no
La dissolution d'acide carbonique rougit la teinture bleue du tournesol, mais seulement à la manière des acides faibles ; elle ne produit que le rouge vineux.
L'acide carbonique éteint les corps en combustion ; une allumette enflammée s'éteint immédiatement lorsqu'on la plonge dans ce gaz. L'acide carbonique n'entretient pas non plus la respiration : un animal,' plongé dans ce gaz , périt promptement par l'asphyxie. Cet acide n'exerce cependant pas une action délétère sur les organes ; car il peut exister en proportions assez considérables dans l'air, sans que les animaux en soient gravement incommodés , pourvu qu'ils y trouvent la quantité d'oxygène suffisante pour entretenir la respiration.
Comme l'acide carbonique a une densité beaucoup plus grande que celle de l'air , on peut verser ce gaz d'une cloche dans une autre, au milieu de l'air, comme on le ^^^ ferait pour un liquide, pourvu toutefois Fig. 5»« f^r^ que l'air extérieur ne soit pas agité. A
cet effet , on prend deux cloches A et B (fig. 94), aussi égales que possible; on remplit la cloche A de gaz acide carbonique sur une cuve à eau, on bouche sous l'eau l'ouverture de cette cloche avec la main et on l'enlève. Un aide présente la clochef B pleine d'air, et on y verse l'acide carbonique de la cloche A, comme le montre la figure. On reconnaît d'ailleurs que le transvasement a eu lieu, car une allumettô enflammée continue à brûler dans la cloche A , tandis qu'elle s'éteint dans la cloche B.
§ 4 88. L'acide carbonique se forme dans un grand nombre de circonstances; c'est le produit constant de la combustion dans nos cheminées; il s'en développe de grandes quantités dans la respiration des animaux; toutes les matières organiques, abandonnées à ellesmêmes dans l'air humide , se détruisent par la fermentation et dégagent de l'acide carbonique en abondance. Enfin , les volcans en activité lancent constamment dans l'atmosphère des torrents d'acide carbonique. Le gaz acide carbonique se dégage même, par des fissures , dans beaucoup de localités qui ne présentent pas d'éruptions ignées, mais qui ont été tourmentées anciennement par des convulsions volcaniques. Les sources qui , dans ces localités , sortent de
terre renferment de Facide carbonique en dissolution, et leurs eaux sont effervescentes lorsqu'elles arrivent à la surface. On appelle ces eaux des eaux gazeuses.
On fabrique, maintenant , des eaux gazeuses artificielles; il suffit de saturer Teau ordinaire de gaz acide carbonique sous une forte pression , et de faire rendre ces eaux immédiatement dans des cruches ou dans des bouteilles que Ton ferme hermétiquement, atin que le gaz acide carbonique ne puisse pas se dégager.
SiTeauaété saturée sous la pression de 40 atmosphères, elle renferme une quantité d'acide carbonique dix fois plus grande, que si la saturation avait eu lieu sous la pression d'une seule atmosphère. Une portion considérable du gaz dissous se dégagera donc quand on versera l'eau gazeuse dans un verre. Si on laisse l'eau gazeuse séjourner à l'air , elle ne tarde pas à perdre complètement son acide carbonique, et repasse à l'état d'eau ordinaire.
