‹ Premières semailles. Préf. de M. l'abbe Camille RoyChapitre 11 sur 32 · C’EST BIEN VRAI · texte numérisé non relu

C’EST BIEN VRAI

A M. Joseph Pasquet

Brillante semaine agricole à Trois-Pistoles ! Auditoire d'élite, attentif et désireux de s’instruire !

J'étais à l'hôtel, la figure dérobée derrière un journal que j’essayais de lire attentivement. Des gens causaient à l’aise dans un coin de la selle... Mon oreille devint plus attentive que mon œil, quand le mot ‘ agriculture ” fut prononcé à haute voix.

Nazaire, en bourrant sa pipe d’une façon distraite, risqua une petite critique pour faire prendre la conversation :

— Les professeurs des Cours Abrégés, ce sont des gens bien instruits, il n’y a pas de doute, mais ils ont les mains blanches comme des maîtresses d’école, et ils ne doivent pas travailler à la terre, tous les jours, comme nous...

Pierre donna la réplique à son interlocuteur en bénéficiant de la flamme de sou allumette :

— Comprends-tu, mon pauvre Nazaire, que si ces gens-là labouraient à cœur de jour, comme toi cet automne, ils n'auraient pas pu apprendre tout ce qu’ils savent. Ce sont des hommes qui ont été élevés sur des fermes, qui ont étudié, lu et vu dans toutes les parties de la province et dans plusieurs pays. Ce qu'ils ont trouvé de mieux, ils viennent nous le raconter avec beaucoup de bon sens...”

L’ardeur de Pierre nuisait à l’ardeur de sa pipe. Il esquissait un large geste et sa pensée franchissait la distance du cerveau à la lèvre, avec une lenteur paysanne, lorsque François entra en lice, précédé par un abdomen qui signifiait la prospérité :

— Pour moi, Pierre a mille fois raison.

Il n’est pas nécessaire d’avoir labouré toute sa vie pour connaître les lois d’un bon labour. L'ingénieur qui a fait le pont sur notre rivière n’était pas plus fin que les autres pour ajuster un morceau de fer, mais c'était un homme de tête pour conduire les travaux et pour faire les plans. Il en faut des hommes comme ça en agriculture, pour nous faire connaître des choses qui pe sont pas à notre portée toujours.

ET — À ce compte-là, Nazaire, le curé, pour connaître tous les péchés de ses pénitents

devrait les avoir fait tous...! dit encore François.

— Il aurait de la besogne, ajouta Pierre qui arrivait encore avec sa pipe et son geste vainement repris pour la quatrième fois.

Un autre cultivateur unissait ses deux mains dans un “ c’est bien vrai ” où passait toute sa conviction... ‘“ Si l’agriculture est une science, il faut des gens qui aient le temps de l’étudier, et de l’étudier comme il le faut, pour ne pas nous tromper. Méfionsnous des charlatans en agriculture, mais ayous une grande confiance dans les agronomes vraiment dignes de ce nom.”

Des hochements de tête affirmatifs, des murmures de satisfaction, des ‘“ c’est bien vrai ” approbatifs partaient de tous les coins.

L'heure de ma conférence avait sonné, et je me rendis à la salle à la suite de tout ce monde en me disant que “ c'était bien vrai tout ce qu'on m'avait dit d’aimable sur le compte de nos auditeurs de Trois-Pistoles...”

Le Ministère de l’Agriculture, en organisant ces cours abrégés, de concert avec le Directeur de l’Ecole d'Agriculture de Sainte- Anne-de-la-Pocatière n’aura pas perdu ses pistoles... C’est bien vrai !...

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