III. i
à laisser parler l'orateur. Ceux de MM. les sénatenra qui' désireroQt répondre auront la parole.
M. RouLARD. CoQtiauez, monsieur Sainte*Beuve, parlez librement, le Sénat vous écoute.
M. Sainte-Beuve. Des siècles après, quand TAssemblée constituante mit fin à cette oppression, à cette iniquité séculaire^ et rendit aux juifs le droit de cité, savez- vous ce qu'écrivait le lendemain la petite -fille de saint Louis, la digne et vertueuse Madame Elisabeth? Elle écrivait à son amie, madame de Bombelles, à la date du 29 janvier 1790 :
tt Gomme cette lettre ne- verra pas la poste de France, je puis t'écrire avec un peu. plus d'aisance. L'Assemblée a mis hier le comble à toutes ses sottises et ses irréligions en donnant aux juifs la possibilité d'être admis à tous les emplois. La discussion a été fort longue, mais les gens raisonnables- ont eu, comme de coa«tume, le dessous. Il n'y a encore que les juifs qui avaient des privilèges qui sont admis ; mais vous verrez bientôt que toute la nation auva le»mftmes avantages. Il était réservé à notre siècle de recevoir comme amie la seule nation que Dieu ait marquée d'un signe de réprobation, d'oublier laijxmrt qu'elle a fait souffiir à Notre-Seigneur et les bienfaits que ce môme Seigneur a toujours répandus sur la France, en faisant triompher ses ennemis et leur ouvrant avec joie noire sein. Je ne puis te rendre combien je suis en colère de ce décret* il faudrait bien mieux se soumettre et attendre avec
I>E LA LIBERTÉ DE t'^fiNSEIGNEMENT. 291
résignation la punition que le ^^iel nous réserve, car il ne permettra pas que cette i^ute reste sans vengeance... »
Cette noble et nertuemse personne parlait comme ixne croyante, au nom de sa vérité religieuse ; elle en était restée au poimt de vue le plus opposé à celui où doit se placer l'État moderne et le souverain de cet État. Et ce cas est encore eelui de bien des hommes, personnellement respectables, d'entre nos contemporains, lesquels, si on les laissait faire, nous ramèneraient sur certains points à Tâge d'or de saint Louis.
Où en veux-je venir, messieurs? A ceci, que ce n'est nullement la vérité, ce qui semble tel à un individu, même le pic» respectable, qui doit être kt mesure de la loi et du droit dans le régime OQbodeme. La vérité ou ce qu'on appelle de ce nom en matière de foi, chacua se l'attribue à soi exclusivement et la dénie aux autres : à ce compte il n'y aurait jamais lieu qu'à une orthodoxie maâtreese et absolue comme au moyen âge. Ce qui fait qoe \e% juifs esit dû être admis comme citoyens, et qu'ils sont aujourd'hui honorés et respectés dans toute réunion et assemblée publique et politique, c'est qu'il a été déinontré qu'on peut être de cette religion, de cette opinion, sans être pour cela ni moins honnête homme, ni moins bon citoyen, ni moins fidèle sujet (dans les pays où il y a des sujets), ni moins exact à remplir tous les devoirs de la famille et de la société. Ëh bien ! c'est là Tunique mesure, messieurs, et cette
2i;2 PREMIERS LUNDIS.
mesure, il est temps, selon moi, qu'on l'applique indistinctement, non-seulement aux protestants, nonseulement aux juifs, aux mahomélans, mais à un autre ordre d'opinions et à tous ceux que, pour un motif ou pour un autre, et à quelque degré que ce soit, on s'est accoutumé à classer et à désigner sous le nom de libres penseurs. (Rumeurs. — Exclamations.)
M. LE MARQUIS DE Grigourt. Auricz-vous la bonté de parler un peu plus lentement ? nous avons de la peine à suivre vos paroles : c'est dans votre intérêt même que je me permets cette interruption.
M. Sainte-Beuve. Je n'entre pas, encore une fois, dans la discussion religieuse ou métaphysique : je m'en tiens purement à l'évidence extérieure des faits. N'est-il pas certain qu'on peut avoir telle ou telle opinion, plus ou moins hypothétique ou fondée, sur l'origine et la nature des choses {de natura rerum)^ sur la formation première du monde, sur la naissance ou l'éternité de l'univers, sur l'organisation môme da corps humain, sa structure, les lois et les conditions des diverses fonctions (y compris celles du cerveau), sans être pour cela ni moins honnête homme, ni moins bon citoyen, ni moins irréprochable dans la pratique des devoirs civils et sociaux? (Mouvement.) Chacun a présents à l'esprit les noms de contemporains vraiment exemplaires, d'honnêtes gens modèles; mais, pour nous en tenir au passé, quel plus honnête homme, plus modéré, plus sage, plus sobre, plus bienfaisant
DE LÀ LIBERTÉ DE l'eNSEIGNEM ENT. t\)3
dans les tous les jours de la vie que d'Alembert ? Quelle plus aimable, plus affectueuse et plus bieaveillante nature que Cabanis, celui qu'Ândrieux, dans un vers, a pu tout naturellement comparer à Fénelonl Nous avons honoré, pour Tavoir vu de près, un ancien membre des assemblées publiques, cet homme de conscience et qui eut le courage de sa conscience le jour du vote dans le procès de Louis XVI, l'intègre et respectable Daunou. Mais, je le répète, on n'a pas à démontrer l'évidence. Comment donc le moment ne serait-il pas venu de reconnaître enfin et de tolérer, — et j'entends tolérer de cette vraie tolérance qui n'est pas une tolérance de support et de souffrance, mais bien d'une tolérance d'estime et de respect, — cette classe de plus en plus nombreuse d'esprits émancipés qui ne s'en remettent qu'à la raison et à Texamen pour les solutions quelconques des questions qui avaient été précédemment livrées aux religions positives? Estce parce que les esprits faisant partie de cette classe ne sont pas associés, affiliés entre eux^ unis comme cela a lieu pour les sectes et communions religieuses? Je serais presque tenté de le croire, car du moment qu'il y a un lien d'association comme dans TOrdre de la franc-maçonnerie par exemple, oh ! alors on cesse d'être injurié, répudié, maudit, — je ne dis pas dans les chaires sacrées, c'est leur droit, — mais dans les assemblées publiques et politiques. Si l'on parlait ici dans le Sénat des francs-maçons comme on y parle
habituellement des libres penseurs, on trouverait «ssarément que)qu*un de hant placé pour y répoadre^. (Sourires. — Les regards se portent sur le général Mellinet, qui prend part toi-même à l'hilarité.) €e que je voudrais donc, messieurs, ce qui me paraîtrait un progrès de tolérance digne du xix* siècle, et conforme à l'état vrai de la société, ce serait que dans les assemblées politiques, et du haut des pouvoirs publics qui représentent l'État, il ne tombât plus invariablement des paroles de blâme, de réprobation et de mésestime pour cette classe d'esprits qui prétendent ne relever que du droit d'examen et qu'on appelle iibs'es penseurs. En effet, quelque opinion qu'on ait personnellement sur telle ou telle de leurs doctrines, ils présententévidemment le double caractère qui rend un ordre de citoyens respectable dans l'État moderne : le nombre d'abord, le nombre croissant (je l'affirme, et en pourrait- on douter, quoiqu'il n'y ait pas de recensemfent ni de statistique officielle ? mais ce nombre, il crève les y«ux), — et avec le nombre ils offrent cet autre caractère qui constitue la respectabilité, je veux dire la pratique de la morale et des devoirs civils et sociaux.
