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L*OUVRIER LITTÉRAIRE

quelque forme qu'elle se présente, parce que ce gouvernement a la puissance et le secret de l'élever et de Torganiser.

La littérature en France est aussi une démocratie, elle Test devenue. La très-grande majorité des gens de lettres sont des travailleurs, des ouvriers d'une certaine condition, vivant de leur plume.

On n'entend parler ici ni des lettrés qui appartiennent à l'Université, ni de ceux qui font partie des Académies^ mais de la très-grande majorité des écrivains composant ce qu'on appelle la Presse littéraire.

Cette littérature, jusqu'ici, a toujours été abandonnée à elle-même, et elle s'en est mal trouvée : la société aussi s'en est mal trouvée. Sous la Restauration, cette littérature était encore contenue par des, doctrines et des espèces de principes; sous le régime des dix-huit années, elle n'a plus rien eu qui la contint, et le désir du gain, joint au besoin de faire du bruit, a produit beaucoup d'œuvres qui ont contribué ài la dissolution des pouvoirs publics et des idées .

Il s'est établi une sorte de préjugé, qu'on ne peut diriger cette sorte de littérature vague : c'est une bohème qu'on laisse errer.

Au contraire, rien n'est plus facile que d*y influer efficacement, sinon de la diriger.

Dans l'absence totale de parti pris, dans l'état de fiissémination et de dispersion complète où en est cette iitlérature, la moindre attraction venue du centre la nu 4

ferait rentrer et se mouvoir dans Torbite des choses ré-^ gulières, da moins quant à son ensemble.

Cette littérature est assez fidèlement représentée par la Société dite des Gens de Lettres. Cette Société, dans laquelle est admis, moyennant la plus modique cotisation, quiconque a publié un volume, se compose de la presque totalité des gens de lettres en activité.

La Société des gens de lettres est régie par un Comité qui^ jusqu'ici, n'a guère eu à s'occuper que des questions d'intérêts matériels, industriels, relatifs à la littérature, et aussi des soins de bienfaisance envers les confrères nécessiteux dont elle vient à connattre le malheur. Par cela seul que ce Comité se compose de gens de lettres plus en renom, ou ayant assez de loisir pour veiller aux intérêts généraux, il offre des garanties, et il en offrirait autant que Ton pourrait désirer.

La Société des auteurs dramatiques, qui diffère par son titre de la Société des gens de lettres, n'en est guère qu'une branche plus spéciale et développée. Les deux Sociétés pourraient être considérées comme étant comprises dans la dénomination générale.

Si le regard de l'empereur se portait s ur cette classe de travailleurs appelés les gens de lettres, comme il s'est porté sur d'autres classes d'ouvriers et de travailleurs, cette supériorité souveraine, à qui la France doit tant, IrouVerait sans nul doute des moyens d'organisation relative et appropriée.

On ne peut que tâtonner en allendanL — El d'fbord,

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comme dains les infortunes et les misères des gens de lettres Tamour-propre et la mauvaise honte jouent un grand rôle» comme ce sont les plus honteux et lesplus fiers de tous les pauvres honteux, on voit combien un intérêt direct, un bienfait direct, régulier, dont Forigine remonterait à l'empereur et ne remonterait qu'à lui, dont le mode de distribution aurait été réglé ou approuvé par lui, honorerait et relèverait ceux gui en seraient les objets, en môme temps que tous les autres membres en ressentiraient une vraie reconnaissance. Et quant à la direction morale à indiquer aux travaux de l'esprit, il suffirait peut-être d'une fondation annuelle par laquelle on proposerait des sujets à traiter soit pour la poésie, soit pour la prose, des sujets nationaux, actuels, pas trop curieux ni trop érudits, mais conformes à la vie et aux instincts de la société moderne. Une Commission nommée chaque année pourrait désigner ces sujets proposés à l'émulation de tous. Louis XIV logeait son Académie française au Louvre. Pourquoi la représentation nouvelle de la littérature n'aurait-elle pas l'honneur d'une pareille hospitalité et n'obtiendrait-elle pas une des nouvelles salles de ce grand palais? Rien n'avertit une littérature d'être digne, sérieuse, honnête, comme de sentir qu'on a l'œil sur elle et qu^elle est l'objet d'une haute attention.

Les corps académiques actuels, par la manière dont ils sont composés et dont ils se recrutent^ sont voués pour longtemps peut-être h la bouderie ou à une mé*

diocre action publique. S'ils s*obstinaient à rester en relard sur la société et à fermer les yeux à ce qui est, une telle institution élevée tout en face les vieillirait vite, et dans tous les cas elle les avertirait.

 un ordre social nouveau il faut des fondations nouvelles et qui en reçoivent l'esprit. Qu'il y ait aussi l'Académie du suffrage universel. L'honneur serait non d'y être admis, mais d'y être couronné.

