‹ Premièros méditations et Nouvelles méditationsChapitre 14 sur 54 · L'ENTHOUSIASME · texte numérisé non relu

L'ENTHOUSIASME

Ainsi ^ quand l'aigle du tounerre Enlevait Ganymède aux eienx^ L'enfant , t'attachant A la terre , Luttait contre Toiseau det dieux ;

Hais entre ses serres rapides

I/aigle, pressant ses flancs timides,

L'arracbait aux champs paternels ,

£tf sourd à la voix qui l'implore, i

II le jetait, tremblant encore,

Jnsques aux pieds des immortels.

Ainsi, quand tu fonds sur mon âme, Enthousiasme, aigle vainqueur, Au bruit de tes ailes de flamme Je frémis d'une sainte horreur; Je me débats sous ta puissance , Je fuis , je crains que ta présence N'anéantisse un coeur mortel , Comme un feu que la foudre allume , Qui ne s'éteint plus , et consume Le bûcher , le temple et l'autel.

Mais A Tessor de la pensée L'instinct des sens s'oppose en vain :

Sons le dieu mon âme oppressée Bondit , s'élance , et bat mon sein.

La foudre en mes veines circule :

Étonné du feu qui me brûle.

Je Tirrite en le combattant, Et la lave de mon génie Déborde en torrens d'harmonie, £t me consume en s'échappant.

Muse, contemple ta victime!

Ce n*est plus ce front inspiré, ; Ce n'est plus ce regard sublime

Qui lançait un rayon sacré :

Sous ta dévorante influence , A peine un reste d'existence A ma jeunesse est échappé.

Mon front, que la pâleur efface, Ne conserve plus que la (race De la fondre qui m^a frappé.

Heureux le poète insensible!

Son luth n^est point baigné de pleurs ;

Son enthousiasme paisible

If'a point ces tragiques fureurs.

De Sa veine féconde et pure

Coulent avec nombre et mesure

Des ruisseaux de lait et de miel ;

Et ce pusillanime Icare,

Trahi par l'aile de Pindare ,

Ne retombe jamais du ciel.

Mais nous , pour embraser les âmes y

Il faut brûfer , il faut ravir

Au ciel jaloux ses tciples flammes.

Pour tout peindre, il faut tout sentir.

Foyers brûlans de la lumière,

Nos cœurs de la nature entière

Doivent concentrer les rayons ;

Et Ton accuse notre vie !

Mais ce flambeau qu^on nous envie

S'allume au feu des passions.

Non , jamais un sein pacifique

N^enfanta ces divins élans,

Ni ce désordre sympathique Qui soamet le monde à nos cbanU.

Non , non , quand TApoUon d'Homère , Pour lancer ses traits sur la terre , Descendait des sommets d'ÉryXy Volant aux rives tnfemalee, Il trempait ses armes fatales Dans les eaux bouillantes du Styx.

Descendez de Tauguste cime Qu'indignent de lâches transports 1 Ce n'est que d'un luth magnanime Que partent les divins accords.

Le cœur des enfans de la lyre Ressemble au marbre qui soapire Sur le sépulcre de Hemnott :

Pour lui donner la voix et l'âme , H faut que de sa chaste flamme L'œil du jour lui lance un rayon.

Et tu veux qu'éveillant encore Des feux sous la cendre oowerts , Mon reste d'âme s'évapeie En accens perdus dans les airs 1 La gloire est le rêve d'une ondire; Elle a trop retranché le nombre Des jours qu'elle devait ebarmer.

Tu veux que je lui saciifio Ce dernier souffle de ma vie !

Je veux le garder pour aimer.

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