Le moment est donc venu, messieurs, où cette tolérance respectueuse, qui a été successivement et péniblement conquise par la foroe des choses encore plus
1. M. le général Hellmea, sénateur, est grand maître de TOrâre des francs- maçons.
DE LA LIBETITÈ DE l'enSEIGNEMENT. «95
qoe par la sagesse des hoinmes, pour les protestants, pour les jnifs, pour les diverses sfectes religieuses, pour les musulmans eax-mêmesf doit être acquise aujourd'hui, et dorénavant s*étendre de plein droit aux esprits philosophiques et scientifiques et aux doctrines qu'ils professent en toute sincérité. L'heure de la reconnaissance, pour cet ordre considérable d'esprits, a depuis longtemps sonné. Législateurs, oroyez-le liîen, 41 n'esft pas »trop tôt pour cela : il n^-est plus sept heures, ni dix heures du malin : 11 est midi. (Rumeurs et chuchotemeTrts.)
M. LE MARQUIS SE Grigourt. Mldil C'est très-bien I... mais vous ne nous montrez pas la lumière... (On rit.)
M. "Sainte-Beuve. J*ajouterai, sans grand espoir de voir mon vœu exaucé, avec la conviction toutefois d'être dans le vraii : Rien ne détendrait la situation morale, rien n'apaiserait, ne désarmerait Tanimosité et rhostilité des esprits comme une pareille tolérance publiquement observée et pratiquée par tous et envers tous. Essayez seulement.
Mais j'entends dire qu'il y a telle de ces doctrines qui, si elle était poussée à ses dernières «conséquences, entraînerait rirresponsa;bilité etpar suite Timmoralité. Ah ! messieurs, je vous en conjure, que les représentants elles organes de rÉtat moderne, que les hom- Tnes vraiment politiques ne 'mettent pas le pied sur ce terrain glissant de la discussion métaphysique ; ce leronain-Ià, pas plus que cehui de la théologie, n'est bon
et sûr pour qui accepte rétablissement de la société présente et à venir. (Léger mouvement.) Ce n'est pas, messieurs, que je ne conçoive qu'il y ait, pour les politiques eux-mêmes, des doctrines philosophiques plus acceptables, plus désirables que d'autres ; mais ces doctrines-là, si vous prétendez les imposer et les I exiger, vous les ferez fuir et vous ne réussirez qu'à ob- ( . tenir leur s cojatrajres. Sans donc aller jusqu'à nier
r* Vf ^" * I 9^''^ y ^^^ ^^^^^ ^" ^'^^ opinion, conviction ou croyance, qui puisse ajouter quelque chose dans les âmes à la sanction morale des prescriptions légales, je maintiens que le meilleur et le plus sûr principe et fondement de la légitimité des lois qui régissent les sociétés humaines est encore et sera toujours dans leur nécessité, dans leur utilité môme.
Ne sortons pas de là, messieurs, ne nous embarquons pas. Gouvernement et corps politique, dans des questions de libre arbitre et de liberté métaphysique. Gardons-nous bien d'avoir un avis légal sur ces choses. Mil Ion, dans son Paradis perdu, nous représente les anges déchus, dont Satan est le chef, les Esprits rebelles et précipités dans l'abime, qui se livrent lencore dans leurs tristes loisirs à leurs anciens goûts favoris; et quelques-uns d'entre eux et des plus distingués^ dit le poète, (( assis à l'écart sur une colline solitaire, s'entretiennent en discours infinis de pensées élevées et subtiles ; ils raisonnent à perte de vue de providence, prescience, volonté et destin : destin fixé, volonté libre,
BE LA LIBERTÉ DE l'eNSEIGNEMENT. 297
p7^escience absolve; et ils ne trouvent point d*issue» ajoute le poêle, perdus qu'ils sont dans ces tortueux dédales. » N'imitons pas ces anges sublimes et déchus. Ayons pied sur terre. Pour moi, les lois sont essentiellement fondées sur Futile ; la société a droit à tout ce qui la protège efficacement : rien de moins, rien de plus; c'est la pierre solide. La théorie de Benlham me suffit.
Et Horace, le poète de la modération et du bon sens, ne dit-il pas :
Atque ipsa uiilitas, jusii prope mater et œqui?
Pour me résumer, messieurs, le vrai rôle moderne, la disposition qui me paraît le plus désirable pour un Gouvernement, pour un État, dans cet ordre de discussions et de conflits, ce serait, si je m'en rapportais à une parole de Napoléon 1" *, une sorte d'incrédulité supérieure et bienveillante dans sa protection à l'égard des divers systèmes et opinions théologiques, métaphysiques et autres, môme les plus contraires ; — mais j'aime mieux une définition moins brsPutaine, et je dirai plutôt que la disposition vraie d'un Gouvernement dans ces sortes de questions devrait être une équitable et suprême indifférence, une impartialité supérieure et inclinant plutôt à la bienveillance envers tous, de manière toutefois à maintenir et à réserver les libertés et les droits de chacun.
1. Naooléon, dont la forme d'esprit inclinait à une maniôro de
298 PREMIERS LUNDIÇ.
£t, par exemple, pour éclairer ma pensée, je me permellrai ici uûe remarque critique. Dans le rapport d'ailleurs excellent et plein d'esprit (c'est tout simple), et de justesse quant aux conclusions, que vous avez entendu, Thonorable rapporteur, M. €baix d'Est- Ange, a bien voulu alléguer, en faveur de Eroussais, de Bicbat et de Cabanis, qui ont pu être téméraires, a-t-il dit, et s'égarer par moments, des excuses et, pour ainsi dire, des circonstances atténuantes; mais je ne crois pas (j'en demande pardon à notre trèsspirituel et éloquent collègue), je ne pense pas que ce doive être là le vrai rôle actuel de Tbomme politique hii-mème et de llionrme d'Ëtat en présence de la science. La science n'a pas besoin d'excuses qnand elle procède sincèrement et selon son véritable esprit : elle peut sur certains points aller trop vite, avoir ses bypothèses anticipées, hasardées même ; mais qu'on la réfute alors ; qu'on oppose raison à raison, expérience à expérience. Car de quel droit la déclare-t-on téméraire, sur la foi de je ne sais quelle philosophie ou
déisme fataliste, de déisme sémitique, disait : «Nul doute que mon espèce d'incrédulité ve fût, en ma qualité d'empereur, un bienfait pour les peuples; et comment autrement aurais-je pu exercer une véritable tolérance 7 comment aurais-je pu favoriser avec égar lité des sectes aussi contraires, si j'avais été dominé par une seule 7 comment aurais-je conservé l'indépendanoe de ma pensée et de mes mouvements sous la suggestion d'un confesseur, qui m'eût gouverné par les craintes de l'enfer? etc. » {Mémorial de Sainte-Hélène, 8 juin 1816.) •- Ce que Napoléon disait là du bienfait de l'incrédulité chez un chef .d'État dans une monarchie ab» Boiue, Frédéric le Grand Ta encore mieux prouvé.
