‹ Premièros méditations et Nouvelles méditationsChapitre 17 sur 54 · A 011 POÈTE EXILÉ · texte numérisé non relu

A 011 POÈTE EXILÉ

GéniiBVX fatorifl det filles de Mémoire»

Deux tentîeri différent detant tous Tont t'ouTrir : L'un conduit au bohheor , Tautre mène à la gloire ; Mortels ; il faut choisir.

Ton sort", 6 Manoël! sumi la loi commune; La muse t'enma de précoces faveurs ; Tes jours furent tissus de gloire et d'infortune , Et tu verses des pleurs !

Rougis plutôt y rougis d^envier au vulgaire Le stérile repos dont son cœur est jaloux :

Les dieux ont fait pour lui tous les biens de la terre ; Mais la lyre est à nous.

Les siècles sont à toi, le monde est la patrie.

Quand nous ne sommes plus, notre ombre, a des autels

Où le juste avenir prépare à ton génie

Des honneurs immortels. ^ v "

Ainsi Taigle superbe au séjour du^tonnerre S'élance, et, soutenant son vol audacieux, Semble dire aux mortels : Je suis né sur la terre , Mais je vis dans les cieux. .

Oui, la gloire t'attend; mais arrête, et contemple A quel prix on pénètre en ces parvis sacrés ; Vois : l'infortune, assise à la porte du temple, £n garde les degrés. '/ ' ' ^

Ici c'est ce vieillard .que l'ingrate lonie A vu de mers en mers promener ses malheurs :

Aveugle, il mendiait au prix de son génie Un pain mouillé de pleurs.

Là le Tasse, brûlé d^une flamme fatale.

Expiant dans les fers sa gloire et son amour,

Quand il va recueillir la palme triomphale, Desèend au noir séjour.

Partout des malheureux , des proscrits , des victimes , Luttant contre le sort ou contre les bourreaux; On dirait que le ciel aux cœurs plus magnanimes Mesure plus de maux.

Impose donc silence aux plaintes de ta lyre : Des cœurs nés sans vertu l'infortune est recueil ; Mais toi, roi détrôné, que ton malheur t'inspire Un généreux orgueil!

Que tUmporte, après tout, que cet ordre barbare T'enchaîne loin des bords qui furent ton berceau ? Que t'importe en quels lieux le destin te prépare Un glorieux tombeau?

Ni l'exil, ni les fers de ces tyrans du Tage N'enchaîneront ta gloire aux bords où tu mourras : Lisbonne la réclame et -voilà l'héritage Que tu lui laisseras !

Ceux qui l'ont méconnu pleureront le grand homme; Athène i des proscrits ouvre son Panthéon , Coriolan expire, et les enfans de Rome Revendiquent son nom.

Aux rivages des morts avant que de descendre , Ovide lève au ciel ses suppliantes mains :

Aux Sarmates grossiers 11 a légué sa cendre , . Et sa gloire aux Romains.

çnnmvkmm

Page 1