‹ Premièros méditations et Nouvelles méditationsChapitre 30 sur 54 · A M. EUGÈNE DE GENOUDE · texte numérisé non relu

A M. EUGÈNE DE GENOUDE

Son front ett couronné de palme» et d'étoiles ; Son regard immortel , qne rien ne peut tenir,

'. M. de Genoude, à ^i ce dithyrambe est adressé, est le

TraTenant tout les temps , sonlcTant tous les Toiles, Réveille le passé, plonge daos ravenir!

Dn inonde sous ses yeux les fastes se déroulent. Les siècles d ses pieds comme un torrent s'écoulent, A son gré descendant ou remontant leur cours, Elle sonne aux tombeaux l'heure , l'heure fatale ,

Ou sur sa lyre virginale Chante au monde vieilli «e jour, père des jours.

Écoutez! — Jéhova s'élance

Du sein de son éternité.

Le chaos endormi s'éveille en sa présence; Sa vertu le féconde, et sa toute-puissance

Repose sur l'immensité.

Dieu dit, et le jour fut; Dieu dit, et les étoiles De la nuit éternelle éclaircirent les voiles;

Tous les élémens divers

A sa voix se séparèrent ;

Les eaux soudain s'écoulèrent

Dans le lit creusé des mers ;

premier qui ait fkit passer dans la langue française la sublime poésie des Hébreux. JTusqa'à présent nous ne connaissions cj^ne le sens des livret de Job , d'IsaTe, de David ; grftce à lai, l'expression) la couleur, le mouvement , l'énergie, vivent aujonird'kuï dans notre langue. Ce dithyrambe est on témoignage de la reconnaissance de Vautear pour la manière nouvelle dont M. de Genoude loi a bit envisager ht poésie sacrée.

fOtTlQVBk Ul

Lea montagiMt t'élevèrénl ,

£t lefl aqnilÂM volèrvnt

Dans les libres champs det aiH»

Sept fois de JéhoTa là patole fooonds

Se fit eoteodre au moftde , Et sept fois le néant i sa Yoix répondît ^ Et dieu dit : Faisons llioilinM i ma^t^aat* iaia|^* Il dit, Hiomme naquit; à ce dentier. osirrage Le Yerbe créateur s'arrête et s'applaudit.

Hais ce n'est plus un Dieu; — c'est l'homme qui soupire; Éden a fui :... Toild le travail et la uwt. •

Bans les larmes sa i^ix etpire; • La corde du bonheu/ se brise sur sa tyre , f Et Job en tire un son tiiétst eodirae le sort. Ah! périsse à jamais le jour qui m'a vu nailre! Ah ! périsse à jamais la nuit qui ra^a conçu :

Et le sein qui m'a donné l'être ^

Et les genoux qui m'ont #eGn!

Que du nombre des jours Bîeu pour jamais Veffàôe ! Que, toujours obscurci des ombres du trépas, Ce jour parmi les jour» ne troure plus sa place ! Qu'il soit comme s'il n'était pas!

Maintenant dans l'oubli je dormirais encore f

Etj'achèyerais mon sommeil Dans cette longue nuit qui n^aura point d'aurore

152 MtDlTATlORS

Avec cet conquérant que la terre dévore, Avec le fruit conçu qui meurt avtnt d'éclore, Et qui n'a pas tu le soleil.

Mes jours déclinent comme Pombre ; Je voudrais les précipiter.

mon Dieu ! retranches le nombre Des soleils que je dois compter.

L'aspect de ma longue infortune Éloigne, repousse, importune Mes frères fasses de mes maux ; £n vain je m'adresse à leur foule , Leur pitié m'échappe et s'écoule Gomme l'onde au flanc des coteaux.

Ainsi qu'un nuage qui passe , Mon printemps s'est évanoui; Mes yeux ne verront plus la trace De tous ces biens dont j'ai joui.

Par le souffle de la colère , Hélas! arraché de la terre, Je vais d'où Ton ne revient pas :

Mes vallons, ma propre demeure, £t cet œil même qui me pleure , IVe reverront jamais mes pas!

L'homme vit un jour sur la terre lËntre la mort et la douleur; Rassasié de sa misère , Il tombe enfin comme la fleur ; . Il tombe! Au moins par la rosée Des fleurs la racine arrosée

Peut-elle un moment refleurir; Mais rhomme , hélas ! après la vie , C'est un lac dont l'eau s'est enfuie; On le cherche , il vient de tarir.