DE LA LIBEaTÉ DE l'eNSEIGNEMENT. 299
cregrance vague et convenoe qui pourrait bien ellemêine/ si on la serrait de {>rè6, passer pour une lémérilé ? Car je le demande à tout homme sensé» et qui ne vit pas soub l'empire d'une révélation religieuse, ccumment peuVfon être stÉr jet certain de ces points si font controversés qfâ ast fait le doute et quelquefois le tourment des plus grands esprits? Politiquement donc, séparons des ordres aussi divers et aussi distincts ; ne ^parlons pas à la légère »des témérités de la science, car que ne faudrait-il point dire alors de certains articles et 'dogmes affirmés par les opposants orthodoxes, si Ton s'en remettait au simple témoignage de la raison ei du l>on sens non éclairés par la foi ? Corps politique, xie lUDus engageons point dans ces sortes de conflits qui mènent à des repriésailles*
J'aurais donc mieux aimé dans le cas présent (et je le dis pour tous les cas analogues), j'aurais aimé voir l'État et la Commission du Sénat Hse placer à un point de vue plus élevé et plus indépendant, plus neutre ; on serait bien plus ferme aujourd'hui pour maintenir et alûrmer les conclusions.
M. le rapporteur a déjà fait justice des assertions peu piîécifies sur lesquelles la pétition prétend s'appuyer. Le pétitionnaire n'a voulu, dit-il, dénoncer que ks doctrines, non les hommes. Comme pourtant les doctrines ne se posent point toutes seules e^ qu'elles sent 'dans Ja jhoache de quelqu'un, il a bien fallu en venir à des noms profires pour pouvoir vérifier le
plus OU moins d*exacUUide des phrases citées et incriminées. Or, aucune n'a résisté à l'enquête et à l'examen.
Il a été démontré que l'honorable professeur (M. le docteur Broca), mis en cause pour avoir fait l'apologie de la doctrine de Malthus, n'avait point fait l'apologie de Malthus et n'avait pas prononcé la phrase telle qu'on l'a construite et arrangée, en rapprochant arbitrairement deux passages d'un discours qui, d'ailleurs, n'avait point été tenu à l'École de médecine, mais à l'Académie de médecine.
Il a été prouvé que l'allégation portée contre je ne sais quel médecin de la Salpôtrière, qui aurait souri ou plaisanté d'une pauvre femme ayant au cou une médaille bénite, n'avait aucune consistance et s'évanouissait à l'examen. Les docteurs Yulpian et Gharcot, médecins à la Salpètrière, chargés seuls de donner des soins aux femmes âgées de cet hospice, ont déclaré que c'était une pure invention. Depuis le rapport de M. Chaix d*Est-Ange, M. Vulpian, qui est professeur d'nnatomie pathologique à l'École, oti il a succédé à M. Cruveilhier, M. Vulpian, remontant pour la première fois dans sa chaire, a dit devant une salle comble, en face d'un auditoire qui attendait avidement sa réponse à l'attaque oîi il était intéressé :
(c Messieurs, je n'avais pas l'intention de vous parler d'un incident que je voulais laisser tomber dans le mépris ; mais comme vous me paraissez émus, je tiens à vous en dire quelques mots, et je vais vous
XDE Là liberté de l'enseignement. 301
renseigner immédiatement sar le degré de moralité des pétitionnaires. Le fait qu'on a reproché aux médecins de la Salpètrière est un mensonge et une pure iiiTention. Du reste, de tels procédés ne nous étonnent pas de lapartde gens dontlemot d'ordre est : « Ca- ZomnieZy calomniez^ tien restera toujours quelque chose. » Et le professeur est alors entré dans ce qui fait l'objet de son enseignement.
MM. Âxenfeld et Robin, ne faisant de cours que pendant le semestre d'hiyer, n'ont pas eu l'occasion, depuis la pétition et le rapport, de s'expliquer et de protester publiquement en ce qui les concernait.
Mais le plus inculpé des honorables professeurs de l'École était M. Sée, professeur de thérapeutique, qui a succédé au docteur Trousseau^ et qui, pour cette nomination, quoiqu'il ne fût point agrégé, était appuyé par ce maître respecté et certes au-dessus de tout soupçon, M. Cruveilhier lui-même. Cette circonstance^ pourtant, de n'être point agrégé, avait éveillé la susceptibilité d'une partie des élèves, et une autre partie lui était peu favorable pour d'autre raisons. M. Sée est de religion juive ; et en général, messieurs, une fraction exaltée et intolérante en voulait fort (car nous en sommes là) à cette promotion de professeurs faite en décembre 1866. Qu'est-ce en effet? M. Broca, professeur de pathologie externe ou chirurgicale, est protestant; M. Axenfeld, d'Odessa, professeur de pathologie interne ou médicale, est de la religion grecque;
802 PREMilERIS LUNDIS.
M. Sée, je viens de le dire, est israélite. Qaelle terrible invasion d'hérétiques, de schismatiques et de mécréants pour une Faoalté de médecine !
Donc M. le prolefiBenr Sée, au morne»! où il monta dans sa chaire le 22 mars i867, à «a première leçon, vit éclater un ^rand tumulte. D*un côté les cléricaiix (puisque c'est leur nom) le repoussaient à grands cris. D'autre part des élèves peu éclairés sur les conditions mêmes de la nomination au professorat, qui n'implique point la nécessité de l'agrégation, croyaient devoir hautement protester. Dans ce tumulte où deux minorités, sans s'être coalisées, faisaient nombre, où chacun prenait au iiasard la parole, M. Sée, ferme et impassible, attendait que le moment de parler iiït venu. Il est faux qu'il se soit mis sous le patronage de personne, et encore moins sous celui de tels ou tels élèves. Dans un tumulte tout se passe confusément; on ne dirige rien. Que de pareiUes'scènes soient inlînimept regrettables, comme Ta dit M. le rapporteur, je le sais, — je le sais par expérience et pour y avoir passé moi-même (car j'ai eu aussi, dans mon temps, ma part de ces tempêtes scolaires) [mouvement] : mais le professeur n'a mérité aucun blâme. Il n'y a eu, quoi qu'on en ait dit, aucune atteinte, du moins par sa faute, à la dignité de la chaire. M. Sée a été ferme» patient, impassible, je le répète (et non passif), énergique enfin sur le point essentiel qui était de ne point déserter sa chaire sûus le coup de l'orage et de Jasser
DE LA LIBERTÉ DE l'eNSEIGNCMENT. 303
les interrupteurs. La leçon a eu lieu. Dès quMl Irouva jour à parler, M. Sée revendiqua son droit d'être écoulé au nom de la liberté de conscience et du libre examen. La fermeté et la persuasion agirent et obtinrent de sa part ce qu'en de semblables tumultes scolaires il est toujours excessif et odieux de demandera la force. Il n'eut, dès les premiers mots, à faire d'autre profession de foi qu'une profession scientifique.
