‹ Premières poésies et lettres intimes;Chapitre 60 sur 66 · LA CENDRE DE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

LA CENDRE DE NAPOLÉON

Ils vont donc te ravir à ton roc escarpé, Poussière de celui que la foudre a frappé !

peu qui dors encor de l'immortel esclave, Tu vas abandonner, pour un étroit cercueil, L'hymne des flots profonds, chant de gloire et de deuil, Le ciel étincelant sur ton urne de lave ;

Tu vas abandonner le sublime horizon, La tempête des nuits qui prend ton large nom Pour l'emporter au loin sur Téclair de son aile... Tu vas abandonner dans son immensité Ce phare qui disait : Ici l'aigle a quitté L'ombre des bords humains pour la voûte éternelle ! cendre, ne viens pas ! Demeure au noir granit Que les rois t'ont creusé comme un suprême nid Entre les cieux brûlants et l'écume de l'onde ! Gendre de Taigle, arrête ! Il n'est pas encor temps. Ne viens pas rappeler qu'il étouffa, vingt ans, La Vierge-Liberté qui naissait, sur le monde ! Ne viens pas rappeler qu'en un jour triomphal Il plongea dans son sein le glaive impérial.

Dont jadis pour la France elle arma sa main libre, Lorsque, du ciel romain fendant l'azur doré.

Sous les triples couleurs de l'étendard sacré, Il rappelait la gloire aux rives du vieux Tibre.

C'est une fadaise que vous prendrez pour ce qu'elle vaut.

Deux livraisons de notre Variété sont déjà parues, et je vous les-aurais envoyées, si j'avais eu de l'argent, car, tout rédacteur que je suis, l'intérêt matériel du journal ne me regardait pas, je ne puis me permettre, en toute délicatesse, de disposer des exemplaires. Abonnez-

VOUS donc, mon cher Ami; sept francs par an, ce n'est pas le diable. J'ai commencé dans notre dernière livraison une série d'études littéraires que je continue dans le numéro qui va paraître enjuin. Vous y lirez aussi la première partie des Mémoires dune puce de qualité; c'est un charmant morceau d'esprit et de style dont l'auteur est M. Mille, un jeune homme étranger qui demeure maintenant à Rennes. Nous avons une lettre de Chateaubriand et une pièce de vers de Turquety qui, toutes deux, paraîtront dans ce troisième numéro. Notre essai, comme vous le voyez, prend une fort jolie tournure. Vous me feriez un sensible plaisir de vous abonner, primo, et de m'expédier de la prose et des vers. Vous ne sauriez me refuser votre collaboration; faites-y bien attention, mon Ami.

J'espère que la fièvre vous quittera bientôt, mon cher Rouffet; je vous plains du fond de mon cœur, allez! Mais il viendra un jour oii le bonheur comblera tous vos souhaits, comme nul ne saurait le mieux mériter que vous. Ré-

pondez-moi. Je ne sais ce que Houein devient. Et vous?

Adieu, cher Ami ; croyez à mon affection dévouée.

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