‹ Premièros méditations et Nouvelles méditationsChapitre 16 sur 54 · LE LAC · texte numérisé non relu

LE LAC

AiHsiy toQJonTf poussés vers de nouveaui rivages. Bans la nuit éternelle emportés sans retour, Ne pourrons-nous jamais sur Focéan des âges Jeter Tancre un seul jour ?

lac ! Tannée à peine a fini sa carrière , £t près des flots chéris qu'elle devait revoir, Regarde! je viens seul m'asseoir sur cette pierre Où tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes ; Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés ; Ainsi le vent jetait Técume de tes ondes Sur ses pieds adorés.

Un soir , t'en souvient-il ? nous voguions en silence ; On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux , Que Le bruit des rameurs qui frappaient en cadence» Tes flots* harmonieux.

Tout à coup des accens inconnus à la terre Du rivage charmé frappèrent les échos :

Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère Laissa tomber ces mots :

« temps! suspends ton vol ; et vous , heures propices !

» Suspendez votre cours :

» Laissez-nous savourer les rapides délices

» Des plus beaux de nos jours !

» Assez de malheureux ici-bas vous implorent , » Coulez, coulez pour eux ;

* Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;

» Oubliez les heureux.

* Mais je demande en vain quelques^ momens encore :

» Le temps m'échappe et fuit;

> Je dis à ceito huit : S'oit plus leiùte ^ et Faurore » Va dissiper la nuit.

» Aimons donc, aimons donc! de llieure fugitive,

» Hâtons-nous, jouissons!

» Lliomme n'a point de port, le temps n'a point de rite;

» Il coule; et nous passons! »

Temps jaloux, se peut- il que ceê momens dlvresse Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur S'envolent loin de nous de la même vitesse Que les jours du malheur ?

Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ? Quoi! passes pour jamais! quoi! tout entiers perdus! Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface, Ne nous les rendra plus I

Éternité, néant, passé, S4>mbre8 abHnes, Que faites-vous des jours que vous engloutissez? Parlez : nous ren4rez-vous ces extases sublimes Que vous uous ravissez ?

lac! rochers muets! grottes! forêt obscure!

Vous que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir, Gardez de cette nuit, gardez, belle nature, Au moins le souvenir !

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages, Beau lac, et dans l'aspect de tes rians coteaux , Et dans ces noirs sapins , et dans ces rocs sauvages Qui pendent sur tes eaux !

Qu'il 0oii dans !• léphyr qui frémit et qui ptMe, Dans les bruiti de tes bords par tes bords répëtéi. Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface De ses moUes clartés!

Que le Tent qui gémit, le roseau qui soupire, Que les parfums légers de Um air embaumé, Que tout oe qu'on entend , l'on voit ou l'on respire , Tout dise : Ils ont aimé !

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