Tout ceci est assez important^ messieurs, pour que vous en soyez complètement informés, car nous sommes ici au corps du délit et au no&ud de la dénoncia* tîon. Or, M. Sée, dès le premier moment où il lui fut donné de se faire entendre, a dit (et je redirai, pour m'en être bien informé, ses paroles mêmes dans leurs propres termes ou très-approchants) :
(( La médecine empirique, messieurs, a-t-il dit, a fait son temps. Nous chercherons à la combattre, ainsi que toute la routine, partout où elle se trouvera. Nous voulons instituer une science expérimentale, exacte et rationnelle, basée sur les lois de la physiologie, telle qu'elle a été formulée par les Magendie, les Claude Bernard et les Longet... »
Et savez-vous ce qu'a dit ensuite M. Sée, et ce qui est devenu un des chefs de l'accusation ? Il a dit :
(c Et comme exemple, messieurs (c'est lui qui parle), je vais vous donner la définition de la fièvre. Depuis Hippocrate jusqu'à nos jours, dans l'école vitaliste, on . considérait volontiers la Hèvre comme un bienfait des
dieux, comme une réaction providentielle contre le principe morbifique. Cette doctrine a encore des partisans aujourd'hui... Pour nous, la médecine, les maladies et par conséquent la fièvre, ne sont point le fait d'une intervention occulte, elles sont tout simplement le résultat de l'exagération ou de la diminution de l'état physiologique. En effet, la fièvre a son lype dans l'état normal, oii sans cesse se font des combusUoDs de l'organisme. Les combustions de nos tissus, de nos organes, sont la source de la chaleur et, par conséquent, d'après la grande loi de la transmutation des forces, la chaleur se trouve être indirectement le point de départ de tous les mouvements et de toutes les fonctions, soit du cœur^ soit des artères, soit de la respiration. »
(Patience, messieurs, nous allons avoir fini de la citation ; mais il est nécessaire de tout entenidre :)
« Dans l'état de fièvre, il se trouve simplement que les combustions sont exagérées par suite de l'introduction dans l'organisme d'un miasme ou d'un poisoo développé au dehors ou dans l'économie même. Or, comme la chaleur est la source du mouvement, il est naturel que le cœur et les artères battent avec plus de force que dans l'état normal. Voilà la fièvre... »
Eh bien, messieurs, c'est cette théorie de la fièvre qui est devenue l'un des points d'attaque contre le professeur. Trois mois environ après cette première leçon, une lettre de M. le ministre de l'intérieur fut
idressée à M. le ministre de l'instraction publique >our lui signaler les faits en question. La calomnie, on e voit^ avait mis du temps à cheminer et à suivre son détour. Là-dessus le professeur, mandé par-devant le vice-recteur de TAcadémie de Paris,. eut à se défendre et à. se justifier sur deux points : 1® comme accusé de n'avoir pas fait observer la discipline à son cours; 2^ comme ayant donné une définition de la fièvre qui, apparemment, n'était pas orthodoxe (ceci devient d'un haut comique), ni conforme à ce qu'on doit enseigner dans une chaire. Y aurait-il donc une déGnition catholique ou hérétique de la fièvre? Ahl messieurs, prenons garde de revenir à des siècles en arrière, quand le Parlement rendait des arrêts contre l'antinioiue ou contre l'émétique I (Réclamations.)
Voix diverses. Cela n'est pas sérieux ! C'est une plaisanterie I
M. Sainte-Beuve. Je vois, il est vrai, dans une lettre publiée depuis peu par le plus ardent des évoques adversaires *, je vois que la doctrine de l'école de Montpellier est exceptée de l'anathème lancé contre récole physiologique; qtie dis-je? cette doctrine (la doctrine ancienne et non actuelle de l'école de Montpellier) est exaltée, préconisée, par contraste avec les abjectes théories de la Faculté de Paris. Un évoque a là-dessus un avis formel : c'est son affaire; mais, Sé-
1« Voir le Messager du Midi dix 4 mai 1868.
nat, gardez-vous de l'imiter et, soas peine de ridicule, n'allons pas décréter la âoc1;rine vitaltste en médecine au préjudice de la métiiode expérimentale.
Ne vous étonnez pas, messieurs, que la pétition et le rapport dont elle a été Tobjet aient produit une sensation profonde. Une grande Faculté s'esrt sentie atteinte. Les paroles bienveillantes de M. le Tapporteor, enriremêlées qu'elles étaient d'une nuance de blâme et de regret, n'ont pas suffi à la susceptibilité bien juste de la science, qui se sentait remise en question et comme assise sur -la sellette. Vous ne sauriez tous figurer, messieurs, rinexprhnalole attente et iafaveur équitable que ce réveil et ces symptômes d'intolérance qui éclatent de toutes parts ont values dans l-école à ces mêmes savants professeurs mis en cause devant vous. Et il en sera toujours ainsi ; toujours il en arrivera de' même à tout nouvel assaut de l'intolérance : elle a pour «iffeft immanquable de créer et d'accroître des popularités qui deviennent des puissances. Vous êtes mai «venus ensuite à vous plaindre de ces ovatrons décernées à vos adversahres, et ne Voyez-vous pas que c'est ^ous-mêmes qui les avez préparées? A la reprise de son cours, M. Sée a débuté en déterminant plus que •jamais son programme et sa méthode ; à savoir, l'indépendance absolue de la médecine par rapport à au- T?une secte philosophique, quelle qu'elle soit, et surtout officielle :
« Je ferai en peu de mots, a-t-il dit, r-feistorique de
DE LA LIBERTÉ DE L'eNSEIGNEMENT. 307
a question. Depuis Hippocrate et Galien jusqu'à Croassais, la médecine, quand elle a été sous l'empire l'ane idée philosophique, s'est constamment trompée... C'est seulement quand ils se sont livrés à l'observation pure et simple, ou à l'expérimentation , que ces grands hommes du passé ont produit leurs impérissables travaux. Le médecin doit faire de la science exacte^ expérinaentale, constater des faits, sans se préoccuper aucunement des conséquences qu'ils peuvent avoir. — Jese demanderai pas à mes adversaires, a dit ici le professeur, en insistant avec un accent particmlier, ce qu'ils peuvent conclure et penser au fond de leur conscience, mais je demande qu'ils respectent la raàenne : s'«7 y a quelque chose qm doive être muré y c*e8t la cvnsdence. b
Et puis cette profession faite, M. Sée a repris l'étude d'une substance qui faisait l'objet de son examen, « la modeste fève de Calabar *. »
€e ne «ont poinft là, messieurs, des détails trop techniques pour être produits devant vous. Je maintiens de toule la force de la conscience scientifique que, dans l'enseignement de la physiblogie comme des autres sciences, les faits résultant de l'observation et de l'expérience doivent être acceptés, quels qu'ils soient : ks déductions dernières à en tirer appartiennent ensuite à chacun. Il est tel esprit, telle forme d'esprit
1 . Cette fève de Calabar agit sur les nerfs moteurs comme le curare.
qui, dans les faits les plus précis et les mieux couslalès qui tiennent à la physiologie du cerveau, ne verra aucune nécessité de conclure à la non-existence de la pensée pur esprit, de la pensée monade essentielle et indestructible : personne plus que moi n'honore de tels hommes qui procèdent, dans la sincérité de leur' conscience, avec toutes les ressources d'une intelligence élevée et déliée, et qui dans un problème aussi complexe s'obstinent à réserver, à maintenir les éléments qui échappent à nos sens, à nos instruments les plus perfectionnés, et qui ne tombent pas sous une prise immédiate : mais si d'autres venaient à conclure plus nettement et plus simplement, je ne verrais pas ce qui peut forcer l'État moderne, et le Gouvernement qui en est l'expression, à les réprouver, à les plaindre ou à les morigéner.