Mes jours fondent comme la n*ige Au souffle du courroux divin ; Mon espérance, qu*il abrège, S'enfuit comme l'eau de ma main; Ouvres-moi mon dernier asile:

Lé, j'ai dans l'ombre un Ut tranquille, Lit préparé pour mes douleurs.

tombeau ! vous êtes mon père ; £t je dif aux vers de la terre :

Vous êtes ma mère et mes sœurs !

Mais les jours heureux de l'impie Ne s'éclipsent pas au matin f Tranquille , il prolonge sa vie Avec le sang de l'orphelin.

Il étend au loin ses racines ; Comme un troupeau sur les collines, Sa famille couvre Ségor ; Puis dans un riche, mausolée Il est couché dans la vallée, Et l'on dirait qu'il vit encor.

C'est le secret de Dieo ; je me tais et j'adore. C'est sa main qui traça les sentiers de l'aurore , Qui pesa l'Océan , qui suspendit les cieux.

Pour lui, l'abîme est nu , l'enfer même est sans voileff.

Il a fondé la terre et semé let étoilef £t qui suiS'je à tes yeux ?

Mais la harpe a frémi sous les doigts dlsaïe -, De son sein bouillonnant la ment^ce à longs flots S'échappe; un Dieu l'appelle / il s'élance , il s'écrie : Geux et terre, écoutez! silence au fils d'Amos! Osias n'était plus -.Dieu m'apparut :je yis Adonai vêtu de gloire et d^épouvante :

Les bords éblouissans de. sa robe flottante Remplissaient le sacré parvis.

Des séraphins, debout sur des marches d'iToire , Se Toilaient devant lui de six ailes de feux; Yolant de l'un à l'autre , ih te disaient entré eux t Saint, saint, saint, le Seigneur, le Dieu, le roi des dieux ! Toute la terre est pleine de sa- gloire!

Du temple à ces accens la yoûie s'ébranla ; Adonai s'enfuit sous \k ntiè enflammée; Le saint lieu fut rempli de torrens dé famée ; La terre sous mes pieds trembla.

£t moi , je resterais dans un lâche silence ! Moi qui t'ai tu , Seigneur , je n'oserais parler!

A ce peuple Unipur qui Voffensec

Je craindrais de te révéler ! .

Qui marehera poor bous ? dit le Dieu des ankiées.

Qui parlera pour moi ? dit Dimi. Qiii ? moi , Meneur. Touche met lèirrei eoflamraëaa :

Me ToilA! je suit prét!...maUiea»! .

Malheur à vous qui dès Taurore Reipirei les parfums du txb, £t que le soir reirouTe encore Chancelans aux bords du festin !

Malheur A yous qui par l'Usure Étendez sans fin ni mesnre La borne immense de vos champs !

Youlez-Tous donc , mortels avides , Habiter dans vos champs arides «

Seuls sur la terre des vivans?

Malheur à vous^ race insensée !

Enfans d*nn siècle audacieux ,

Qui dites dans votre pensée :

Nous sommes sages A nos yeux :

Vous changez la nuit en lumière ',

Et le jour en ombre grossière

Où se cachent vos voluptés!

Mais , comme un taureau dans la plaine ,

Vous traînez après vous la chaîne

De vos longues iniquités !

Malheur à vous, filles de Ponde!

Iles de Sidon et de Tyr !

Tyrans qui trafiquez du monde Avec la pourpre et l'or d'Ophir!

Malheur A vous! vetce heure sobuqI, £n vain l'Océan vous couronne !

Malheur a toi, reine dea eanx, \

A toi qui , sur de« mers nouTelles , *** ' Fais retentir consme des ailes Les voiles de mille vaisseaux !

Ils sont enfin venus les jours de ma justice ; Ma colère , dit Dieu , se déborde sur vous!

Plus d'encens , plus de sacrifice Qui puisse éteindre mon courroux !

Je livrerai ce peuple à la mort , au carnage : Le fer moissonnera comme l'herbe sauvage

Ses bataillons entiers !

—Seigneur, épargnez-nous î Seigneur !— Non, point de trêve ; Et je ferai sur lui ruisseler de mon glai?e

Le sang de ses guerriers l Ses torrens sécheront sous ma brûlante haleine j Ma main nivellera, comme une vaste plaine ,

Ses murs et ses palais ; Le feu les brûlera comme il brûle le chaume.