Si Ton verse de l'eau gazeuse dans un verre, on voit que les bulles de gaz partent des parois, et surtout du fond lorsque celui-ci est plus rugueux. Si l'on vient à projeter dans le liquide un corps qui présente beaucoup d'aspérités, tel qu'un morceau de pain, il se fait une effervescence très-vive de gaz autour de ce corps. La raison de ce phénomène est la suivante : chaque molécule d'acide carbonique en dissolution est retenue par les molécules d'eau voisines qui, dans l'intérieur du liquide ou même à une distance sensible des parois, sont disposées uniformément autour de la molécule d'acide. Mais , immédiatement au contact de la paroi , la molécule d'acide n'est retenue en dissolution que par les molécules aqueuses qui se trouvent d'un côté, et, de l'autre côté, par la surface de la paroi du vase. Or, on conçoit que cette paroi peut retenir la molécule d'acide carbonique avec beaucoup moins de force que les particules d'eau dont elle tient la place. Les molécules d'acide carbonique, placées contre la paroi , prendront donc les premières l'état gazeux. Mais, si un certain nombre de ces molécules se sont réunies pour former une petite bulle gazeuse, cette bulle, en traversant le liquide, grossira nécessairement en enlevant les molécules d'acide carbonique partout où elle passera. Car, si nous arrêtons, par la pensée, la bulle de gaz en une quelconque de ses positions, il est clair que les molécules d'acide carbonique dissous qui se trouvent immédiatement sur la paroi de la bulle, n'étant retenues que par la moitié des particules d'eau qui retiennent les molécules d'acide carbonique dissous dans les autres parties du liquide, se dégageront plus facilement que celles-ci.
Dans les localités où le gaz acide carbonique se dégage en abon-
dance des fissures du sol , il arrive souvent qu^il s'accumule dans les lieux déprimés, dans des excavations naturelles , et dans des grottes où Tair ne se renouvelle pas facilement ; il forme ainsi , à la surface du sol, une nappe invisible, plus ou moins épaisse, dans laquelle périssent les animaux qui s'y arrêtent trop longtemps. La fameuse grotte du chien, dans les environs de Naples , présente un phénomène de cette nature. Les hommes peuvent s'y promener sans danger; tandis qu'un chien, dont la tète est beaucoup plus voisine du sol , tombe bientôt asphyxié.
§ 489. On a employé, dans ces dernières années, l'acide carbonique liquide pour produire des froids considérables , dont on s'est servi pour liquéfier et même solidifier beaucoup de substances gazeuses. Pour arriver à ce résultat, on a imaginé des procédés qui permettent d'obtenir l'acide carbonique liquide en grande quantité.
Il est clair que, si Ton ouvre le robinet du récipient qui renferme l'acide carbonique liquide, ce liquide sera projeté avec force hors du vase. Mais , si ce liquide est lancé dans Tair extérieur , il prendra immédiatement l'état gazeux, en produisant un nuage blanc sur son passage. Il régnera nécessairement dans ce courant gazeux un froid considérable. Si l'on dirige le jet d'acide carbonique liquide dans un flacon, ou mieux , dans une boîte métallique très-mince, une grande partie de l'acide carbonique se volatilisera , en enlevant la chaleur nécessaire pour son changement d'état, aux parois du vase et à la portion d'acide carbonique restée liquide; la température s'abaissera alors au-dessous de — 70®, l'acide carbonique deviendra solide et se condensera sous la forme d'une neige blanche cotonneuse. j
L'acide carbonique peut être conservé sous cette forme neigeuse beaucoup plus longtemps qu'à l'étal liquide; l'évaporation en est très-lente , à cause de la mauvaise conductibilité de la matière; un thermomètre à air enveloppé de cette neige d'acide carbonique qui s'évapore librement à l'air descend à — 78®. Un flocon d'acide car^ bonique neigeux peut être placé sur la main sans que Ton éprouvo une sensation de froid très-considérable ; parce que l'adde solide est constamment isolé de la main par un courant d'acide gazeux qu se dégage incessamment et empêche le contact, mais , si l'on vien à comprimer le flocon entre les doigts , on éprouve une sensatio très-douloureuse, semblable à celle que produit un corps chaud , e la peau est désorganisée comme elle le serait par une brûlure.
Si l'on verse sur l'acide carbonique neigeux un liquide qui ne combine pas chimiquement avec lui et qui ne se congèle pas à u très-basse température, l'évaporation de cet acide devient plus
àcidb carbonique. 189
pide , parce que le liquide interposé augmente considérablement la conductibilité , et on obtient un mélange réfrigérant extrêmement énergique qui refroidit rapidement les corps que l'on y plonge, sans abaisser toutefois leur température plus que l'acide carbonique solide tout seul. Si ce mélange est placé sous le récipient de la macbine pneumatique, et que Ton hâte l'évaporation en faisant le vide, la température descend jusqu'à — 100®.
