous.

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