PRÉFACE. XIII
plus aui prophéties ; et le poète qui înTentait' dans l'admirable épisode de Didon la mélancolie des amours chrétiennes , n'était pas loin de s'éleyer, conune le Soçrate de H. de Lamartine, aux secrets les plus sublimes de la réyélation.
Le suecès des MédUaiiim$ poétiques est dû sans doute en grande partie au talent prodigieux de l'auteur; mais M. de Lamartine a trop d'esprit pour ne pas reconnaître qu'il doit beaucoup lui-m^e aux circonstances, à l'âge de création littéraire dans lequel il a paru. La révolution avait produit une de ces grandes secousses qui ont l'avantage au moins d'aboutir pour quelque temps à un état d'équilibre et de repos, où l'on croirait la société arrêtée pour son bonheur et pour sa gloire.
Cette situation rare dans l'histoiro produit le retour et le développement des seules vérités sociales. C'est alors que le christianisme se releva des ruines sanglantes sous lesquelles il ayait paru enseveli , et manifesta , par la voix d'un de ses plus éloquens interprètes, qu'il était la religion immortelle. Alors reprirent leur ascendant ces sublimes théories religieuses auxquelles se rattachent toutes les hautes
sif PREFACE
pensées, toutes les affections généreoses de l'homme, et sans lesquelles il n'y a point de poésie. Dès ce moment la poésie fut retrouyée; ou , pour se servir d'une expression plus juste, qui n'a d'extraordinaire que l'apparence, la poésie nationale fut trouvée. Quand les Jfeditations poétiques furent publiées pour la première fois, les vers étaient tombés dans un tel discrédit que les libraires n'en voulaient plus, et l'on semblait convenir généralement qu'une prose cadencée , nombreuse et noble , était le seul langage qui pût s'approprier avec succès aux conceptions de la nouvelle école. L'effet des Méditations résulta donc d'une opération soudaine qui se fit dans l'esprit des lecteurs, et qui devait nécessairement produire l'harmonie de ces sentimens que tout le monde avait éprouvés , avec cette belle langue dont tout le monde avait senti le besoin. A la place d'une frivole recherche de traits précieux, d'un pénible enchaînement d'antithèses affectées, de la triste monotonie des fables grecques , de l'insipide ennui du polythéisme , on y trouve des pensées, des sentimens, des passions qui font rêver le cœur; d^énergiques vérités qui agrandissent l'âme et la rapprochent
PRÉIACE. Il-
de sa céleste origine. La poéxie reprit une partie de l'empire qu'elle avait exercé dans les temps primitifs, et à l'tpoque où nous -rivons, c'est le plus beau de ses triomphes.
Ce serait mal remplir le devoir d'une religieuse amitié que de ne pas mêler quelques observations à ce que nous venons de dire des Méditation» poétiques ; H. de Lamartine, préoccupé sans doute par la grandeur imposante de ses pensées, en a quelquefois négligé l'expression. Od croirait que, jaloux d'un repos laissent rarement an une expiation de son îs les plus parfaits , des es, ou qu'il a pensé vi- [c de goût et de raigou i critiques écrivait :
Ubi plun niteat in oimiDe, ddh ego paacia
Oflenâar maculï).
H. de Lamartine a trouvé des juges plus sévères , et il devait s'y attendre. Il est si agréable de faire preuve du facile talent de peser des syllabes , de disséquer des mots , de souligner une ëpithète hasardée ou une rime dé-
ï" PRÉFACE.
fectueuse! et il est si avantageux d'ailleurs pour la cause dont le poète n'a pas cru devoir embrasser les intérêts, de le prendre en défaut sur une rime ou sur une épithète ! joies puériles de la médio<^ité qui rappellent les insulteun publics que les Romains plaçaient sur le chemin des tripmphateurs , et qui ne les empêchaient pas de s'élever, entourés d'acclamations et couronnés de lauriers, aux pompes du Gapitole!
Charles NODIER,
PREMIERES
POÉTIÇUES.
fe MEDITATION