On emploie ordinairement Télher pour le mélanger avec Tacide carbonique neigeux. Au moyen de cette pâte frigorifique d'acide carbonique et d'éther on peut congeler 4 kilogramme de mercure en quelques minutes, et, si l'on y plonge un tube bermétiquement fermé , contenant de l'acide carbonique liquide , celui-ci se congèle en une masse vitreuse d'une transparence parfaite.
g 490. Il est facile d'obtenir, approximativement, la composition de l'acide carbonique par l'expérience suivante : on remplit d'oxygène, sur une cuve à mercure, un ballon de \ litre environ de capacité , on le retourne et on le place dans la position représentée par la figure 92. On fait entrer dans ce ballon un petit fragment de charbon fixé à l'extrémité d'un gros fil de platine ; puis, au moyen d'une forte lentille ou d'un miroir ardent, on concentre les rayons solaires sur ce fragment de charbon. Celui-ci prend feu et brûle en se changeant en acide carbonique. Lorsque la Fig 93. combustion est achevée , on laisse le gaz
revenir à la température primitive et l'on reconnaît alors que son volume n'a pas changé sensiblement. On en conclut que le gaz acide carbonique renferme un volume de gaz oxygène égal au sien.
Or, 4 vol. gaz carbonique pèse 4 ,5390
4 » oxygène 4,4 056.
' Le poids 4,5290 d'acide carbonique renferme donc un poids 4,4056 d'oxygène et un poids 0,4234 de carbone. Ce qui donne, pour la composition de l'acide carbonique :
Carbone 27,68
Oxygène 72,32
Mais cette composition n'est qu'approximative.
S 494. La composition de l'acide carbonique a été déterminée avec une grande exactitude par l'expérience suivante :
190 COMBINAISONS DC CiBBONE AVEC L'OXTG&NE.
On prend un poids p de carbone très-pur , de diamant par exem* plo; on le place dans une petite nacelle en platine, et l'on introduit cel!c-ri dans un tube de porcelaino ab (fig. 93] disposé dans un
fourneau â réverbère. On met l'une des extrémités de ce lube en communication avec un appareil qui dégage du gaz oxygène parfaitement desséché, et l'autre extrémité avec une série de tubes, comme le représente la figure.
Le tube A est un tube en U renfermant de la pierre ponce grossièrement concassée et imbibée d'acide sulfurique concentré.
L'appareil à boules B renferme une dissolution concentrée de potasse caustique.
Le tube C , placé à la suite de l'appareil à boules, est rempli de fragments grossiers de pierre ponce Imbibée d'une dissolution concentrée de potasse caustique.
Enfln le tube D, est rempli de fragments grossiers de pierre ponce imbibée d'acide sulfurique concentré.
L'ensemble des tubes B, C, D est pesé très-exactement; soit Pleur poids. On dispose i'apparei! en attachant les divers tubes les uns aux autres, au moyen de petites tubulures en caoutchouc. L'appareil étant rempli de gaz oxygène qui doit se dégager lentement, on chauffe au rouge le tube <i& qui renferme le carbone ; celui-ci entre bientdt en ignition et se change en acide carbonique. Les gaz traversent la série des tubes A, B, C, D. Le tube Acondense la petite quantitéd'humidité hygroscopiqne qui peut Stre abandonnée par les parois intérieures du tube ab. L'acide carbonique formé se condense presque complètement dans l'appareil à boules B ; toutefois, si le dégagement de gaz devient trop vif, à un certain moment de l'opération, ce qu'il n'est pas toujours possible d'éviter, une portion de l'acide carbonique
ACIDB CARBONIQUE. 101
pourrait s'échapper de l'appareil à boules sans se condenser, et c'est pour rarrèter qu'est disposé le tube C, rempli de pierre ponce imbibée de potasse caustique.
