ADIEUX A LA MER
NAples, 1821
MuiHuts autour de ma nacelle, Douce mer dont les flots chériiy Ainsi qu'une amante fidèle,
Jettent uue plainte éternelle Sur ces poétiques débris.
Que j'aime à flotter sur ton onde, A l'heure où du haut du rocher L'oranger , la vigne féconde , Yersent sur ta vague profonde Une ombre propice au rocher!
Souvent, dans ma barque sans rame, He confiant é ton amour, Comme pour assoupir mon ftme , Je ferme au branle de ta lame Mes regards fatigués do jour.
Comme un coursier souple et docile Dont on laisse flotter le mors , Toujours , vers quelque frais asile, Tu pousses ma barque fragile Avec récume de tes bords.
Ah! berce, berce, berce encore.
Berce pour la dernière fois, Berce cet enfant qui t'adore, Et qui depuis sa tendre aurore If 'a rêvé que l'onde et les bois !
Le Dieu qui décora le monde
De ton élément gracieux,
Afin qu'ici tout se réponde
Fit les cieux pour briller sur Inonde,
L'onde pour réfléchir les cieux.
Aussi par que 4ûns ma paupière , Le jour pénètre ton flot' pur , £t dans ta brillante carrière Tu semble* rouler la lumière Avec tes flots d'or et d'aiur.-
Aussi libre que la pensée , Tu brises le Talsseau des rois, Et dans ta colère insensée , fidèle au Dieu qui t'a lancée, Tu ne t'arrêtes qu'à sa Toix.
De l'infini sublime image , De flots en flots l'œil emporté Te suit en vain de plage en plage , L'esprit cherche en Tain ton rivage, Gomme ceux de l'éternité.
Ta voix majestueuse et douce Fait trembler l'écho de tes bords , Ou sur l'herbe qui te repousse , Comme le aéphyr dans la mousse, Murmure de mouraus accords. ^
Que je t'aime, 6 vague assouplie, Quand , sous mon timide vaisseau , Gomme un géant qui s'humilie, Sous ce vain poids l'onde qui plie Me creuse un liquide berceau !
Que je t'aime quand , le zéphire Endormi dans tes antres frais ,
Ton rivage lenible Mvrire
De Toir dans ton foin qu'il admire
Flotter l'ombre de set foréta !
Que je t'aime quand sur ma poupe Des festons de mille couleurs , Pendant au veut qui les découpe , Te couronnent comme une coupe Dont les bords sont Toilés de fleurs!
Qu'il est doui, quand le Tent caressse Ton sein mollement agité, De voir, sous ma main qui la presse, Ta Tague qui s'enfle et s'abaisse Gomme le sein de la beauté!
Tiens , A ma barque fugitÎTe Tiens donner le baiser d'adieux; Roide autour une Toix plaintÎTe , Et de l'écume de ta riTO Mouille eneor mon frunt et mes yeux.
Laisse sur ta plaine mobile Flotter ma nacelle A son gré, £t sous l'antre de la Sibylle, Ou sous le tombeau de Tirgile :
Chacun de tes flots m'est saOré.
Partout, sur ta rÎTO chérie , Où l'amour éveilla mon cœur, Mon âme, à sa vue attendrie,
Trouve un adie , nue patrie , £t des débris de son bonhear.
Flotte an hasard : sur quelque plage Que tu me fasses dériver, Chaque flot m'apporte une image :
Chaque rocher de ton rivage Me fait souvenir ou rêver !
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