‹ Premièros méditations et Nouvelles méditationsChapitre 21 sur 54 · A M. DE BONALD · texte numérisé non relu

A M. DE BONALD

Impavidum rrrient ruinse.

Aïiw, quand parmi les tempêtes,

Au sommet brûlant du Sina ,

Jadis le plus grand des prophètes

Gravait les tables d« Juda ;

Pendant cet entretien sublime ,

Un nuage couTrait la cime

Du mont inacccMible aux yeux ,

£t, tremblant aux coupi du tonnerre ,

Juda, couché dana la poussière,

Tit ses lois descendre des cieux.

Ainsi , des sophistes célèbres Dissipant les fausses clartés , Tu tires du tein des ténèbres D'éblouissantes yérités.

Ce Yoile qui des lois premières Couvrait les augustes mystères Se déchire et tombe à ta Toix ; Et tu suis ta route assurée Jusqu'à cette source sacrée Où le monde a puisé ses lois.

Assis sur la base immuable

De l'éternelle vérité ,

Tu vois d'un œil inaltéralile

Les phases de l'humanité.

Secouéa de leurs gonds antiques,

Les empires , les républiques

S'écroulent en débris épars ;

Tu ris des terreurs où nous sommes :

Partout où nous voyons les hommes ,

Un Dieu se montre à tes regards !

En vain par quelque faux système Un système faux est détruit; Par le désordre à l'ordre même

L'anivers moral ett conduit.

£t comme autour d'un aftre anique La terre, dans sa route oblique, Décrit sa route dana les «irs^ Ainsi y par une loi plus belle, Ainsi la justice éternelle Est le pÎYot de Funi^ers.

Mais quoi! tandis que le génie Te ravit si loin de nos yeux, Les lâches clameurs de Fen-vie Te suivent jusque dans les cteux !

Crois-moi, dédaigne d'en descendre , Ne t'abaisse pas pour entendre Ces bourdonnemeus détracteurs.

Poursuis ta sublime carrière , Poursuis : le mépris du vulgaire Est l'apanage des grands cœurs.

Objet de ses amours frivoles , Ne l'as-tu pas vu tour à tour Se forger de frêles idoles Qu'il adore et brise en un jour?

N'as- tu pas vu son inconstance De l'héréditaire croyance Éteindre les sacrés flambeaux ?

Brûler ce qu'adoraient ses pères, Et donner le nom de lumières A l'épaisse nuit des tombeaux P

Secouant ses antiques rênes , Mais par d'autres tyrans flatté ,.

Tout meurtri du poidf de les chaiaet , L'entendi-tu crier : Lihtrié!

Dani set Mcriléget capricef.

Le Tois-(u , donnant i ses Tices Les noms de toutes les Tertnt, Traîner Socrate aux gémonies, Pour faire en des temples impies L'apothéose d'Anitus ?

Si, pour caresser sa faiblesse, Sous tes pinceaux adulateurs , Tu parais du nom de sagesse Les leçons de ses corrupteurs, Tu Terrais ses mains avilies , Arrachant des palmes flétries De quelque front déshonoré, Les répandre sur ton passage , £t, changeant la gloire en outrage, T'offrir un triomphe abhorré !

Mais, loin d'abandonner la lice

Où ta jeunesse a combattu ,

Tu sais que l'estime du vice

Est un outrage é la yertu.

Tu t'honores de tant de haine;

Tu plains ces faibles cœurs qu'entraîne

Le cours de leur siècle égaré; <

^t, seul contre le flot rapide.

Tu marches d'un pas intrépide

Au but que la gloire a montré !

Tel un torrent , fils de l'orage ,

En roulant du sommet des monts , S'il rencontre sur son passage Un chêne, l'orgueil des wallons, Il s'irrite , il écume , il gronde y Il presse des plis de son onde L'arbre Tainement menacé :

Mais j debout parmi les ruines , Le chêne aux profondes racines Demeure; et le fleuve a passé.

Toi donc, des mépris de ton âge Sans être jamais rebuté, Retrempe ton mâle courage Dans les flots de l'adversité!

Pour cette lutte qui s'achève Que la vérité soit ton glaive , La justice ton bouclier.

Ya , dédaigne d'autres armures ; Et si tu reçois des blessures, Nous les couvrirons de laurier !

Yois-tu dans la carrière antique , Autour des coursiers et des chars, Jaillir la poussière olympique Qui les dérobe à nos regards ?

Dans sa course ainsi le génie Par les nuages de. l'envie Marche long-temp^'environné; Mais au terme de la carnère , Des flots de l'indigne poussière Il sort vainqueur et couronné.

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