Les gaz qui traversent l'appareil à boules B et le tube C étant complètement secs, et la dissolution de potasse caustique renfermée dans cet appareil ne pouvant pas être employée assez concentrée pour que sa tension de vapeur soit insensible, les gaz tendront à enlever à cette dissolution une certaine quantité de vapeur d'eau qui diminuerait d'autant le poids de ces appareils. Le dernier tube D remédie à cet inconvénient, en ramenant les gaz à l'état de sécheresse absolue avant qu'ils se dégagent dans l'atmosphère.
On peut craindre que, dans cette combustion du carbone, il ne se forme un peu d'oxyde de carbone qui rendrait l'analyse inexacte. Pour éviter cette cause d'erreur, on remplit la partie antérieure du tube ab d'oxyde de cuivre très-poreux , que l'on chauffe au rouge pendant l'expérience. Le mélange gazeux étant obligé de traverser cet oxyde avant de se rendre dans les appareils où se fait l'absorption , les petites quantités de gaz oxyde de carbone , qui pourraient s'y trouver , sont nécessairement converties en acide carbonique. On sépare d'ailleurs, par un petit tampon d'amiante, la portion du tube qui renferme l'oxyde de cuivre, de celle dans laquelle on place la petite nacelle renfermant le carbone.
Lorsque la combustion du carbone est terminée , on continue le d^agement de gaz oxygène pendant quelque temps, a6n d'être sûr que tout le gaz acide carbonique produit a passé à travers les appareils absorbants. On démonte ensuite l'appareil , et l'on commence par s'assurer que le carbone placé dans la nacelle s'est complètement brûlé. Le plus souvent , on trouve un petit résidu de matière incombustible terreuse qui était mélangée mécaniquement avec le carbone. On pèse ce résidu qui ne doit pas dépasser quelques milligraounes , et on défalque son poids tc du poids p, pour avoir le poids exact (p—^) du carbone brûlé.
On prend , ensuite, de nouveau, le poids P' des appareils B, G, D ; il est clair que'(P' — P) représentera le poids de l'acide carbonique produit ; on saura donc qu'un poids (p— ^«) dexarbone produit un poids (P' — P) d'acide carbonique.
On trouve, ainsij que l'acide carbonique renferme
4 éq. carbone t5,00 27,37
2 » oxygène 200,00 72,'r3
4 » d'acide carbonique .. . 275,00 400,00
Si l'on divise le nombre 72,73 par la densité i ,4056 du gaz oxy-
gène , et le nombre 4 00 par la densité du gaz acide carbonique qui est 1 ,5290, on trouve les deux quotients 65,7 et 65,4, qui sont sensiblement égaux, et Ton en conclut que 4 volume de gaz acide cai^ l)onique renferme un volume d'oxygène précisément égal au sien. La différence que Ton remarque entre les nombres 65,7 et 65,4, tient à ce que le gaz acide carbonique s'écarte très-notablement de la loi de Mariette, même sous ia pression ordinaire de l'atmosphère. Ces quotients s'approcheraient beaucoup plus de Pégalité , si , au lieu de diviser les nombres 72,73 et 4 00 par les densités respectives de l'oxygène et de l'acide carbonique sous la pression de 0"',760, nous les divisions par les densités que présentent ces mêmes gaz sous des pressions plus faibles, sous la pression de 0'",400, par exemple.
§ 492. Nous avons dit (§62) que Tair de notre atmosphère conservait une composition sensiblement invariable , par la neutralisation réciproque de diverses actions chimiques qui, isolément, tendent constamment à Taltérer. On peut en distinguer trois principales :
4 "* L'action exercée par les matièi'es minérales qui constituent le globe ;
2* Celle qu'exercent les animaux qui vivent à sa surface ;
3° Celle que produisent les plantes pendant leur vie végétative.
