‹ Premièros méditations et Nouvelles méditationsChapitre 22 sur 54 · AU MARQUIS DE LA MAISONFORT · texte numérisé non relu

AU MARQUIS DE LA MAISONFORT

Ob! qui m'emportera vers les tièdes rÎTtges Où l'Amo f couronné de ses paies ombrages ^ Aux murs de médicis en sa ceurse arrêté , RéjBéchit le palais par un sage habité ,

Et iemble au bruit flatteur de son onde plus lente ,

Mnrmurer les grands noms de Pétrarque et du Dante ?

Ou plutôt, que ne puis-je, au doux tomber du jour,

Quand, le front soulagé du fardeau de la cour,

Tu vas sous tes bosquets chercher ton Égérie ,

Suivre, en rêvant, tes pas de prairie en prairie.

Jusqu'au modeste toit par tes mains embelli,

Où tu cours adorer le silence et Toubli !

J'adore aussi ces dieux : depuis que la sagesse

Aux rayons du malheur a mûri ma jeunesse ,

Pour nourrir ma raison des seuls fruits immortels ,

J'y cherche en soupirant l'ombre de leurs autels;

Et, s'il est au sommet de la verte colline.

S'il est sur le penchant du coteau qui s'incline,

S'il est aux bords déserts du torrent ignoré

Quelque rustique abri, de verdure entouré.

Dont le pampre arrondi sur le seuil domestique

Dessine en serpentant le flexible portique.

Semblable à la colombe errante sur les eaux,

Qui , des cèdres d'Arar découvrant les rameaux,

Tola sur leur sommet poser ses pieds de rose,

Soudain mon âme errante y vole et s'y repose.

Aussi, pendant qu'admis dans les conseils des rois, ^

Représentant d'un maître honoré .par son choix.

Tu tiens un des grands fils de la trame du monde;

Moi, parmi les pasteurs, assis aux bords de l'onde.

Je suis d'un œil rêveur les barques sur les eaux,

J*écoute les soupirs du vent dans les roseaux ;

IVonchalamment couché près du Ut des fontaines,

Je suis l'ombre qui tourne autour du tronc des chênes ,

Ou je grave un vain nom sur l'écorce des bois.

Ou je parle à l'écho qui répond à ma voix;

On, dans le yague axor oonlemplant lei nnai^iy Je laiMo errer , comne eux , mef flottantes images ; La nuit tombe, et le Temps, de sop doi(^ redouté, Me marque un jour de plus , que je n'ai pas compté.

Quelquefois seulement, quand mon âme oppressée

Sent en rhythmes nombreux déborder ma pensée ,

An souffle inspirateur du soir, dans les déserts

Ma lyre abandonnée exhale encor des Ters!

J'aime à sentir ces fruits d'une sève plus mûre

Tomber, sans qu'on les cueille, au gré de la nature;

Comme le sauyageon secoué par les vents,

Sur les gazons fléiris, de ses rameaux mouTans

Laisse tomber ses fruits que la branche abandonne,

Et" qui meurent au pied de l'arbre qui les donne.

Il fut un temps peut-être où mes jours mieux remplis ,

Par la gloire éclairés, par l'amour embellis ,

Et fuyant loin de moi sur des ailes rapides,

Dans la nuit du passé ne tombaient pas si vides.

Aux douteuses clartés de l'humaine raison ,

Égaré dans les cieux sur les pas de Platon,

Par ma propre vertu je cherchais à connaître

Si l'âme est en effet un souffle du grand Être ,

Si ce rayon divin , dans l'argile enfermé ,

Doit être par la mort éteint ou rallumé;

S'il doit après mille ans revivre sur la terre;

Ou si, changeant sept fois de destins et de sphère,

Et montant d'astre en astre é son centre divin ,

D'un but qui fuit ioujours il s'approche sans fin

Si dans ces changemens nos souvenirs survivent ;

Si nos soins, noa amours, si nos vertus nous suivent;

S'il est un juge assis aux portes des enfers,

Qui sépare à jamaii les juates des pervers^^

S'il est de saintes lois qui, du ciel émanées ,

Des empires mortels prolongent les années,

Jettent un frein au peuple indocile A leur voix,

Et placent réqnité sous la garde des rois ;

Ou si d'nn dieu qui dort l'aveugle nonchalance

Laisse au gré du destin trébucher sa balance ,

£t livre, en dé^umant ses yeux indifférena,

La nature au hasard » ^t la terre aux tyraua.

Mais, ainsi que des cieux, où son toi se déploie,

L'aigle souvent trompé redescend aans sa proie,

Dans ces vastes hauteura où mon œil s*est porté

Je n'ai rien découvert que doute et vanité ;

Et, las d'errer sans fin dana des champs sans limite ,

Au seul jour où je vis , au seul bord que j'habite

J'ai borné désormais ma pensée et mes soins :

Pourvu qu'un dieu caché fournisse A mes besoins;

Pourvu que, dana les bras d'une épouse chérie.

Je goûte obscurément* les doux fruits de ma vie;

Que le rustique enclos, par mes pères planté,

Me donne un toit l'hiver, et de l'ombre l'été;

Et que d'heureux enfans ma table couronnée

D'un convive de plua se peuple chaque année,

Ami, je n'irai plus ravir si loin de moi,

Dans les secrets de Dieu , ces comment , ces pourquoi ;

Ni du risibie effort de mon faible génie

Aider péniblement la sagesse infinie.

Vivre est assez pour nous ; un pins sage l'a dit :

Le soin de chaque jour à chaque jour sufitt.

Humble , et du Saint dos Saints respectant les mystères ,

J'héritai rinnocenoe et le Dieu de mes pères;

En indioant mon front j'élèf« à lui mes bras ;

POÉTIQUES. lO:

Car la (erre Tadore et ne le comprend pas :

Semblable à Talcyon, que la mer dorme ou fronde, Qui dans son nid flottant s'endort en paix sur l'onde , Me reposant sur Dieu du soin de me guider A ce port invisible où tout doit aborder, Je laisse mon esprit, libre d'inquiétude, D'un facile bonheur faisant sa seule étude, £t, prêtant sans or^pieil la Yoile à tous les vents, Les yeux tournés vers lui, suivre le cours du temps.

Toi qui, long-temps battu des vents et de Torage,

Jouissant aujourdliui de ce ciel sans nuage ,

Du sein de ton repos contemples du même œil

Hos revers sans dédain, nos erreurs sans orgueil ,

Dont la raison facile, et chaste sans rudesse,

Des sages de son temps n'a pris que la sagesse,

Et qui reçus d 'en-haut ce don mystérieux

De parler aux mortels dans la langue des dieux;

De ces bords enchanteurs où ta voix me convie.

Où s'écoule à flots purs l'automne de ta vie ,

Où les eaux et les fleurs, et l'ombre et l'amitié,

De tes jovrs nonchalans usurpent la moitié.

Dans ces vers inégaux que ta muse entrelace ,

Dis-nous , comme autrefois nous l'aurait dit Horace ,

Si l'homme doit combattre ou suivre son destin;

Si je me suis trompé de but on de chemin;

S'il est vers la sagesse une autre route i suivre.

Et si l'art d'être heureux n'est pas tout l'art de vivre ?

A/VWMMM

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