‹ Premièros méditations et Nouvelles méditationsChapitre 38 sur 54 · A MADAME DE P · texte numérisé non relu

A MADAME DE P

U est pour la penêée une heure... une heure saîate , Alors que^ s'eufuyant de la céleste enceinte, De Tabsence du jour pour consoler les cieux Le crépuscule aux monts prolonge ses adieux.

On Toit à Phorizon sa lueur incertaine , Gomme les bords flottans d'une robe qui traîne. Balayer lentement le firmament obscur Où les astres ternis revivent dans Fazur.

Alors ces globes d'or , ces îles de lumière , Que cbercfae par instinct la rêveuse paupière, Jaillissent par milliers de Tombre qui s'enfuit Gomme une poudre d'or sous les pas de la nuit; Et le souffle du soir qui vole sur sa trace, Les sème en tourbillons dans le brillant espace. L'œil ébloui les cbercbe et les perd à la fois ; Les uns semblent planer snr les cimes 4es bois, Tel qu'un céleste oiseau dont les rapides ailés Font jaillir en s'ouvrant des gerbes d'étincelles. D'autres en flots brillans s'étendent dans les airs , Gomme un rocher blanchi de l'écume des mers; Geux-là, comme un coursier volant dans la carrière , Déroulent à longs plis leur flottante crinière , Geux-ci , sur l'horizon se pepehant â demi , Semblent des yeux ouverts sur le monde endormi; Tandis qu'aux bords du ciel de légères étoiles Voguent dans cet azur comme de blanches voiles Qui, revenant au port d'un rivage lointain, Brillent sur l'Océan aux rayons du matin.

De ces astres brillans, aon plos 8«ibti«ie ouvrage. Dieu seul connaît le nombre , et la distanefe , et l'âge Les uns, déjà vieillis, pâlissent à nos yeux; D'autres se sont perdus dans les routes des 6ienx ; ' D'autres , comme des fleurs que son souflle icàretfsè | Lèvent un front riant de gr^CfiLs^^ ^o jeunesse ",' ' Et, charmant l'orient de leurs fraîches clartés,

POÉTIQUES. 2]a

Étonnent tout i'COiip,r«ii| qui le» a tomlj^héÊ, : ■' f

Dam Tespace ausifitôt Ua s'élaaoast.... ot llionnne,

Ainsi qu'un nouveau-né, tes aaliM, et les ooinmti. .

Quel mortel enivré de leur okatte negard,

Laissant ses yeux flottans les fiiev an iMaasd^

£t cherchant le plus pur p^mii oe. dutouriupténie,'

IVe Va pas consacré du nom de ce qu'il aime ?

Moi-même... il en est «n, ffoUtaire> isolé, ■> . ,

Qui dans mes longues nuits m.'a trouvent oonsoié,»

£t dont réclat, voilé des opibte^ du nysièro» ' ; • >

Me rappelle un regard .qi^i il^riUlùt sur la tfenre/ .

Peut-être... ah! puisse-t*il au -oélesta séjour

Porter au moins ce nom que 4oji donna l^raour! ; . ;.

Cependant la nuit marohev «t aûr Fablme iknmeiise *

Tous ces mondes flèttasM ^vite&t en siletea , '

Et nous-même , avec «i^ emportés dans isar cvtirs ^ ' >

Vers un f«rt ihoonntiiiéui kvai^ns toujours.

Souvent, pendant la nuit, au soéffle dti séphire, '

On sent, la ti»rd aussi floitea beaniBe un navireV

D'une écume- brSlaate ea voit lea méats couverts- '• ' • *

Fendre d'un eourt é^ le flot gwndant des airs; (. '

Sur ces vagues d'asur ^oà le f^oiié se jo«e,

On entend l'aqmkin lé hiiaer aoos la proue \

Et du vent dana les mMi les tristes «lÂemens,

Et de ses flAfies battus* les Mttds gémisséméns ;

Et l'homme sur l'abîme oà aa ^éenéure flotte

Yogue avec volvpté auif la foi' du pilote !

Soleils ! mondes errans qui vogues «veo noua ,

Dites , s'il vous l'a dit , où donc allmi*Hao«s loua ?

Quel est le port céteate où «on souffle nous g;ttide ?

Quel terme assign«-t-il A noire vol rapide f

Ailous-notts fiir é» bordi de «fletiee et dé dëuil , Échouant dans la nuit sur quelque vaste écueil , Semer l'immensité des débris du naufrage/ Ou, conduits par sa main sur un brîllaiit riVage/ Et sur Tancre éternelle à jamais affermis, Dans un ^ife du ciel aborder endormis ?