La plupart des matières minérales qui composent notre globe sont sans action sur l'air atmosphérique; elles renferment de grandes quantités d'oxygène et ne paraissent pas pouvoir en absorber de nouvelles. Quelques minéraux , notamment les sulfures métalliques , font exception ; ces derniers , au contact de l'air humide, absorbent de l'oxygène et se transforment en sulfates. Dans un grand nombre de localités, il sort du sol des courants gazeux qui se mêlent , à l'air; les volcans versent journellement dans l'atmosphère des quantités considérables de gaz , dans lesquels on trouve peu d'oxygène, mais beaucoup d'acide carbonique. Ces gaz contiennent aussi de petites quantités d'acides chlorhydrique , sulfhydrique et sulfureux, qui sontbientôtprécipitéssurle sol par les pluies. L'action du globe terrestre sur l'air atmosphérique tend donc à diminuer la proportion d'oxygène , et à y introduire de l'acide carbonique.
La respiration des animaux consiste finalement en une absorption d'oxygène et en une exhalation d'acide carbonique. La plus grande partie de l'oxygène ainsi enlevé à Pair se retrouve dans l'acide carjjonique exhalé , mais une autre partie de ce gaz se combine avec certaines matières de l'organisme animal , en les faisant passer à l'état de composés plus oxygénés , ou forme de l'eau avec une por-
tion de l'hydrogène quUl enlève à ces matières. Les nouveaux produits sont ensuite excrétés dans les urines , la sueur, les fèces , etc. L'azote de l'atmosphère ne joue aucun rôle dans la respiration, et sa proportion dans l'atmosphère ne paraît pas pouvoir être modi6ée sensiblement par ce phénomène isolé.
Sous le rapport de l'effet final , la respiration des animaux peut donc être assimilée à une combustion qui fait disparaître une portion de l'oxygène , et dégage de l'eau et de Tacide carbonique C'est cette espèce de combustion qui produit la chaleur nécessaire pour maintenir le corps de chaque animal à une température sensiblement fixe , et souvent très-supérieure à celle du milieu ambiant. Les matières animales que cette combustion consomme sont remplacées par de nouvelles, que fournissent les aliments élaborés par la digestion. La proportion de matière animale brûlée, dans un temps donné, par le même individu en bonne santé , est , en général , d'autan; plus grande que la température du milieu ambiant est plus basse, parce qu'il doit se produire plus de chaleur pour maintenir la température propre de l'animal au même degré. Cela explique pourquoi le même individu a besoin d'une nourriture plus abondante dans les climats froids que dans les climats chauds. L'exsudation de Teau qui se fait plus ou moins abondamment par la peau, tend à refroidir le corps , auquel cette eau , en s'évaporant , enlève beaucoup de chaleur; la transpiration empêche donc la température de l'animal de s'élever au-dessus de celle qui est compatible avec son organisation.
En définitive la respiration des animaux agit sur l'atmosphère dans le même sens que les matières minérales du globe ; elle diminue la proportion d'oxygène et dégage de l'acide carbonique. Sous l'influence de ces deux actions, si elles existaient seules , l'oxygène de l'air diminuerait donc constamment, et l'acide carbonique s'y accumulerait indéfiniment.
Mais l'action des végétaux sur l'atmosphère est précisément l'inverse de celle qu'exercent les animaux. Les plantes enlèvent, en effet, à l'air son acide carbonique , et, sous l'influence de la lumière solaire, elles dégagent de l'oxygène. Elles fixent également de l'azote qui entre dans la constitution de certains de leurs principes immédiats et s'accumule , surtout , dans leurs fruits et dans leurs graines. L'absorption de l'acide carbonique par les plantes et l'exhalation de l'oxygène sous l'influence de la lumière solaire, se démontrent trèssimplement par l'expérience suivante. On iptroduit une branche d'arbre bien garnie de feuilles dans une cloche remplie de gaz acide caii>onique et placée sur la cuve à eau , et Ton expose le tout au
194 COMBINAISONS DU CARBONE AVKC L'OIYGÈNE.
soleil. Au bout de quelque temps, Tacide carbonique a complètement disparu, et Ton trouve à sa place une quantité un peu moindre d'oxygène.
