‹ Premièros méditations et Nouvelles méditationsChapitre 46 sur 54 · LANGE · texte numérisé non relu

LANGE

Dm le lève ; et soudain sa voix terrible appelle De ses ordres secrets un ministre fidèle , Un de ces esprits purs qui sont chargés par lu i De servir aux humains de conseil et d'appui ,

De lui porter leurs vœux lur leun ailes de flamme , De veiller sur leur vie , et de garder leur âme ; Tout mortel a le sien : cet ange protecteur ^ Cet invisible ami veille autour de son cœur.

L'inspire , le conduit, le relève s'il tombe , Le reçoit au berceau , l'accompagne à la tombe , £t portant dans les oieux son ftme entre ses mûns , La présente en tremblant au juge des humains : C'est ainsi qu'entre l'homme et Jéhovah lui-même. Entre le pur néant et b fnmdewr fn|véme , D'êtres inaperçus une chaîne sans fin Réunit l'homme à l'ange et l'ange au séraphin ; C'est ainsi que, petij^ent l'é|en(|ufi infinie, Dieu répandit partout l'esprit, l'âme et la vie.

An son de cette voix qui fait trembler le ciel ,

S'élance devant Dieu l'archange Ithuriel :

C'est lui qui du héros est le céleste guide.

Et qui pendant sa vie à ses destins préside :

Sur les marches du trône, ou de la Trinité

Brille au plus haut des cieux la triple majesté ,

L'Esprit, épouvanté de U spleadMir divine,

Dans un saint tremblement soudain monte et s'incline ,

Et du voile éclatant de ses deux ailes d'or

Du céleste regard s'ombrage, mi tremble encor.

Mais Dieu , voilant pour lui sa clarté dévorante , Modère les accens de sa voix éclatante, Se penche sur son trône et lui parle : soudain Tout le ciel, attentif au Terbe souverain, Suspend les chants sacrés , et la cour immortelle S apprête à recueillir la parole éternelle.

Pour la première fois , sous la voùCe des cieux, Cessa des chérubins le choHir harmonieui :

On n'entendit alors, dans les saintes demeures, Que le bruit cadencé du char léf^f des heures. Qui , des jours étemels mesurant Theureux cours , Dans un cercle sans fin , fuit et revient toiyourf; On n'entendit alors que la sourde harraonia Des sphères poursui-vant leur course indéfinie » Et des astres pieux le murmure d'amour Qui Tient mofuir au seuil du céleste séjour.

Hais eh Tain dans le ciel les chœurs sacrés se turent ; Autour du trône en vain tous les saints aeooururenÉ ; L'archange entendit seul les ordres du Trèa^Haut : Il s'incline, il adore, il s'élance aussitôt.

Te*ile qu'au sein des nuits une étoile tombante , Se détachant soudain de la voûte éclatante.

Glisse y et d'un trait de feu fendant l'obscurité, Vient aux bords des marais éteindre sa darté : Tel, d'un toI lumineux et d'ime aile assurée, L'ardent Ithuriel fend la plaine anurée.

A peine il a franchi oes déserts enflammés , Que la main du Trè8>-Qaut de soleils a semés, Il ralentit son vol , et oomme un aigle immense , Sur son aile immobile un instant se balance : Il craint que la clarté des célestes rayons Ne trahisse son toI aux yeux des nations; Et secouant trois fois ses ailes immortelles , Trois fois en fait jaillir des gerbes d'étincelles. Le nocturne pesteur , qui eompte dans les cieux , Les astres tant de fois nommés par ses aieux ,

Se trouble , et croit qne Dieu de noOTelles étoile* A de Fantique nuit temé lei sombres yoiles.

Hais pour tromper les yeux , l'arcbange essaie en Tain

De dépouiller l'éolat de ce reflet diTÎn,

L'immortelle elarté dont son aile est empreinte

L'accompagne au-delà de la céleste enceinte ;

£t ces rayons du oiel dont il est pénétré ,

Se détachant de lui , pâlissent par degré.

Ainsi le globe ardent, que l'ange des batailles

Inyenta pour briser les tours et les murailles ,

Sur ses ailes do feu projeté dans les airs ,

Trace au sein de la nuit de sinistres éclairs :

Immobile un moment au haut de sa carrière,

11 pâlit, il retombe en perdant sa lumière ;

Tous les yeux avec lui dans les airs suspendus

Le cherchent dans l'espaee et ne le trouTcnt plus.

