‹ Premières semailles. Préf. de M. l'abbe Camille RoyChapitre 12 sur 32 · AUX CHANTIERS · texte numérisé non relu

AUX CHANTIERS

Arthur, un solide gaillard de six pieds, père de quatre enfants, tour à tour cultivateur et bûcheron, est sorti de la forêt pour passer le premier de l’an avec sa famille.

Sor accoutrement spécial, ses cheveux embroussaillés, sa figure masquée par une barbe récente, son rude verbe le rendent presque méconneissable aux siens.

Un bouheur de retour brille sous sa paupière et éclate sur ses lèvres.

— Âs-tu soupé, mon cher Arthur ? fit l'épouse attendrie, dont l’activité culinaire s'était surpassée en ces jours de fête.

La soupe de famille, les rôtis de porc, les tourtières et les beignes attendaient un triomphe facile sur les champs à peine évacués par les fèves au lard et la mélasse des chantiers.

— Tu n’as souffert de rien, ma miche ? fit le mari en s’efforçant de mettre de l’onction dans sa voix.

— Non... mais si tu avais été ici... fitelle avec hésitation.

— Qu'y a-t-il eu ?

— Peu de chose, répliqua timidement la mère.

— Mais quoi? Dis vite !

— Caillette...

— Notre meilleure vache !...

— Elle est...

— Elle est malade, elle est morte, devina Arthur dans la figure consternée de sa femme.

— Oui, morte étouffée, et personne ici pour la sauver !

Tous les jurons de chantier montèrent à l’assaut des lèvres d'Arthur. Il passe ses mains sur son front comme pour en chasser les pensées de révolte qui le tourmentaient et pour effacer les plis de désespoir qui le ridaient. ..

Pour faire trêve à sou imagination, il tira machinalement de son gousset une soixantaine de dollars, qu’il mit sous les yeux de sa femme.

— C’est à peu près ce qu’il faut pour réparer notre perte, dit tristement l’épouse.

— Et dire que je serais plus riche en étant resté ici! J'aurais soigné mes vaches. Je leur aurais fait produire du beurre l'hiver, tout en les conservant en bon état...

— Et tu n'aurais pas eu tant de misère et d’ennui, loin de nous.

— C’est vrai...

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