A M. A. DE V
AuiiToifs-iious sur la colline A Theure où, partageant lès jours, L'astre du matin qui décline Semble précipiter son oours.
£n aTançant dans sa carrière, Plus faible il rejette en arrière L'ombre terrestre qui le suit ; Et de rhorizon qu'il colore Une moitié le voit encore, L'autre se plonge dans ia nuit.
C'est l'heure où , sous l'ombre inclinée ,
Le laboureur , dans le wallon ,
Suspend un moment sa journée,
Et s'assied aux bords du sillon :
C'est l'heure où , près de la fontaine,
Le voyageur reprend haleine
Après sa course du matin;
Et c'est l'heure où l'àme qui pense
Se retourne , et voit l'espérance
Qui l'abandonne en son chemin.
Ainsi notre étoile pâlie, Jetant de mourantes lueurs Sur le midi de notre vie.
Brille à peine à travers nos pleurs.
De notre rapide existence L'ombre de la mort qui s'avance Obscurcit déjà la moitié; Et, près de ce terme funeste.
Comme à l'aurore , il ne nous reste Que l'espérance et l'amitié.
Ami, qu'un même jour vit naître, Compagnon depuis le berceau, Et qu'un même jour doit peut-être
Endormir au même toatbeau ; Yoici la borne qui partage Ce douloureui pèlerinage Qu'un même sort noua a tracé • De ce sommet qui noua rafaenble, Vient, jetons un regard ensemble Sur Tavenir et le passé.
Repassons nos jours , si tu l'oses.
Jamais Tespoir des matelots Couronna-t-il d'autant de roses Le navire qu'on lance aux flots ?
Jamais d'une teinte plus belle L'aube en riant colera-t*eUe Le front rayonnant du matin ?
Jamais d'un œil perçant d'audace L'aigle embrassa-t-il plus d'espace Que nous en ouvrait le destin ?
En vain sur la route fatale,
Dont les cyprès tracent le bord,
Quelques tombeaux par interraUe
Nous avertissaient de la mort.
Ces monumens mélancoliques
Nous semblaient, comme aux jours antiques,
Un vain ornement du chemin.
Nous nous asseyions sous leur ombre,
Et nous rêvions des jours sans nombre,
Hélas ! entre hier et demain !
Combien de fois , près du rivage Où Nisida dort sur les mers ,
La beauté crédule on Tolige Accourut A nos doux concerti* Combien de fois la barqn» errante Berça sur Tonde tradsparsiite Deux couples pAr i'Amour condvits ; Tandis qu'une déesse aniiê Jetait sur la ya^pie endormie .
Le Toile parfumé des nuits!
Combien de fois , dans le délire ' Qui succédait A nos festins , > -
Aux sons antiques dé la lyre , J'évoquai des songes divin» !.
Aux parfums des roses monrèate*', Aux vapeurs des coupes fumante* , Ils volaient A nous tour A teuf !
Et sur leurs ailea nuancées, Égaraient nos moQea pensées' • • Dans les dédales de l'Amour !
Mais dans leur insensible pente f
Les jours qui suocédeient aux jours
Entraînaient comme une eau courante
Et nos songes et nos amours :
Pareil A la fleur fugitive
Qui du front joyeux é'an convive
Tombe avant l'heure du festin,
Ce bonheur q»« Tivresse ef eiHe ,
De nos fronts tombant feuille à feuille ,
Jonchait le lugubre chemin.
Et maintenant , sur cet espace
PÛÉTiqUÉS. '«7
Que nos pai dUi déj*- quitté »
Retourne-toi ; chercbooi la trttce De Tamour , de là- volupté.
En foulant lenif» rWe«: fan^ef, Remontons le cours dea années, Tandis qu'un souTenir glacé, Gomme l'astre adouei des ombres, Éclaire encor de tei^fes sombres, La scène vide du passé.
Ici, sur la scène du monde,
Se leva ton premier soleil.
Regarde : quelle nuit profonde
A remplacé ce jour vermeil !
Tout sous les cieùx semblait sourire :
La feuille , Tonde, le zéphyre ,
Murmuraient des accords charmans.
Écoute : la feuille est .flétrie ;
Et les vents sur Tonde tarie
Rendent de sourds gémissemens.
Reconnais-tu ce beau rivage , Cette mer aux flots argenté*, Qui ne fait que bercer Timagei Des 1>ord8 dans son seintépétés?
Un nom chéri Tolè sur l'onde h.. '.
Mais pas une voix qui réponde, Que le flot grondant sur TécueiL Malheureux l quel nom tu ptonbuoea Ne vois-tu pas par^ii ces roncea Ce nom gravé sur «nc«ft«e41$.r..
Plus loin , sur la rÎTe où s'épanche Un fleuve épris de ces coteaux , Yois-tu ce palais qui se penche Et jette une ombre au sein des eaux ?
Lé , sous une fonne étrangère , Un ange exilé de sa sphère D'ua céleste amour t'enflamma.
Pourquoi trembler? quel bruit t'étonne ?
Ce n'est qu'une ombre qui frissonne Aux pas du mortel qu'elle aima.
Hélas! partout où tu repasses, C'est le deuil , le vide ou la mort ; ^ Et rien n'a germé sur nos traces Que la douleur ou le remord.
Yoilà ce cœur où ta tendresse Sema des fruits que ta vieillesse, Hélas ! ne recueillera pas :
Là l'oubli perdit ta mémoire; Là l'enTie étouffa ta gloire ; Là ta vertu fit des ingrats.
Là l'illusion éclipsée
S'enfuit sur un nuage obscur;
Ici l'espérance lassée
Replia ses ailes d'azur.
Là , sous la douleur 4ui le glâce,
Ton sourire perdit sa grâce,
Ta voix oublia ses concerts ;
Tes sens épuisés se plaignirent,
Et tes blonds cheveux se teignirent
Au souffle argenté des hivers.
Ainsi des mes étrangères^ Quand lliomme, A Tinsu des tyrans, Vers la demeure de ses pères Porte en secret ses pas errans , L'ivraie a couyert êeê eollines, Son toit sacré pend en ruines, Dans ses jardins l'onde a tari; Et sur le seuil qui fut sa joie, Dans l'ombre un cbien féroce aboie Contre les mains qui l'ont nourri.
Mais ces sens qui s'appesantissent
Et du temps subissent la loi,
Ces yeux, ce cœur, qui se ternissent,
Cette ombre enfin , ce n'est pas toi.
Sans regret , au flot des années ,