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LA DIANA

plication si généreuse courir et se propager I Et c'est ainsi que dans cette salle des anciens États du Forez, sauvée, grâce à lui, de la ruine et consacrée désormais à la Société historique de MontbrisoQ, sous ces voûtes et entre ces murailles toutes chargées d'armoiries et â'emhlèmes, M. de Persigny a fait que chacun pût y jeter les yeux saus trop d'orgueil et sans trop d'envie. Mais il y a dans ce discours une autre idée toute pratique, et qui mérite qu'on la mette en vue et en saillie ; c'est ce que j'appellerai Tidée de centralisation historique provinciale : réunir dans un seul et même local tout ce qui se rapporte à l'histoire de la province sous forme graphique, c'est-à-dire tout ce qui est écrit ou tout ce qui peut se dessiner ; et pour être plus précis, j'emprunterai les termes de M. de Persigny lui-même : « fonder une sorte de cabinet historiographique ah soient réunies toutes les sources d'informations ; par exemple, une bibliothèque de tous les livres ou manuscrits qui peuvent concerner le pays ; une seconde bibliothèque de tous les ouvrages faits par des compatriotes ; un recueil des sceaux et médailles de la province, ou fac-similé de ces objets; une collection de cartes géographiques et topographiques du pays, de plans, dessins, vues, portraits des grands hommes ; des albums photographiques pour la reproduction des monuments archéologiques ; un cabinet de titres, chai^ tes, actes authentiques, originaux ou copiés, et surtout un catalogue suffisamment détaillé de tous les do-

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cuments qni peinreni intéresser la proTince, dans tes collections publiques ou particulières^ dans les archi' ▼es, bibliothèques» musées et cabinets de Paris, de» département et de l'étranger* s

Voilà ridée dans son originalité, et eiie petit trouver son application ailleurs. Je sais biea que qadque chose d'analogue ou d'approchant doit eilster déjà grâce ani différentes Acadéoiies de province, aux Sociétés d'émutotion, etc. ; mais il n'y a rien de eomi^et en ce genre; la dispersion, la dissémination est toujours ce qui nuit aia études provinciales* Le ministre de l'Instruction publique a, par une foadatîoQ heureuse, réuni depuis quelques années, les travaux de^ diverses Sociétés provinciales et les a fait en quelque sorte comparaître à son ministère pour être, après exa* men en commission et rapport, analysés ou mention* nés dans la Itevue det Sociétés savantes .'^une solennité annuelle rassembla à Paris sous sa. présidence et mti en contact, dai^s une sorte- de congrès, les fiMinbreis de ces Sociétés qui correspondent utilement aveer son ministère. Mais ici le point de vue est autre; c'est en province m^me et sur les lieux qu'on a voulu fond^er un centre approprié d'études et de recherches pour l'histoire locale. M. de Persigny qui, il y a neuf ans^ présentait à la signature de l'empereur un plan d'mvtntaire somnaaire de toutes les Archives de l'Empire et organisait ee travail qui n'a cesaé depuis de se pour-* suivre et qui vient de produire ses premiers résultats

caprimés, a eompris où est le poîHtde la difûculté et

suggéré un may«i qui peat être é'aa atile exemple.

ua IHcanaj organûée comme elteval'è^e, et d'après le

^lan iacliqué^ méritera de deTemruike société modèle.

TcHSt ce qu'on pcarra réunir délivres^ de maDuserits^

oo le réunira, et^ poojr ces derniers» à défaut des ori-*

^nauK qui apparlienn^t le plos aoovent à des dépôts

publies CMS de copies longue» à faire et inotilesy on aura

èsoL moias le» indieations précises^ immédiates» Il ne

d'agi! pas de faire donble emploi avee la Bibliothèque

de la vîOe et a?ec le» Arohires départementales, mais

de faire lien.