On me dira : L'enseignement donné par TÉtat ne doit pas être irréligieux. C'est une maxime gouvernementale. — Oui, mais dans des matières aussi indépendantes et aussi distinctes de la religion, l'enseignement, s'il ne doit pas être irréligieux, ne doit pas être religieux non plus (ce qui n'aurait aucun sens) : il doit être strictement scientifique. Un illustre physiologiste, M. Claude Bernard, dont le nom a été invoqué dans cette discussion et qui s'est fait respecter des deux parts, dit un mot qui me parait la règle la plus sage : a Quand je suis dans mon laboratoire, je cornm ence par mettre à la porte le spiritualisme et le maté-
DE LA L1B£RTÉ DE l'eNSEIGNEMËNT. 309
ialisme ; je n'observe que des faits, je n'interroge [ue des expériences ; je ne cherche que les conditions eieniifiques dans lesquelles se produit et se manifeste a vie. » Ce sont là des principes de conduite qui font 'enseignement scientifique irréprochable à tous les points de vue. Mais qu'on n'aille pas, comme aujourd'hui, instituer par prévention contre tels ou tels professeurs des procès de tendance : il suffit que, dans la chaire, les limites légitimes de chaque enseignement spécial ne soient point outre-passées ni franchies.
J'en viens au fait peut-être le plus grave du rapport et qui s'y est introduit subsidiairement, bien qu'il soit étranger à la pétition. Il s'agit de la thèse de médecine de M. Grenier et des conséquences qu'elle a eues pour cet élève,- hier encore docteur.
J'ai eu cette thèse sous les yeux; je n'en auis pas du tout juge; mais si j'avais eu, littérairement, à donner mon avis, j'aurais dit qu'elle est trop longue. Il y est entré trop de choses. Une première partie toute philosophique, et pour laquelle le jeune auteur lui-même se déclare incompétent, est confuse, peu digérée. La fin aussi semble excéder et entamer une question nouvelle, toute une théorie pénale, sans la traiter et l'embrasser suffisamment. Quant au milieu et au corps même de la thèse, il est curieux et instructif par les faits et les extraits qui y sont rassemblés; s'animant d'un souffle sincère, d'un sentiment d'humanitarisme parfois éloquent (voir notamment certaine page, la
310 PREMIERS LURBfS.
page 43), ce corps tout médical de b thèse s'appuie, d'ailleurs, et s'autorise des expériences et des observations les plus complètes et les pltxs recelâtes qui oa( été faites sur les nerfs et sur le cerresu. Toute celt« partie atteste de l'étude. De savants hommes toutefois, et qui ne font pas si bon marché ée la métaphysique ^» soutiennent que là même le jeune auteur, à la suite de ses maîtres, abuse d^ns les conséquences qu'il prétend tirer. Mais n'est-il pas étrange, messieurs, \ que nous ayons à avoir un avis sur pareille chose^ un
\ avis impossible à recueillir et à combiner? Car enfin
comment voulez-vous, rien qu'à considérer la composition de cette assemblée, que nous puissions statuer et conclure pertinemment et librement sur de tels sujets ? Que mon excellent et ancien ami et collègue d'autrefois durant mon court passage dans ITIniversité, que M. le ministre de Tinstruclion publique, si zélé pour le bien, si occupé en ce moment même, avec des ressources restreintes, de doter la science dés instruments qui lui sont indispensables, que ce parfait et honnête représentant en haut lieu de la classe moyenne éclairée, me permette de le lui dire : Il a lui-même beaucoup pris sur lui en déclarant que la thèse « contient la négation du principe même de la morale et de l'autorité des lois pénales, » Telle n'est point, à mon sens,
1. Voir les articles du docteur Guardia dans la Gazette médir cale des 2 et 16 mi 1868.
de: la LIBEJEI;TÉ im L'B£fSE£<5iIfEMENT. ail
1 concluBion obligée de cette thèse, quelque jugement [u*oii en porte. L'Université a été trop longtemps habituée à viyre sou& la doctrine philosophique de Vf. Cousin, doctrine spécieuse, œuvre d'éloquence et ie talent, mais en grande partie arlâficieile, abstraite, Hrangère à toute recherche scientifique exacte. Cette école essaye aujourd'hui, un peu tard et après coup, par quelques-uns de ses disciples les plus distingués, de réparer le temp& perdu et de se mettre tant bien que mal au courant. Quoi qu'il en soit, la doctrine dite éclectique (il est bon de le savoiret de le dire) est des plus compromises au fond, des plus entamées à Pheure qu'il est. Or, c'est sous l'empire de cette philosophie de montre, trop docilement acceptée de TUniversilé, que semble avoir été conçu et motivé l'arrêté ministérieL 11 est rédigé comme si la philosophie néo-platonicienne ou éclectique était unique et universellement reconnue, comme s'il n'jf avait pas d'autre Ihéorie qui explique par d'autres raisons et qui assoie sur un principe différent l'autorité dés lois pénaies *.
1. I! a semblé à rédîteur que la note inédite suivante* extraite du dossier de M. Sainte-Beuve, et préparée en cas d'interruption, trouvait assez naturellement sa place ici : « Et ne venez pas par- ' 1er d'immoralité en même temps que de jeunesse . L'immoralité et la jeunesse sont deux mots qui se repoussent. Ce jeune homme que vous appelés Incrédule et turbulent, il est turbulent pnut-ôtre, mais soyez sûrs qu'il est moins incrédule que vous. Hélas I et c'ost peut-être pour cela qu'il est turbulent. Ce jeune homme, il est un croyant au contraire, soit qu'il s'éprenne pour de nobles fantômes, pour des idées plus grandes que nature, soit que répugnant aux
Prenons bien garde, messieurs, de retomber nousmêmes dans ce que nous trouvons de blâmable ou de ridicule quand nous lisons l'bistoire du passé. Cbose singulière 1 ce qui nous frappe et nous cboque sous d'autres noms à distance nous parait tout simple de notre temps et à nous-mêmes sous des noms différents. , Qu'est-ce qui nous parait plus suranné, plus ridicule que les disputes du jansénisme et du molînisme? Ëh bien I quel était le crime du jansénisme aux yeux du molinisme? Son grand crime, disait-on, était de nier et de supprimer le lîln*e arbitre^ la liberté humaine, la moralité des actions et ce qui s'ensuit. Et là-dessus, quand le molinisme l'emportait, on refusait les sacrements aux jansénistes; on leur refusait même les ai-
plômes, c'est-à-dire d'être bacheliers ou docteurs en théologie. Prenons garde, messieurs, de renouveler ces déplorables conflits éteints depuis un siècle. Quant à moi, M. Grenier ne me parait guère, sous forme physiologique, qu'un janséniste foudroyé par des molinistes. Il a nié le libre arbitre I Voilà son crime. Pour moi, messieurs, qui, sur ce chapitre du libre arbitre, si j'avais à m'expliquer, serais volontiers de l'opinion
cro3'ances proprement dites et ne voulant se iier qu'aux résultats de la science et de Texamen, il y adhère avec ferveur, avec désintéressement et sacrifice ; et que se privant même de tous les motifs extra- humains et surnaturels de récompense, il ne cherche la satisfaction que dans une sorte de stoicisme un peu âpre et rigide qui est une manière de religion aussi. J'ai connu bien des Jeunes gens qui sont ainsi des idolâtres de leur conscience. »
de Hobbes, de David Hume et de M. de Tracy, je nie que par cela seul qu'on explique d'une certaine façon cette entité subtile qu'on a étiquetée sous le nom de libre arbitre^ on ruine pour cela la responsabilité et la culpabilité au point de vue social^ le seul qui nous importe ici ^ Mais quel chemin a-t-on donc fait depuis M. de Tracy, membre honoré de Tancien Sénat, pour qu'on en soit à discuter dans cette enceinte sur ces questions, comme si noiis étions un concile philosophique ou théologique ?
