‹ Premières poésies et lettres intimes;Chapitre 58 sur 66 · C. Leconte de l Isle · texte numérisé non relu

C. Leconte de l Isle

Rennes, 9 mai 1840.

Je ne vous ai pas répondu de suite, mon cher Ami, parce que les collaborateurs nous ont manqué et que C. Bénézit et moi avons été obligés de remplir la revue à nous seuls, et encore notre pauvre publication est-elle bien aventurée ! Après notre seconde livraison, je doute fort qu'elle continue. Le nombre des abonnés, à six francs par an chacun, est loin de couvrir nos frais, qui se montent, pour Timpression seulement, à cinquante francs par mois ; et nous n'en avons que quarante — abonnés, s'entend. Ce qu'il y a de plus palpitant, c'est que nous venons d'écrire à Charles Nodier pour obtenir son patronage.

Ce ne sera probablement — s'il nous répond — qu'un [autographe de plus joint à ceux que nous n'avons pas. C'est dur, mais...

Je vous ferai parvenir notre seconde livraison, nonois/an/ sa discontinuité. Je viens d'expédier encore à Plmpartial de Dinan un fragment de mon poème intitulé : Amour et Bretagne. Ce n'est pas dénué de poésie; je vous ferai parvenir cela.

Victor Hugo a publié les Rayons et les Ombres; les journaux disent que c'est sublime et je le crois sans peine. George Sand a fait représenter un drame, Cosima^ sur le Théâtre Français : j'en ai fait une critique dans notre présente livraison, sous le pseudonyme de Léonce; ajoutez un t^ et vous aurez Leconte, en faisant l'anagramme.

Voilà, mon vieil et cher Ami, les plus récentes nouvelles littéraires; qu'en dites- vous?

Ah ! à propos de littérature, Houein est maintenant maître d'étude au collège de Lorient.

Ecrivez-lui.

Théodore Drouin est perdu, éclipsé, évaporé

au fin fond de la Touraine. Il m'a écrit; je lui ai répondu, et j'attends sa réponse.

Je viens d achever un chant de nègre pêcheur dont la première strophe est ainsi tournée :

L'oiseam chante en battant de l'aile,

Le vent s'éveille à Thorizon,

Déjà la perle rose et frêle

Où s'abreuve le papillon,

Larme céleste qui chancelle.

Au bord des fleurs semble un rayon !

Déjà rougit le front de l'île

Sous l'œil du matin, son doux roi !

ma pirogue, emporte-moi

Sur la houle bleue et mobile !

Ces deux derniers vers sont répétés à lu fin de chaque strophe. Je suis assez content de cette bluette de quatre-vingt-dix vers, ni plus ni moins. Je vous la communiquerai, lorsque le bon temps de notre correspondance renaîtra.

Écrivez-moi le nom de l'endroit que vous allez habiter, je n'ai pas pu le lire.

ET LEtTllEâ INTIMES âl5

Adieu, mon bon Ami ; répondez-moi le plus vite possible.

Tout à vous de cœur.

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