Le développement des plantes a lieu principalement aux dépens des substances gazeuses qu'elles puisent dans l'atmosphère; leurs racines enlèvent en outre au sol et aux engrais certaines substances, notamment des sels minéraux, qui sont nécessaires à leur existence. Nous voyons donc que les végétaux reproduisent constamment les matières nécessaires à Talimentation des animaux, et cela aux dépens des gaz que ces derniers exhalent dans Tatmosphère et des excrétions qu'ils rendent au sol.
C'est sous l'influence de ces actions chimiques qui se neutralisent incessamment dans leurs effets, que l'air atmosphérique conserve une composition invariable.
Oxyde de carbone, CD.
§ 493. On prépare le gaz oxyde de carbone, en faisant passer' lentement un courant de gaz acide carbonique à travers un long tube de porcelaine ou de verre peu fusible, renfermant du charbon, et chauffé au rouge. L'acide carbonique se combine dans ce cas avec une quantité de carbone égale à celle qu'il renferme déjà.
Il est plus simple de chauffer du carbonate de chaux en poudre fine et mêlée intimement avec du charbon, dans une cornue de grès disposée dans un fourneau à réverbère. Le carbonate de chaux seul se décompose à la chaleur rouge, en dégageant du gaz acide carbonique ; mais ce gaz rencontre à cette température du charbon et se change en oxyde de carbone. 11 est nécessaire d'agiter pendant quelques instants le gaz recueilli dans des cloches, avec une petite quantité d'une dissolution de potasse caustique, afin d'absorber le peu d'acide carbonique qui pourrait échapper à la décomposition.
Mais on obtient plus facilement le gaz oxyde de carbone, en décomposant par l'acide sulfurique concentré l'acide oxalique, qui est la troisième combinaison du carbone avec l'oxygène, et que nous étudierons tout à l'heure. L'acide oxalique cristallisé a pour formule C*0'+3H0 ; il est susceptible de perdre facilement, et sans se décomposer, % équivalents d'eau ; mais on ne peut lui enlever le troisième équivalent , sans le décomposer en acide carbonique et oxyde de carbone ; on a , en effet , C*0* = CO* + GO.
Cette décomposition a lieu lorsque l'acide oxalique cristallisé est chauffé avec un corps très-avide d'eau, avec un excès d'acide sulfurique concentré, par exemple.
OXTDB DE CARBONE.
On place Tacide oxalique dans un petit ballon, et Ton ajoute 5 ou 6 fois son poids d'acide sulfurique concentré. On adapte au ballon un tube abducteur qui amène le gaz dans une clocbe placée sur Teau ou sur le mercure. En chauffant, Tacide oxalique se dissout d'abord dans l'acide sulfurique ; mais , bientôt , il se fait une effervescence qui provient de la décomposition de l'acide oxalique en ses deux produits gazeux. Les gaz acide carbonique et oxyde de carbone se dégagent à volumes ^aux ;'on recueille le mélange dans untf clocbe, où Ton introduit quelques centimètres cubes d'une dissolution de potasse qui absorbe l'acide carbonique, et le gaz oxyde de carbone reste pur. On peut encore faire passer le mélange des gaz, à mesure qu'il se dégage , à travers un flacon laveur (fig. 94)
renfermant de la potasse caustique ; il n'y a plus qu'à absorber dans la cloche la petite quantité de ce gaz qui peut échapper à Tabsorptien dans le flacon laveur.
Le gaz oxyde de carbone est incolore , inodore ; il n'a pas encore été liquéfié. Il brûle à l'air avec une flamme bleuâtre caractéristique, et se change alors en acide carbonique. Sa densité est de 0,967.
L'eau n'en dissout que ^ environ de son volume.
Le gaz oxyde de carbone n'exerce aucune réaction sur la teinture de tournesol, et ne se combine ni avec les acides ni avec les bases.