Je dis quel chemin on a fait; et sans sortir même de ce cercle spécial des thèses soutenues devant la Faculté de médecine, je citerai un exemple qui peut servir de mesure. Le 25 août 1828, Hippolyte Royer- Collard, âls du médecin aliéniste distingué, — neveu et digne neveu de l'illustre philosophe, — présenta et soutint sa thèse^ intitulée : Essai d*un système général de Zoonomie. Elle étiit des plus remarquables à son moment, et sans entrer dans aucun détail ni dans une analyse qui serait ici hors de propos, on peut dire que les inductions et les conclusions en étaient toutes dirigées contre les hypothèses ontologiques, contre les abstractions, contre les théories vitalistes et animistes. Je ne m'amuserai pas à détacher quelques-uns des passages de cette remarquable thèse; mais ils vous
1. Le libre arbitre I — « Ohl dit Candide, il y a bien de la différence, car le libre arbitre... En raisonnant ainsi, ils arrivèrent à Bordeaux. » (Voltaire, CamUde^ cli. xxi).
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paraitraîeol formeb, à eoup sÛJt. Eh bien 1 elle n'eut pour effet que te classer fort haut Hippolyte Royer- Coliard dans l'estime de ses juges et de ses eondisciples. Le président de la thèse^ M. Dupuytren, se contenta, en félicitant le jeune doetewr, — on me dit même, en le couvrant, eu l'accablant presque d'éloges pour sa soutenance, — »se contenta de pisser un aiot d'exhorlation paternelle au sujet des doctrines antispiritualisles qui ressortaient ouvertement de son étude. Ainsi pas un mot de blâme, quolqit^oa vécût sous te CkMivernement religieux d» la Restaaraiabn ; personne alors, personne au monde n'eût cemçu l^idée qu'une pareille thèse pût êlre repo«i»?ée, encore moins cassée ministériellement, et elte dfei^iiil in» des litres qui désignèrent à ^avance le jeune et brîMiml physiolo^ste pour une des futures chaires de FËcote: Tant ât est vrai que depuis nous a^ons beattcoup marché : reste à savoir en quel sens I Et croyez bien, messieurs, qae la Chambre des pairs de 1"^^ eâfe'éèé bien surprise, f)i elle s'était troovée saisie d'un pareil eais !
C'est qu'il y m péril e» ta demeure, me dira-t-on. J'accepte le mot et 1» chose. Ua de nos honorables collègues^ il y a «iBe année environ, M. le comte de Ségur d'Àguesseau, croyait devoir parler au Sén.it d'un danger selon lui imminent, et qui menaçait la société, le Gouvernement môme, ce Gouvernement auquel nous sommes tous dévoués. Et moi aussi, je signalerai un danger, et j'aurai de l'écho au dehors.
j'aurai de l'assentiment de la part de tous ceux qui, amoureux du bien public, de la paix publique, du progrès des idées justes et de Tavancement civil de la société, ne désirent, dans cette large voie, d'autre guide cl d'autre appui que le Gouvernement impérial, issu du suffrage universel. Un danger en ce moment nous menace, et une grande partie de la France est inquiète» £Ilie Test de l'attitude agressive et envahissante qu'a prise depuis quelque temps et avec un redoublement d'audace le parti clérical. (Réclamations.)
S. ËH. LE CARDINAL DoNNEX. Mousicur Sainte-Bcuve, X>crmettez que je vous interrompe et vous prie de ne pas vous servir d'expressions qui ne doivent pas se faire entendre dans une assemblée comme la nôtre. £n répondant demain h ceux de nos collègues qui marchent sous un autre drapeau que le mien, je ne les traiterai ni de francs-maçons ni d'impies. Pourquoi donc deux fois à. cette tribune ce mot de cléricaux, quand vous n'avez ici que des collègues qui n'oublieront jamais ce «qui vous est dû?
M. Sainte-Beuve, Je ne puis répondre d'avance. Le n»ot est dans la circulation, et je m'en sers. Permettezmoi de reprendre et d'ajouter... Le parti clérical I Et &^ le «nommant mn^ je voudrais éviter, quoique cela soit bien difficile, de nommer ^ d'indiquer TÉglise spirituelle; je voudrais séparer tous ces esprits, toutes ces âmes respectables et intérieures, tous ces croyants qui ne vivent que du isuc intime dn christianisme et
3iG PREMIERS LUNDIS.
dont la vie est soumise à des préceples de douceur et de charité ; — et ce n'est pas ici un hommage d'apparat que je leur rends : j'ai le bonheur d'en compter plusieurs pour amis, et à travers les dissidences de la pensée, je n'ai jamais cessé de sympathiser avec eux par le cœur; — mais il faut bien le dire, des circonstances récentes, des déterminations politiques qui étaient peut-être nécessaires, ont donné aux hommes actifs et d'humeur ingérante, aux meneurs politiques qui dirigent le parti, des encouragements et des espérances qui, dans leur exaltation bruyante et leur redoublement fiévreux, sont faits pour inspirer des craintes, — non pas de Teffioi, — et pour inquiéter du moins ceux de mon âge, qui, se souvenant des misérables luttes du passé, voudraient en prévenir le retour. Une singulière disposition de la haute société française est venue prêter à ce parti un surcroît de puissance ou de hardiesse : je veux parler de la connivence qui s'est établie, au vu et au su de tous, entre les moins croyants, les moins pieux et les moins édifiants des hommes et ceux qui poussent avec une ferveur plus convaincue au triomphe et à la suprématie prédominante de l'intérêt religieux. Ce serait pour un moraliste, pour un nouveau La Bruyère ou pour un nouveau Molière, un bien beau sujet et plus vaste qu'aucun de ceux qu'a pu offrir une cour ou une classe restreinte de la société en ce temps-là, sous l'ancien régime. Oh! qu'il vienne, qu'il s'élève de quelque
DE LA LIBERTÉ DE l'eNSEIGNEMENT. 317
pari ce libre esprit et peintre à la fois, ce génie dranriatique incisif, amer et éloquent 1 11 y a eu déjà quelques esquisses, mais la société française actuelle, dans son hypocrisie de forme nouvelle, mériterait un grand tableau.