Tous qui nagez plus près de la <}éleste Toûtê, Mondes étincelAnsj yiOn le saires sans doute! Cet océan plus pur , oe ciel on tous flottée, Laisse arriver A vous déplus vives clartés':

Plus brillantes que nous , vous savei davantage ; Car de la vérité la lumière estUimage. - Oui : si j'en crois l'éclat dont vos orbes errans Argentent des forêts lés d6mes transparens, Ou qui, glissant soudain sur des mers irritées, Calme en les éclairant les vagues agitées; Si j'en crois ces rayons qui, plus doux que le jny » Inspirent la vertu , la prière , l'amour , Et quand l'œil attendri s'entr'ouvre à leur lumière , Attirent une larme aux bords de la paupière ; Si j'en cicois ees instincts , ces doui pfessentimenS' ' Qui dirigent vprs Vous les soupira des amans , Les yeux de la beauté, les rêves <|u'on regrette , Et le vol enflammé de l'aigle et du poète,.

Tentes du ciel, Édens, temples! brilkns palais! Tous êtes un séjour d'innocence et de paix :

Dans le calme dei nuits, à' trnveni la distance Vous en verses sur nous la lointaine influence. Tout ce que nous cherchons , l'amour, la vérité , ' Ces fruits tombés du eiel, dont U terre a goûté, Dans vos briilana climats que le regard envie

NouniMeul à janait. Im enfan» de la vie ; Et llioinnie , un jour peut-être à set desiiat rendu, Retrouvera chez tous tout ce qu*il a perdu.

Hélas l combien de fois seul , veillant sur ce» cimes Où notre àme plus libre a des vœux plus sublime*, , Beaux astres, fleurs du ciel dont le lis est jaloux. J'ai murmuré tout bas : Que ne suis-je un de vous ! Que ne puis-je , échappant à ce globe de boue ^ Dans la sphère éclatante où mon regard se joue , Jonchant d'un feu de plus les parvis du saint lieu, Éclore tout A coup sous les pas de mon Dieu , Ou briller sur le ftpnt de la beauté suprême , Comme un pale fleuron de son saint diadème !

Dans le limpide axur de ces flots de cristal ,

Me souvenant encor de mon globe natal ,

Je viendrais chaque nuit , tardif et solitaire ,

Sur les monts que j'aimais briller près de la terre ;

J'aimerais à glisser sous la nuit des rameaux,

A dormir sur les prés , A flotter sur les eaux ,

A percer doucement le voile d'un nuage, . ' *

Comme un regard d'amour que la pudeur ombrage :

Je visiterais l'homme ; et s'il est ici-bas

Un front pensif, des yeux qui ne se ferment pas ,.

Une àme en deuil, un cœur qu'un poids sublime oppresse,

Répandant 'devant Dieu sa pieuse tristesse,

Un malheureux an jour dérobant ses douleurs ,

Et dans le sein des nuits laissant couler ses pleurs ,

Un génie inquiet , une active pensée

Par un instinct trop fort dans l'infini lancée ;

Mon rayon pénétré d'une sainte amitié ,

Pour des maux trop connus prodiguant sa pitié ,

Comme un secret d'amoar rené daiw un e«br tendre-,

Sur ce« fronts inclines sepkifrait-é déët^aéte*

Ma lueur fraternelle en décovlant' sur-em

Dormirait sur leur sein , sourirait A leurs ye«r :■

Je leur révélerais dans la langue divine

Un mot du grand secret- qfue le malheur devine ç

Je sécherais leurs pleurs; et quand ¥mi\ du matin

Ferait pâlir mon disque à l'horizon Icintaîn ,

Mon rayon, en iq[uittaàt leur paupière «ttendrie.

Leur laisserait encor la vague rérerie ,

£t la paix etTespotr; et, lassés de gémir,

Au moins avant Taurore ils pourraient s*enddrmir. -

Et vous , brillantes sœurs, étoiles , mes compagnes,

Qui du bleu firmament émaillez tes campagnes,

Et , cadençant vos pas à la lyre des cîeux.

Noues et dénouez vos chœurs harmonieux ;

Introduit sur vos pas daiis la céleste chaîne ,

Je suivrais dans Pazur Finstinet qui voua entraîne,

Tous guideriez mon œit dana ce brillant désert ,

Labyrinthe de feux où le regard se perd :

Yos rayons m'apprendraient à louer , à connaître

Celui que nous cherchons , que voua voyez peUt^tre ;

Et noyant dans mon sein ses tremblantes clartés ,

Je seiitirais en lui... tout ce que vous sentez.

A/VS'WWM

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