C'était l'heure où la nuit de ses paisibles mains Répand le doux sommeil , ce nectar des humains. Le fieuye , déroulant ses vagues fugitives , Réfléchissait les feux. allumés sur ses rives, Ces feux abandonnés , dont les débris mouvans Pâlissaient, renaissaient, mouraient au gré des vents; D'une antique forêt le ténébreux ombrage Couvrait au loin la plaine et bordait le rivage : Là, tous l'abri sacré du chêne aimé des Francs, Glpvis avait planté ses pavillons errans.

Les vents , par intervalle agitant les armures , En tiraient dans la nuit de belliqueux murmures; L'astre aux rayons d'argent, se levant dans les cieux, Répandait sur le eamp son jour mystérieux,

£t, se réfléchnsant sur Taoïer des trophées, Jetait dans la forêt des lueurs étouffées :

Tels brillent dans la nuit, à travers les rameaux, lies feux tremblans du ciel , réfléchis dans les eaux. Le messager divin s'ayance yers la tente Où Clovis, qu'entourait sa garde vigilante, Commençait à goûter les nocturnes pavots :

Glodomir et Lisois, compagnons du héros, Debout devant la tente, appuyés sur leur lance. Gardaient Tauguste seuil, et veillaient en silence. Hais de la palme d'or qui brille dans sa main L'ange en touchant leurs yeux les assoupit soudain : Ils tombent j de leur .m^ùa la lance échappe et roule, Et sous son pied divin l'ange en passant les foule.

Du pavillon royal il franchit les degrés.

Sur la peau d'un lion, dont les ongles dorés Retombaient aux deux bords* de sa couche d'ivoire, Glovis dormait, bercé par des songes de gloire. L'ange , de sa beauté , de sa grâce étonné , Contemple avec amour ce front prédestiné.

11 s'approche, il retient son haleine divine. Et sur le lit du prince en souriant s'incline. Telle une jeune mère , au milieu de la nuit, De son lit nuptial sortant au moindre bruit, Une lampe à la main, sur un pied suspendue.

Yole à son premier-né , tremblant d'être entendue , £t, pour calmer l'effroi qui la faisait frjémir. En silence long-temps le regarde dormir :

Tel des ordres d'en-haut l'exécuteur fidèle , Se penchant sur .Clovis , . l'ombrageait de son aile. Sur le front du héros il impose ses mains :

264 MÉDITATIOHS

Soudain , par iiii pouvoir ignoré de» hnmvins , Dénouant sans efforts les liens de la rie , Des entrcvee des sens son âme se délie :

L'ange qui la reçoit dirige son essor, Et le corps du héros parait dormir eftcor.

Dans Tastre eu front changeant , dont fa forme inégale

Grandissant , décroissant , mourant par intervalle ,

Prête ou retire aux nuit* ses limpides rayons ,

L'Étemel étendit d'immenses régions ,

Où, des êtres réels images symboliques,

Les songes ont bftti leurs palais fanfastiqnes.

Sortis demi-formés des mains du Tovt^Puisssni ,

Ils tiennent A la fois de l'être et du néant;

Un souffle aérien est toute leur essence ,

£t leur vie est A peine une ombre d'existence :

Aucune forme fixe, aucun contour précis,

N'indiqnèrent jamais ces êtres indécis ;

Hais ils sont, aux regards du Dieu qui les fit naître,

L'image du possible, et les ombres de l'être.

La matière et le temps sont soumis A leurs lois.

Revêtus tour A tour de formes de leur choix ,

Tantôt de ce qui fut ils rendent les images ;

Et tantôt , s'élançant dons le lointain des Ages ,

Tous les êtres futurs , au néant arrachés ,

Apparaissent d'avance en leurs jdux ébauchés.

Quand la nuit des mortels a fermé la paupière ,

Sur les pâles rayons de l'astre du mystère

Ils glissent en silence , et leurs nombreux essaims

Ravissent au sommeil les âmes des humains;

Et, les portant d'un trait A leurs palais magiques,

Font éclore à leurs yeux des mondes fantastiques. De leur globe natal les divers élémens Subissant à leur voix d'étemels changemens, Ne sont jamais fixés dans des formes prescrites, Ne connaissent ni lois , ni repos , ni limites ; Mais sans cesse en travail, Fun par Tautre pressés, Séparés , confondus , attirés , repoussés, Comme des flots mouTans d'une mer en furie Leur forme insaisissable à chaque instant varie : Où des fleuves coulaient, où mugissaient des mers, Des sommets escarpés s'élancent dans les airs; Soudain dans les vallons les montagnes descendent. Sur leurs flancs décharnés des champs féconds s'étendent, Qui, changés aussitôt en immenses déserts, S'abîment â grand bruit dans des gouffres ouverts. Des cités, des palais et des temples superbes S'élèvent, et soudain sont cachés sous les herbes ; Tout change , et les cités , et les monts , et les eaux , S'y déroulent sans terme en horizons nouveaux : Tel roulait le chaos dans les déserts du vide, Lorsque , Dieu séparant la terre du fluide , ^De la confusion des élémens divers Son regard créateur vit sortir l'univers.