Le temps du moins est venu, pour qui aime son pays et le Gouvernement de son pays, de représenter le sérieux danger de la situation au Prince lui-même (si bien informé qu'il soit) et de donner un signal d'alarme«
Je sais tout ce que méritent de respect les choses antiques et les institutions séculaires : mais c'est lorsque, ayant conscience elles-mêmes de leur antiquité et, pour tout dire, de leur vieillesse, elles s'abstiennent de violence, d'un rigorisme intempestif et d'une attaque corps à corps contre ce qui est jeune, moderne, et qui grandit. Un moraliste religieux, un ami de Chateaubriand et de Fontanes, un des hommes qui ont le mieux senti et pratiqué selon l'esprit le vrai christianisme, M. Joubert, a dit une belle parole : « Les vieilles religions ressemblent à ces vieux vins généreux qui échauffent le cœur, mais qui n'enflamment pliL. la tête. » Combien je voudrais que cette parole se vériûât parmi nous ! Mais les démentis sont trop évidents* Je ne vois depuis quelques années que procédés et démarches qui sont les signes de têtes ardentes et enflammées. Ce ne sont de toutes parts qu'agressions in modérées, dénonciations intempérantes; elles abondent. Je me fatiguerais et vous fatiguerais à les énumérer. Tantôt, au sein de l'Institut, au seuil de TAca-
918 PKEMIEHS LUNBIS^
demie française, si un savant modeste, profond, esercé^ nn honnête homme modèle, déjà m^nbre ^'uae aatre classe de Tlnsiitut, se présente, c'est nn péUilant adversaire, un prélat zélé et plus que zélé (je voudrais rendre ma pensée en évitant toute qualification Messanté), qui ie dénonce aux pères de iaiaille, qui le dénonce aur confrères eux-mêmes déjà prêts à l'élire, et par des eoosklérabions (out à fait exlra-académû^^s qui ne laissent pas «d'^avoir axsiion sur les iimides et les tièdes, l'écarle, l'exclut et Tempêche d'arriver. Tantôt ce sont des dénoncîattons et des émotions d'un autre genre qui ont poor résultat d'éliminer et de bannir de la chaire d'une <de nos grandes Écoles (du<lollége de France) im savjmtébquent qvi y avait été Tégulièrement porté et mommé. Taantôt ce sont 4es accu- !&ations, — et non pas des moins âpres ni 4es moins envenimées^ — émaiaées du «orps màme ^ée l'Épiscopat, que dis-je? ratifiées par le IBoMife romain dans un bref que tout le monde a pu lire, aeoBsatiosis portées à propos d'aune inslitmUoa utile «ontiie il'un 4es plus louables ministres de l'Empepear et contre son secrétaire gértéral, iqtâ s'est vu qualifié^ t^etibe occasion, de secUiire, Tantôt, «comme dans un pamphlet récent, les imputations téméraires et calomnieuses s'étendent, segénéi^iisent, ne seeontiennent plus ; les plus d ignés ini^itutrices sont nomiaativem^]^ désignées à la méfiance et à la mésestime publiques. Tout ce qui, en matière d'édt^ation de femmes, n'est pas
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dans la main du clergé, a son anathème. Tantôt, comme dans le cas présent, c'est une dénonciation en* core, dénonciation foi^noelle bien qu'incertaine et vague en ses prétextes, qui vient soul*er les plus gra^i^es questions de liberté d^enseignement supérieur, et qui s'altaque^à une de nos Facultés qui jusqu'à ce jour avait été respectée dans sa liberté de doctrine. — Je sais €(n'6in éiaUii des distinctions entre doctrine et doctrine, <et qu'il s'est élevé, depuis une quarantaine d'années, «ine sorte de pbiloso^^ dont j'ai déjà indiqué le caractère, |]khilosopbie à double fin, en quelque sorte bâtarde «t ampbibie, taolét dénoncée ellemême ^ar le clergé, tantôt, selon les ^circonstances, accueillie par lui comme alliée et auxiliaire, laquelle prétend é^blir un moyen terme entre le symbole religieux et la recherche rigoureusement philosophique et soienii^qoe* aitrec ses résultats quels qu'ils puissent être.
Cette philoso^ie, très-sincère chez les uns, est purement ofâcietie et f^olitique <cheâ: les autres. On g'en sert comme d'«Kne chose reçue. On est spiritualiste en paroles, en public; on ne croirait pis être un homme comme il faut, si i'onne se donnait eette teinte, si l'on 4ie mettait en avant ce genre de croyances dont le*) mômes personnes font souvent bon marché ensuite d«iJQs te discours et l'entretien familier. Ah \ messieurs, picnons garde qme notre pays de France n'en vienne à cet éial commandé d'hypocrisie sociale où le langage
public ne saurait se passer de certaines formules convenues, quand le cœur et l'esprit de chacun n'y adhéreraient pas. Ohl l'hypocrisie sociale, la grande plaie moderne, comme rappelait lord Byron ! C'est là un triste état moral {Sour une nation et le plus grand symptôme de Ténervement intellectuel. Qu'il n'en soit jamais ainsi dans notre noble pays.
M. DuMÂS. La sincérité n'appartient pas seulemeot aux libres penseurs. (Très-bien I très-bien 1) Les spiritualistes^ les hommes religieux, ont le droit d'être respectés ici. (Nouvelle et très- vive approbation.)
M. Sainte-Beuve. L'honorable M. Dumas n'a pas entendu la parole que je viens de prononcer ; je reconnais précisément que cette philosophie peut être sincère. Je suis donc allé au-devant de l'objection qui m'est faite.
M. Ferdinand Barrot. L'observation s'appliquait à l'ensemble du discours. . .
S. G. M«' Darboy. Vous parlez d'un langage d'apparat dont on s'affranchit quelques instants après dans l'cntrelien familier. IL faut être sincère ici, même à la tribune. (Très-bien ! très-bien I)
M. Sainte-Beuve. Il nous est donné d'assister à une contradiction étrange et qui, je le pressens avec douleur (et rien qu'à voir les éléments inflammables qui s'amassent), est de nature h faire craindre quelque choc, une collision dans l'avenir. D'un côté, je l'ai dit et j'en ai la ferme conviclion, le bon sens humain monte, s'accroît,
'aguerrit, recrute chaque jour de nombreux esprits îi^onreux, sains, robustes, positifs et qui ne marchanlent pas. Mais sf le regard se porte dans une autre plière, dans la sphère supérieure, ou plutôt à la couche iiondaine superficielle, que voyons-nous? La mollesse les mœurs, la lâcheté des opinions, la facilité ou la connivence des gens bien appris, laissent le champ libre plus que jamais en aucun temps à l'activité et au succès d'un parti ardent qui a ses intelligences jusque dans le cœur de la place et qui semble, par instants, près de déborder le pouvoir lui-même.
Parti funeste, parti envahissant, dévorant, insatiable, ingrat de sa nature parce qu^ii croit que tout lui est dû! tant plus vous lui accordez, tant plus il prend; tout ce que vous lui avez donné n'est point une satisfacPlon pour lui, c'est un point de départ pour exiger davantage. Vous le comblez, il ne vous dira jamais merci I vous faites l'expédition de Rome; il était à deux doigts de sa perte : vous le sauvez au temporel ; le lendemain vous lui demandez pour cardinal le plus raisonnable, le plus sage ecclésiastique de France; vous son sauveur (après Dieu), vous le lui demandez par vos ministres, par vos ambassadeurs, — par un mot de votre main : il vous le refuse avec délices. Et au môme moment, dans une lettre adressée au plus compromettant, au plus brouillon des prélats de France, il trouve moyen d'insulter un de vos ministres • il prétend vous imposer sa destitution : ce qui ne s'était ja-
mais vu de .mémoire de roi dans rancienne France, durant les siècles de la religion gallicane.