Un des obstacles, il est bon ie le savoir, que ren- «montrent quelquefois les jeunes gens studieux de La f rovince, lorsqu'ils désirent prendre connaissance des richesses enfouies que contiennent^ ye ne dis pas les Archives (les mlà à jour),, mais les Bibliothèques locales, c'est, le croirait-on? la jalousie du bibliothécaire. Ce. que je yais dire n'est pas un conte : je sais telle grande ville de province» siège de Facultés, dont la Mbliothèque possède un manuscrit d'Alfieri ; un jeune homme demande à le consulter*: le bibliothécaire, gardien du trésor,, s'effraie à. cette seule demande : « Je puis bien vous le montrer, répond-il^; prenez le chiffre du format, le nombre de pages, si vous le voulez ; parcourez-le même, mais je ne puis vous en laisser copier une ligne. » Et pendant tout le temps que le manuscrit était en main, le malheureux homme en peine

était là tournant, rôdant autour du pauvre curleax qui se sentait lui-même sur les épines de se voir ainsi épié. Évidemment Tavare avait peur qu'on ne le volât en retenant par cœur quelque chose. De tels bibliothécaires heureusement sont assez rares en province ; combien j'en connais, en revanche, d'obligeants, d'hospitaliers, de communicatifs I Mais quelques-uns, cela est trop vrai pourtant, se sont accoutumés à croire que ce dont ils ont la garde est à eux; ils se proposent toujours d'en faire pour leur propre compte une publication qui ne vient jamais; \Vais eunuques du sérail.

Ne faisant rien, nuisant à qui veut &ire.

Il importe de tirer de leurs griffes ce qu'ils retiennent comme secrets d'État. Ce qu'un individu a peine à faire, une société composée des notables du pays le fera aisément. Toutes les clefs tourneront d'ellesmêpries, toutes les portes s'ouvriront.

Une idée utile et toute pratique, une chaleureuse et patriotique étincelle, c'est ce que nous nous sommes plu à relever dans un discours, spirituel assurément, mais qui n'aurait pas été remarqué à ce degré s'il n'avait été l'expression de convictions senties, et s'il n'était venu à la suite et en compagnie d'actions nées du cœur.

9tl décembre 180S*

ATALA, RENÉj LE DERNIER A6ENCERAGB ^»

Un volume qui contient Ata/a, René et le Déifier Ahencerage, renferme à peu près tout le génie de Chateaubriand artiste : si Ton y joignait, entre René et le Dernier Abencerage, la confession d'Eudore, extraite des Martyrs et contenant l'épisode deVelléda^on aurait toute son œuvre d'art en abrégé, exquise. Il n'y manquerait rien. On y embrasserait dans un seul coup d'œil les premiers essais gigantesques, excessifs, un peu extravagants, d'un talent pittoresque* et passionné, tout neuf, sa perfection presque aussitôt, sa saison toute classique dans René et dans Eudore, sa manière parfaite encore, mais déjà un peu sèche et roide, dans VAbencerage,

1. Avant-propos dicté un matin par M. Sainte- Beave pour l'édition de ces trois ouvrages en un volume dans la Collection Micbel Lévy.

On a fait bien des critiques d*Atalaj et dans le temps môme où elle parut et depuis. Toutes ou presque toutes sont justes. Ce petit roman qui ne devait être primiti- ▼ement qu'un épisode de la grande épopée des Natchez en a les défauts. Je dis roman et j'ai tort. Dans la pensée de l'artiste, c'était moins un roman qu'un po^me, un poôme moitié descriptif, moitié dramatique^ renchérissant sur les anciens^ sur les modernes, sur le poème de Paul et Virginie, le dernier en date. L'auteur voulait présenter un tableau du trouble de la passion chez deux natures sauvages et primitives, placées au sein d'un désert inconnu et non encore décrit. Il voulait, de plus, mettre cette passion en contiraste et aux prises, à la 6d, avec le calme de la religfûn, •— dé la religion qui, telle qu'il Tallait peindre, devenait une nouveauté aussi, une résurrection et comme une découverte. Qu'il y ait eu de l'arrangement et de la symétrie jusqcre dans le désordonné des peintures; que les paysages soient tout composites, et ne se retrouvent ûuQe part, avec tout cet assemblage imaginatif, dans la nature même et dans la réalité ; qu'à côté de ces impossibilités d'his* toire naturelle, il y ait des anachronismes non moins visibles dans les sentiments ; qu'il y ait des effets forcés et voulus; que, sous prétexte d'innovation, l'auteur moderne ait sans cesse des réminiscences de l'Antiquité; qu'il parodie souvent Homère et Théocrite en les déguisant à la sauvage, tout cela est vrai; et il est vrai encore que les caractères de ses deux personnages pr in-