C'est là qulthuriel, sur son aile brillante, Du héros endormi portait l'âme tremblante.

A peine il a touché ces bords mystérieux.

L'ombre de l'avenir éclot devant ses yeux :

L'ange l'y précipite ; et son âme étonnée Parcourt en un clin d'œil l'immense destinée.

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oiz-HU itiAmb

L'APPÀRinOff DE L'OHBRE SE SAMUEL A SAUL.

VBAOKBVT MAMATIQUS.

SAUL, LA PITHONISSE D'EIVDOR.

0AVly senl.

Piut-Itu... Pmiqu'enfin je pui» le consulter , Le oiel peut-être est las de me persécuter !

A mes yeux dessillés la mérité va luire.

Mats au livre du sort , ô Dieu ! que vont-ils lire ?

268 MÉDITATI0?IS

De ce livre fatal qui t'explique trop tôt , Chaque jour , chaque instant , hélas ! révèle un mot. Pourquoi donc devancer le temps qui nous l'apporte ? Pourquoi, dans cet abime, avant l'heure....? N'importe! C'est trop , c'est trop long-temps attendre dans la nuit Les invisibles coups du bras qui me poursuit ; J'aime mieux , déroulant la trame infortunée , T lyre, d'un seul trait, toute ma destinée.

(La pytlioiiiue d'Eador entre sur la scàne.

Est-ce toi qui , portant l'avenir dans ton sein , Viens au roi d'Israël annoncer son destin ?

LÀ PTTHOHI88B.

C'est moi.

SIlUL.

Qui donc es-tu ?

li VTTBOHISSV.

La voix du Dieu suprême.

SliUl.

Tremble de me tromper?

Ll rTTHonissv.

Saûl , tremble toi-même !

BkVt.

£h bien ! qu'apportes-tu ?

lA PTTH0HI88X.

Ton arrêt.

SAUl.

Parle.

tl tTtBOHlSSl.

ciel!

Pourquoi m'as-tu choisie entre tout Israël ?

Mon cœur est faible, ô ciel! et mon seie est timide. Choisis y pour ton. organe, un sein plus intrépide; Pour annoncer au roi tes divines fureurs , Qui suis-je?

SkVLf étonné.

Ta main tremble , et tu verses des pleurs!

Quoi ! ministre du ciel , tu n'es plus qu'une femme !

Ik PTTH0HI88B.

Détruis donc , 6 mon Dieu , la pitié dans mon âme!

SAUI..

Par tes feintes terreurs penses-tu m'ébranler ?

(i. PTTHOniSSS.

Mais ma bouche , ô mon roi! se refuse à parler.

s A v L , arec colère.

Tes lenteurs, à la fin, lassent ma patience : Parle , si tu le peux , ou sors de ma présence !

LA VTTIIOKISSB.

Que ne puis^je sortir, emportant ayec moi Tout ce qu'ici je viens prophétiser sur toi!

Hais un Dieu me retient, me pousse, me ramène; Je ne puis résister à son bras qui m'entraîne. Oui, je sens ta présence, 6 Dieu persécuteur ! Et ta fureur divine a passé dans mon cœur.

(Avec plus d'horrear.)

Mais quel rayon sanglant vient frapper ma paupière!

Mon œil épouvanté cherche et fnU la lumière ! Silence!... l'aTenir ouTre ses noirs secrets! Quel chaos de malheurs, de yertos, de forfaits! Pans la confusion je les vois tous ensemble ! Gomment, comment saisir le fi] qui les rassemble? Saûl... Michol... David... Malheureux Joaathas! Arrête ! arrête , 6 roi ! ne m'interroge pas.

$kVlf tremblant.

Que dis-tu de David, de Jonathas? achèTc!

LA PTTBOniSSI, montrant une ombre du doigt.

Oui, l'ombre se dissipe et le voile se lève ^ C'est lui!...

tiUL.

Qui donc ?

Lli PTTHOiriSSS.

David!...

SiVL.

£h bien ?

Là VTTHOHIéftl.

Il est vainqueur!

Quel triomphe! ô David! que d'éclat t'environne! Que vois-je fur ton iront ?