Les beaux esprits pourraient sourire d'abord, comme ils sourient de tout en France, mais la France n'est pas dans quelques salons, et les travailleurs, dans quelque ordre qu'ils soient, sont trop occupés pour sourire: |ls sont sérieux et seraient reconnaissants.

L'ancienne Académie ne relevait que du roi; c'était son privilège et sa noblesse; il serait bon que la nouvelle institution ne relevât aussi que de l'empereur, le plus directement possible et avec le moins d'intermédiaires.

Le ministère de l'Instruction publique est trop voué à la littérature savante, classique et universitaire pour être un intermédiaire tout à fait approprié.

Le ministère de l'Intérieur est occupé de trop de choses administratives, politiques. *

Ce serait du ministère même de la maison de l'empereur, et, s^il était possible, de la personne même du prince, que relèverait l'institution littéraire. Une audience par année suffirait à consacrer et à maintenir le lien d'honneur qui flatterait et attacherait les amourspropres bien placés et toujours voisins du cœur.

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Od ne fait en tout ceci que balbutier. La pensée napoléonienne, si elle daigne s'arrêter un instant sur cette question^ saura y mettre ce cachet qu'elle met à tout. Coordonner en un moi la littérature avec tout l'ensemble des institutions de l'empire, et faire que celte seule chose ne reste pas livrée au pur hasard, voilà le point précis.

Et le moment est propice entre tous, Tà-propos est unique. Si l'on a attendu jusqu'à ce jour, il semble que ce retard même ait été une sagesse, afin de mieux faire et d'agir en pleine lumière et en toute sérénité. Un enfant désiré de la France vient de naître ; une paix qui doit être glorieuse, pour répondre à une si noble guerre, vient couronner tous les souhaits et ouvrir une ère illimitée d'espérances. Il y a comme des soleils de printemps pour les nations. Quelque chose est dans l'air qui adoucit, qui rallie, et oblige tout bon Français à sentir que la France n'a jamais été dans une plus large voie de prospérité et de grandeur. Ce que i'armée, ce que l'industrie , ce que les serviteurs de la France et les travailleurs de tout genre ont obtenu de l'attention magnanime du prince, que la littérature sente qu'elle l'obtient aussi à son tour; et ces gens de lettres, qui hier encore se décourageaient ou se dispersaient au hasard en laissant s'égarer leur talent, deviendront véritablement alors des serviteurs de la France, des travailleurs utiles et dignes.

Ce document, en raison même de la publicité qu'on lui a donnée, était tout naturellement indiqué pour faire partie des œuvres non recueillies de M. Sainte-Beuve, que nous recherchons. Il a été fort attaqué, quand il a paru pour la première fois^ notamment dans un article sans signature du journal le Rappel (n^ du 48 mars 187i). Nous ne croyons pas, quant à nous, qu'il nous soit permis d'entrer dans la discussion, comme éditeur des œuvres posthumes de M. Sainte-Beuve, et comme son dernier secrétaire pendant huit ans. Nous demandons seulement la permission de mettre en regard d^ la pièce ci-dessus un autre portrait de rouvrier UUéravre^ écrit quelques apnées après 1864), et dans lequel la pensée de If. Sainte-Beuve éclate tout entière^ sans préoccupation officielle cette fois, à moins qu'on ne considère comme telle l'expression les vœux de 1 a fin. G' est le naorceau qui termine le premier article sur l'ouvrage de M. Le Play, la Réforme sociale en France {Nouveava Lundis^ tome IX) :

Puisque Témulation s'en mêle, s'écrie gaiement H. Sainte-Beuve, elle me gagne à mon tour et je suis tenté de venir payer incidemment ma quote-part. Parmi tous ces types d'ouvriers que M. Le Play ou ses collaborateurs ont si bien décrits, l'ouvrier émigrant on le maçon f l'ouvrier sédentaire ou le.fatTfeur, le char* pentier de PariF, compagnon du devoir ou de la H* bertéy etc., il en est un qu'ils ont négligé et que je su gnale à leur attention; celui-là, je l'ai observé de près depuis bien des années, et j'ai vécu avec lui, je pourrais dire, coipme lui; aussi suis-je en état de le décrire, et je l'essayerai môme, puisque l'idée m'en est venue: c'est rouvrier littéraire.

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