cipttox ne sont pas consistants et qu'ils assemblent des q[asilités contraires, inconciliables, tenant à des âges de civilisation très-différents. Le christianisme, on Ta dit, est plaqué dans le personnage d'Âtala ; il n'y a pas en elle cette fusion insensflbJe qui fait le charme; il y a du tatouage. Qne sais^ encore? Maïs qnand on a dit tout eela, on n'a rien pnmté; le talent de Tautear, dans ce qa'il a précisément de neuf, de puissant et de grande ne laisse pas de tous prendre, de vous remuer étrangement et (te triompher. Qu'on relise d'une part cet adorable livre de Pmi/ e< Virginie: qu'on relise ensuite Atalaf on est enlevé malgré soi^ entrahié, enivré. Je Tai dît ailleurs : «r malgré tout, Atala garde non pas son éharme (c'est un mot trop doux et que j'aime mieux laisser à yirginie)| mais son ascendant troublant; au milieu de toutes les réserves qu'une saine critique op« pose^ la flamme divine y a passé par les lèvres de GhaC'> tas oo de Tauteur, qu'importe? Il y a de la grandeur mônite dans la convulsion. L'orage du cœur y vibre et y réveille les échos les plus secrets. On y sent le philtre^ le poison qui, une fois connu, ne se guérit pas ; on emporte avec soi la flèche empoisonnée du désert. »

M. Joubert, l'ami intime, l'ami du cœur et du génie de M. de Chateaubriand^ écrivait à madame de Beaumont, inquiète et craintive, à la veille de la publication à* Atala (mars 1801), cette lettre qui est restée le jugeinc;nt définitif et qu'enregistre la postérité;

a Je ne partage point vos craintes, car ce qui est beau

De peut manquer de plaire ; et il y a dans cet ouvrage une Vénus, céleste pour les uns, terrestre pour les autres, mais se faisant sentir à tous.

u Ce livre-ci n'est point un livre comme un autre. Son prix ne dépend point de sa matière qui sera ce. pendant regardée par les uns comme son mérite, et par les autres comme son défaut ; il ne dépend pas môme de sa forme, objet plus important, et oh les bons juges trouveront peut-être à reprendre, mais ne trouveront rien à désirer. Pourquoi? parce que, pour être content, le goût n'a pas besoin de trouver la perfection. Il y a un charme ^ un talisman qui tient aux doigts de l'ouvrier. Il taura mis partout, parce qu'il a tout ma-' niéy et partout où sera ce cbarme, cette empreinte, ce caractère, là sera aussi un plaisir dont Tesprit sera satisfait. Je voudrais avoir le temps de vous expliquer tout cela, et de vous le faire sentir, pour cbasser vos poltronneries; mais je n'ai qu'un moment à vous donner aujourd'hui, et je ne veux pas différer de vous dire combien vous êtes peu raisonnable dans vos défiances. Le livre est fait, et, par conséquent, le moment critique est passé. Il réussira, parce qu*il est de r Enchanteur. S'il y a laissé des gaucheries, c'est à vous que je m'en prendrai ; mais vous m'avez paru si rassurée sur ce point, que je n'ai aucune inquiétude. Au surplus, eût-il cent mille défauts, il a tant de beautés qu'il réus- ^ sira : voilà mon mot. J'irai vous le dire incessamment.»

Après Atala, René, Ici la perfection est atteinte ; la

mesure est trouvée. Un souffle égal, soutenu, harmonieux, anime chaque phrase, chaque couplet de cette confession mélancolique. L'auteur, en retraçant dans la figure de René son propre portrait de jeunesse, son portrait idéalisé, a par là même présenté comme un type de la maladie morale des imaginations à cette époque et pour les générations qui ont suivi. Toutes les contradictions qui se rencontrent dans le caractère de René se retrouvaient également, à quelques variantes près^ dans celui de bien des jeunes gens d'alors, surtout quand la lecture de René les en eut avertis. Tel est