Toutes les fois que la combustion du charbon se fait dans nos fourneaux, sous rinfluence d'une quantité insuffisante d'oxygène, il se forme beaucoup d'oxyde de carbone. C'est ce qui arrive, par exemple, lorsqu'on remplit un de nos fourneaux de laboratoire de charbons incandescents, bien tassés, de façon à avoir une hauteur de combustible de quelques décimètres. Les couches inférieures se brûlent d'abord à l'état d'acide carbonique , par l'oxygène de l'air qui pénètre à travers la grille, c'est dans cette région que la température est le plus élevée. Dans les couches supérieures, la combustion n'a
lis COMBINAISONS DU CARBONE AVEC L'OXTGÈNB.
|5los lieu que par le courant gazeux fortement échauffé qui a traversé les couches inférieures ; l'acide carbonique s'y change en oxyde de carbone et la température est alors beaucoup moins élevée. Ënfîn , au moment où le mélange gazeux parait de nouveau au contact de Tair, si la température est encore suffisante à l'orifice supérieur du fourneau , le gaz oxyde de carbone s'enflamme et brûle avec une flamme bleue.
Dans, les fourneaux à cuve , souvent très-élevés, que Ton emploie dans les arts métallurgiques , la combustion se fait de la même manière ; mais, comme on charge le combustible et le minerai froids à Torlfice supérieur du fourneau , la température y est toujours trèsbasse, et la combustion du gaz oxyde de carbone n'y a lieu que si on enflamme le gaz ; elle continue ensuite indéfiniment.
Non-seulement l'oxyde de carbone ne peut pas entretenir la respiration des animaux , mais il agit comme un véritable p<HSOii ; un animal périt , si on le laisse séjourner pendant quelque temps dans de Fair qui renferme quelques centièmes de gaz oxyde de carbone. C'est à la présence de ce gaz qu'il faut attribuer le malaise, les douleurs de tète que l'on ressent, quand on reste dans une pièce mal ventilée , auprès d*un fourneau renfermant du charbon en combus*tion , et dont les produits ne se dégagent pas immédiatement dans une cheminée. Si la proportion de gaz oxyde de carbone devient considérable dans une chambre hermétiquement fermée, l'asphyxie produit la mort.
§ 494. L'analyse de l'oxyde de carbone se fait facilement dans Teudiomètre , en brûlant ce gaz par de l'oxygène.
Supposons que l'on ait introduit dans l'eudiomètre
400 parties en volume de gaz oxyde de carbone, 75 » » d'oxygène ,
Total. 475
On fait passer l'étincelle électrique ; le volume du gaz , apr.es l'explosion, s'est réduit à 425 parties. Si l'on fait passer un peu de potasse dans l'eudiomètre et que l'on agite , l'acide carbonique produit est absorbé; et, si l'on mesure le volume du gaz restant, on trouve qu'il s'est réduit à 25 parties. Ce gaz est d'ailleurs de l'oxygène pur. Le volume de gaz acide carbonique produit est donc de 400 parties; c'est-à-dire qu'il est égal à celui du gaz oxyde de carbone sur lequel on opère , et le volume du gaz oxygène consommé est de
Ainsi, 4 volume de gaz oxyde de carbone consomme ^ volume '
OXTDE DE CARBONE. 197
d'oxygène, et produite volume de gaz acide carbonique. Or, 4 volume de gaz acide carbonique renferme 4 volume de gaz oxygène; par conséquent , 4 volume de gaz oxyde de carbone n'en renferme que i volume. Si donc nous retranchons delà densité de Toxyde do
carbone 0,9674
la { densité de l'oxygène 0,5528
il reste 0,4440
qui est le poids du carbone combiné avec un poids 0,5528 d*oxygène, pour former un poids 0,9674 d'oxyde de carbone. L'oxyde de carhone est donc composé de
4 éq. carbone 75,00 42,86
4 » oxyde de carbone ... . 475,00 400,00
§ 495. Le chlore et le gaz oxyde de carbone se combinent souf; rinfluence de la lumière solaire et forment un composé gazeux . le gaz chloroooycarbcnique , dont la composition est représentée par la formule GO. Cl.
Le gaz chloroxycarbonique est incolore ; il a une odeur suffocante particulière. Au contact de l'eau , il se décompose , en même temps que 4 équivalent d'eau , il se produit de l'acide chlorhydrique et du gaz acido^carbonique. On a en effet