SAiri.

Achève !

là PTTHOmSSl.

IJne courpnne!...

Perfide ! qu'as- tu dit ? lui, Datid couronné ?

LA tTTBOHlSSB, arec tristasse.

Hélas! et tu péris , jeune homme infortuné!

Et pour pleurer ton sort, belle et tendre Tictimey

Les palmiers de Gadès ont incliné leur cimel...

Grâce! grâce, 6 mon Dieu! détourne tes fureurs!

Saûl a bien assez de ses propres malheurs!...

Mais la mort l'a frappé , sans pitié pour ses charmes , •

Hélas! et Dayid même en a Tersé des larmes!...

SliVL.

Silence ! c'est assez : j'en ai trop écouté.

11 tTTHOHISSl.

Saûl, pour tes forfaits ton fils est rejeté.

D'un prince condamné Dieu détourne sa face.

D'un soufBe de sa bouche il dissipe sa race : Le sceptre est arraché!....

SA 01. y rintenompant avec ▼ioleofce.

Tais-toi, dis-je, tais-toi!

lA VTTHONISSB.

Saûl, Saûl, écoute un Dieu plus fort que moi! Le sceptre est arraché de ses mains sans défense } Le sceptre dans Juda passe ayec ta puissance , £t ces biens , par Dieu même à ta race promis , Transportés à David , passent tous A ses fils. Que David est brillant ! que son triomphe est juste!

Qui] sort de rejetoni de cette tige auguste !

Que Tois-je ? un Dieu lui-même!... vierges du saint lieu ,

Chantes , chantez David ! David enfante un Dieu !

siui.

Ton audace à la fin a comblé la mesure :

Va f tout respire en toi la fourbe et l'imposture.

Dieu m'a promis le trône , et Dieu ne trompe pas.

14 VTTHOlfISSB.

Dieu promet ses fureurs à des princes ingrats. Groit-tu qu'impunément ta bouche ici m'outrage ?

Ik PTTHOHISSI.

Crois-tu faire d'un Dieu varier le langage ?

Sais-tu quel sort t'attend ? sais-tu ?

Ik PTTHOniSSB.

Ce que je sais , C'est que ton propre bras va punir tes forfaits ; Et qu'avant que des cieux le flambeau se retire , Un Dieu justifira tout ce qu'un Dieu m'inspire. Adieu , malheureux père ! adieu , malheureux roi !

( Ble se retire ; San! la retient par force. )

Non, non y perfide, arrête; écoute, et réponds-moi. C'est souffrir trop long-temps l'insolence et l'injure : Je veux convaincre ici ta bouche d'imposture. Si le ciel à tes yeux a su les révéler :

Quels sont donc ces forfaits dont tu m'oses parler ?

l FTTHOVIflSB.

L'ombre les a couyerts , l'otnbre les couTre encore , Saûl ; mais le ciel voit ce que la terre ignore. Ne tente pas le ciel.

SiTL.

Non : parle si tu sais.

l TTTHOHIBSS.

L'ombre de Samuel te dira ces forfaits....

sirL.

Samuel! Samuel! £h quui! que veux-tu dire?

LA PTTHOHISSI.

Toi-même , en traits de sang , ne peux-tu pas le lire ?

s A. ri.

£h bien , qu'a de commun ce Samuel et moi ?

L 1 PtTHOllISSB.

Qui plongea dans son sein ce fer sanglant ?

SATL.

Qui?

LA PTTHOniSSX.

Toi!

s A VI f farieoz » se précipitant sur elle avec sa lance.

fflonstre , qu'a trop long-temps épargné ma clémence , Ton audace , à la fin , appelle ma yengeance !

(prdt à la frapper.) Tiens ! va dire à ton Dieu y va dire à Samuel ,

274 MÉDITATIOnS POÉTIQUES.

Comment Saûl punit ton impoitoro

( Au moment oh. U ra frapper , il voit l'ombre de Samael ; il laisse

tomber la lance , il recule.)

ciel!

Ciel ! qne voii-je ? C'eit toi ! c'eit ton ombre sanglante ! Quel regard !... Son aspect m'a glace d'épouvante. Pardonne , ombre fatale ! oli ! pardonne ! oui , c'est moi , C'est moi qui t'ai porté tous ces coups que je yoi ! Quoi! depuis si long-temps, quoiïHon sang coule encore! Yiens-tu pour le Venger?...- Tiens....

(0 éécoum M poitrine et tombe à genoux.)

Mais il s'évapore t...^ (La pythoniste disparaît pendant ees deniers mots.)

OIZ-KBmriSKB

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