Ce parti convoite aujourd'hui l'enseignement de la jeunesse, tout renseignement : là même où il n'est pas et où il n'a pas pied, il prétend en dicter les règles, en circonscrire la portée, en resserrer les limites, les imposer en dehors de lui-même aux hommes qui ne relèvent en rien de sa juridiction, qui ne reconnaissent en rien sa compétence. Si on outre-passe certaines conclusions •qui lui conviennent, on est dénoncé aux pères de famille; on est couvert de boue dès qu'on lui déplaît et qu'on ne lui obéit pas.
Sire, Sire, m'écrierai-je, (et je voudrais que naa voix qui n'est que l'écho de milliers de voix eût assez de force pour être entendue), Sire, redoublez de fermeté dans votre sagesse : tenez bon, Sire; tenez loujoufs en respect et à distance ces périlleux alliés, impérieux et intéressés, qui ont été de tout temps^ pour qui les a écoutés, des conseillers de malheur.
Ceci me ramène à la question de la conclusi(», — cette demande de la liberté de l'enseignement supérieur, car c'est sous cette humble et spécieuse forme de liberté que le parti aspire à l'ascendant dominant etàla suprématie. Je répondrai simplement et en deux mots: Si nous vivions dans un pays où toutes choses fussent parfaitement égales, socialement et politiquement, pour le clergé catholique et pour toute autre catégorie de citoyens, je pourrais aller sur ce terrain. Mais ici, en France,
les conditions ne sont pas égales ; le clergé catholique jouit de quantité def!»yeurs, avantages et immunités. Il est spécialement et magnifiquement protégé, rémunéré ; il prime tout : il «Ide droit ses représentants les plus dignes, — les plus élevés en dignité, — les princes français de TÉglise, au sein et à la tête de ce Sénat même. .II n*est point dans la situation d'égalité et de balance oi!i on le voit dans un pays voisin, souvent cité en exemple, et dans lequel il possède en effet pour son compte sa propre Université. Je n^examine point si cela est bon ou mauvais pour le résultat, pour le fond des choses, pour la force- et Tinlégrilé des études ; mais enfin, en Belgique, Tascendant que le clergé catholique possède en certaines provinces est contrebalancé par Tesprit d'autres provinces voisines. Bru;jelles, avec son Université libre, fait vis-à-vis à Louvain : Liège y fait contre-poids. Si vous concédiez ici au clergé catholique renseignement supérieur et les facultés, laisseriez-vous (par compensation) se former de libres facultés laïques? laisseriez-vous, à certains jours, se convoquer tout à côté et se tenir d'orageux congrès de Liège? Évidemment non. Ce qui îi'esl que liberté en Belgique, envisagé d'ici, vous paraît licence. Vous continueriez, en vertu de certains arliclcs positifs de la loi, de réprimer, de prévenir l'expression ouverte, la profession déclarée et la prédication de doctrines philosophiques que vous considérez comme dangereuses et antisociales. La guerre
du clergé et de la science pure, de renseignement catholique et de l'enseignement purement philosophique, ne se mènerait donc point, de part et d'autre, à armes égales et enseignes déployées. Dans de telles conditions, il ne saurait ôlre raisonnable de faire au clergé cette concession exorbitante dont il userait aussitôt moins dans le sens de la science même que dans rintérêt de sa propre influence à lui^ Lui accorder cette liberté nouvelle serait lui accorder un privilège de plus : je l'estimerais dangereuse et funeste. Que tout soit pour le mFeux dans notre système actuel, qu*il n'y ait pas lieu à modifier tel rouage, à lever tel empêchement, à introduire des améliorations secondaires, je suis bien loin de le soutenir. Mais je frémis pourtant lorsque j'entends dire que celte question de liberté d'enseignement est h l'étude; car le moment est des moins propices; le quart d'heure est mauvais : on vit sous d'étranges pressions ; je tremblerais pour la science et je me défierais des facilités d'accès qu'on ménagerait désormais aux bien pensants. Il y aurait la science aisée, comme il va la dévotion aisée. J'aime la liberté invoquée comme principe, mais je ne me paye pas de mots, et j'aime encore mieux la civilisation qui est le but; je désire pour la jeunesse française, dans l'ordre des sciences, en présence des jeunesses étrangères, émules et rivales, le plus ferme, le plus sain et le plus viril enseignement. Je suis trop d'accord sur ce point avec l'honorable rapporteur pour insister davantage.
LIBERTÉ DE l'bNSËIGNEMENT. 325
Je vote pour Tordre du jour.
A peine avaîs-je prononcé ces mots : « je voie pour Vo7*dre du jour n^ qu'un sénateur, M. Leverrier, se levant, a ajouté : « et contre la libérien . Ce mot, dit le Moniteur, a provoqué des rires d'approbation sur plusieurs bancs. La séance a fini sur cette plaisanterie. Eh! quoi, parce que je vote pour Tordre du jour ainsi que je venais de le motiver, j'ai voté contre la liberté ! — Quoi I je n'aime pas la liberté et c'est vous qui Taimez ! cela me fait rire. La liberté, la voulez-vous sérieuse et tout de bon? Eh bien, je l'admets : mais alors table rase complète. Uq clergé non présent de droit au Sénats un clergé non subventionné, sans un sou des quarante-quatre millions que lui paye le budget; s'arrangeant avec ses croyants et ses fidèles: rien que les croyants d'un côté et, de Tautre, rien que les esprits convaincus et libres, les ODS et les autres luttant ouvertement et les bras nus sous le soleil. Enlève-moi, ou que je f enlève! comme disait Ajax à Ulysse. Voilà la vraie lulte, voilà la vraie liberté. Est-ce là ce que vous voulez? Dans ces termes, je l'accepte. — Mais non; vous voulez garder et acquérir; vous voulez privilège sur privilège *•
1. On a déjà eu occasion de recueillir^ dans les Lettres à la Ptincesse (27 mai 1868), les paroles adressées quelques jours après par M. Sainte-Beuve aux étudiants qui étaient venus l'acclamer chez lui. Le programme d'enseignement et le conseil utile qu'elles
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Ml6 PREMIERS LUNDIS.
contiennent sont le complément obligé da lyiscoan qu'on vient de lire, et nous ne croyons pas faire doable emploi en reproduisant ici cette petite allocation improvisée :
a Messieurs, ancien élève, trop faible élève de l'École de médecine, maia fidèle et r^coonaiaaant, rien ne ponvait m'ôtM plas sensible qu'une démarche comme la vôtre. Il y a longtemps que je l'ai pensé : la seule garantie de l'avenir, d'un avenir de progrès, de vigueur et d'honneur peur notre nation, est dana rétude, — et surtout dans l'étude des sciences naturelles, physiques, chimiques et de la physiologie. C'est par là que bien des idées vagues ou fausses •'écUircisaent ou ae rectifient; que dans an tem|» prochain et futur bien des questions futiles ou dangereuses se trouveront graduellement et insensiblement diminuées, et, qui sait? finalement éliminées. Ce n'est pas seuleBient Ifbygièae phyanine 4e l'humanité qui y gagnera, c'est son hygiène morale. A cet égard il y a encore beaucoup à faire. Étudiez, travaillez, messieurs, travaillez à guérir un jour nos malades de corps et d'esprit. -^ Vous a^rea des maîtres excellents : évitez surtout de donner à vo4 enneoû» aucune prise sur vous. »