Vefiet magique de ces petits chefs-d'œuvre venus à leur

moment : ils sont comme un miroir où chacun se reconnaît et apprend, pour ainsi dire, à se nommer ; on se fût cherché sans cela vaguement, bien longtemps encore, sans se bien comprendre ; mais voilà qu'on se regarde à l'improviste dans un autre, dans le grand artiste de la génération dont on est, et Ton s'écrie tout à coup : Cest mot, c'est bien moi! René est bien le fils d'an siècle qui a tout examiné, tout mis en question; mais le fils ne s'en tient pas au testament du père, il veut recommencer la vie et ne sait comment ; une intelligence avancée, consommée, qui a tout décomposé de bonne heure et tout analysé, se trouve chez lui en désaccord flagrant avec une imaginatiop réveillée et puissante, avec un cœur avide, désenchanté et inassouvi. Auparavant l'on ne désirait que ce que l'on connaissait : c'était comme une vérité éta-

902 PREMIERS LUHfDIS.

blie, proTerbiale : Ignoti nulla ^upido^ disait Ovide. On ne peut désirer ce qu'on ne oomutlt pas,

répétait à son toor Yoltaire. Mais René ne s'en tî^il pas \k ; il recommence précis^oent où Voltaire finit : il fait mentir Tobservalion morale positive : lui, il désirera surtout ce qu'il ignore. Sans être saint, il fait comme les saints, il aspire à l'impossible. René a toutes les ambitions, toutes les velléités ou les extrémités d'ambition; il les épuise : qu'il traverse les cfioses ou qu'il les effeure^ il se dégoûte vite, il pénètre le néant de tout, il s'ennuie, et ceteimui n'est peut* être au fond^ à le bien prendre^ que l'amcair de U gloire littéradre et poMique à laquelle il croit plus qu'à tout le reste et^ui ne le satisfera pourtant pas, quand il l'aura obtenue. Le roman qui est prc^re i Mené, cette passion d'une sœur pour un frère, n'est fort heureusement qu'un cas particulier ; mais chaque jeune homme qui a du René en soi trouve moyen, à son heure, de s'exagérer son cas particulier de passion et de s'en faire quelque chose d'étrange, quelque chose d'unique. La religion de Reoé, qui n'est que dans l'imagination et qai ne régénère pas le C€&ur, ressem* ble fort aussi à celle qui a régné dans le premier tiers de ce siècle; on en étaft aux regrets du passé et à ne plus le maudire; on n'avait plus pourtant la force ou la faiblesse de croire, on aspirait à un avenir incertaio

CHATBÂCBMAKD. SOS

dont on ne se formait pas YiAéie, et Ton se berçait ainsi, avec soupirs ^^gémisseme]:^, sur «n nuage de sentiaaeiits ooiAradietoîm qui ne donnaient aucun fonds à la vie, aucun point ^d'appui à faction. Le petit livre de Hené garde l'honneur d'avoir, le premier, et du prenxier coup, trouvé une expression nette et précise è. ce qui semblait indéfinissable ; il a même donné cette expression tellement noble, flatteuse et séduisante, qu'il a pu sembler dangereux à son heure. Ce danger-là est passé depuis longtemps.

Le Dernier Abencerage^ enfin, qui marque chez Tauteur une manière plus avancée, paraîtra sans doute aujourd'hui concerté, antithétique, un peu guindé. La confession d'Eudore, dans une lecture graduelle, dans un cours de littérature pratique (comme je le conçois), devrait précéder; on y verrait le René agrandi, développé, hellénisé par une transposition ingénieuse et savante : on y admirerait Chateaubriand au complet dans son charme et sa splendeur. Le Dernier Abencerage ne viendrait qu'après : il est, avant tout, d'une grande distinction d'élégance. L'auteur a cherché, sous ces beaux noms étrangers et chevaleresques, à consacrer et à immortaliser une flamme rapide de passion qu'il avait lui-même ressentie et exhalée à son passage dans ce délicieux Alhambra. Mais trop pressé déjà par le temps, trop appelé et tenté par la politique et par ses passions dévorantes, il se hâta de dresser le monument de son souvenir ; il fit ses personnages un peu

roides; il les drapa : au lieu de donner le ton cette fois, il semble avoir sttiyi lui-mftme le goût des peintres de TEmpire. Cest du bon et très^bon Malek-Adel, mais Aben-Hamet y fait penser.

i5 juin 1867.

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