XII PRÉFACE
Le ciel , tout désert que les athées l'ont fait , disait plus de choses à la pensée que Saturne et Jupiter. 11 n'y a pas une vague qui ne porte au riyage sur lequel elle vient se briser plus d'inspirations poétiques que la fable surannée de Neptune et de son cortège éternel. Les muses du Parnasse classique , froides images de quelques divisions des sciences, des arts et de la poésie, ont perdu toute leur séduction, même au collège. Le christianisme est arrivé , accompagné de trois muses immortelles, qui régneront sur toutes les générations poétiques de l'avenir , la religion , l'amour et la liberté. Ce sont là les véritables conquêtes d'une société parvenue au point le plus élevé de ses perfectionnemens, et qui n'a plus rien à ga* gner en améliorations morales et littéraires; car il n'y a rien au-dessus de Dieu, de la liberté et de l'amour. Si quelques grands poètes ont relevé la gloire des muses mythologiques , vers la fin des âges clasâques de l'antiquité , c'est qu'ils devinaient ces muses nouvelles , et qu'ils leur accordaient, sans les connaître encore distinctement, un empire involontaire sur leurs compositions. Le Pollion de Virgile était peut-être digne de prêter une autorité de