Là , plus de nation , de ville, de royaume ; Le silence à jamais!

Ses murs se couvriront de ronces et d'épines ; L'hyène et le serpent peupleront ses ruines;

Les hiboux , les vautours.

L'un l'autre s'appelant durant la nuit obscure , Tiendront à leurs petits porter la nourriture

Au sommet de ses tours !

Mais Dieu ferme à ces mots les lèvres d'Isaïe : Le sombre Ézéchiel

Sut le tronc deiséché de l'ingrat Israël Fait descendre à son tour la parole de tie !

L'Étemel emporta mon esprit au désert :

D'ossemens desséchés le sol était couTert ; J'approche en frissonnant ; mais JéhoTa me crie : Si je parle à ces os , reprendront-ils la tie ? — Étemel , tu le sais. — £h bien ! dit le Seigneur , Écoute mes acoens ; retiens^les , et dis-leur : Ossemens desséchés , insensible poussière^ Leveib-Tous ! reccTcz Fesprit el la lumière!

Que Tos membres épars s'assemblent à ma Toix ! Que Tesprit tous anime une seconde fois!

Qu'entre tos os flétris tos muscles se replacent! Que Totre sang circvle et vos nerfs s'entrelacent ! Levex-Tous et y'viei , et voyez qui je suis ! J*écoutai le Seigneur , j'obéis et je dis :

Esprit, soufflez sur eux, du couchant, de l'aurore ; Soufflez de l'aquilon , soufflez!... Pressés d'éclore^ Ces restes du tombeau , réveillés par mes cris , Entrechoquent soudain leurs ossemens flétris ; Aux clartés du soleil leur paupière se rouvre. Leurs os sont rassemblés et la chair les recouvre ! Et ce champ de la mort tout entier se leva , Redevint un grand peuple , et connut Jéhova!

Mais Dieu de ses enfans a perdu la mémoire ; La fille de Sion , méditant ses malheurs ,

138 MtOITATlONS

S'assied en soupirant , et , Teuve de aa gloire ,; Écoute Jéréinie ,. et retf onve dès pleura» . . .

Le Seigneur, m'accablant du poids dé sa colère ' Retire tour-A-tour et ramène sa main ; '

Tous qui passes par le lehemin, Est-il une misère égale é ma misère ?

En vain ma Toi^s'élère , il n'entend plus ma Toix. Il m'a choisi pqiir but de aès flèches de flamme ,

Et tout le jovt corifré mon àmé Sa fureur a :laneé les fils de son earquois.

Sur mes os cousumés ma peau s'est desséchée ; Les enfltof m'élit chanté dans leurs ilérk^^aa ; .

Seul f au milieu dès nations , Le Seigneur m'a jeté comme uiie herbe arrachée.

Il s'est enveloppé de son.diiin courroni ; Il a fermé . ma route , il a troublé ma Toie :

Mon sein n'a pltis connu ia joie , Et j'ai dit au Seigneur : Seignegr, aoùvénes-Tous ,

SouTcnez-TOUs^ Seigneur, de ces jours de cqlère; Souvenez-vous du ûtA. dont vous m'ayez nonni;

lïon , votre amour n'est point tari :

Vous me frappes, Seigneur, et c'est pourquoi j'espère.

Je repasse en pleurjint ces misérables jours;

J'ai connu le Seigneur dès ma plua tendre aurore :

Quand il punit , il aime encore ; Il ne s'est pas, mon âme, éloigné pour toujours.

Heureux qui le connaît! heureux qui, dès l'enfance , Porta le joug d'un Dieu clément dans sa rigueur !

Il croit au salut du Seigneur, S'assied au bord du fleuve , et l'attend en silence !

Il sent peser sur vous ce joug de yotre amour ; Il répand dans la nuit ses pleurs et sa prière ,

£t , la bouche dans la poussière , Il invoque, il espère, il attend votre jour.

Silence , 6 lyre ! et vous , silence , Prophètes, voix de l'avenir!

Tout l'univers se tait d'avance Devant celui qui doit venir.

Fermez-vous , lèvres inspirées ; Reposez- vous , harpes sacrées , Jusqu'au jour où, sur les hauts lieux, Une voix au monde inconnue Fera retentir dans la nue :

Paix à la terre , et gloire aux cieux !

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