VIOLLET-LE-DUC
livier de Magny, il n'a garde d'oublier le singulier Sonnet' Dialogue tuivt le nocher Garon et l'amant, sonnet qui dans le temps eut une telle vogue, et fut mis en musique à Tenvi par Orlande, Lejeune et d'autres célèbres compositeurs. ^. A l'article Du Barlas, il le loue d'avoir quelquefois ennobli ses descriptions en y rattachant des sentiments humains ; ainsi, après avoir peint dans le cinquième chant de sa Semaine la migration des poissons voyageurs, le poôte ajoute cette gracieuse comparaison que M. YioUet-Le-Duc ne manque pas:
Semblables au François qui, darant son jeune aage,
Et du Tibre et du Pô fraye le beau rivage :
Car, bien que nuict et jour ses esprits soyent flattei
Du pipeur escadron des douces voluptez,
Il ne peut oublier le lieu de sa naissance;
Ains, chasque heure du jour, il tourne vers la France
Et son cœur et son œil, se faschant qu'il ne voit
La fumée à flots gris voltiger sur son toict.
Je recommande encore l'article dlsaac Habert, poète descriptif et didactique, dont on lit avec plaisir un fragment noble et pur, et, au xvii* siècle, celui de Goulel, qui a disputé à madame Des Houlières ses Moutons. M. VioUet-Le-Duc poursuit, en effet, son catalogue
Ovide sucrant un baiser humide pour en tirer les douces fleurs. Quoique les deux éditions de Tahureau portent sucrant, il me parait bien plus naturel de lire suçant.
1. Je saisis, en passant, Toccasion de rectifier ici une erreur d'impres^on qui m'est échappée sur ce nom de Lejeuno (page 96, Tableau de la Poésie française au seizième siècle, édition Charpentier, 1843.)
4 I>REMIEftS LUNDIS.
poétique durant tout le xvn* siècle ; sa période de Louis XIII est particulièrement très-riche ; il a excepté et réservé le théâtre pour un prochain volume. Si nous avions à joindre quelque remarque critique générale aux éloges de détail que mérite presque constamment le modeste et ingénieux travail, ce serait surtout en ce que l'auteur, qui sait si bien les époques poétiques antérieures, semble méconnaître et vouloir ignorer trop absolument celle-ci . Il parle plus d'une fois de cette génération anti-poétique^ et il désespère en un endroit de faire apprécier d'elle le sonnet» comme si le sonnet n'était pas un des fleurons les mieux greffés aujourd'hui. Il s'étonne ailleurs de la prédilection que certains écrivains de l'école dite moderne ont marquée pour ces devanciers du xvi^ siècle: il les accuse presque d'inconséquence ; mais lui-même il est obligé de convenir pourtant que les critiques purement classiques sont restés bien courts sur ces matières, et il n'a d'autre parti à prendre, le plus souvent, que de les contredire et de les réfuter. Le lien qui unit la forme lyrique de notre temps à celle du XVI® siècle, et moyennant lequel le style poétique de plus d'un de nos contemporains s'apparente réellement à celui de Régnier et des vieux maîtres, a été suffisamment indiqué et démontré en mainte occasion. Mais, en venant ajouter à cet ensemble d'études et de vues ses indications nombreuses, à la fois agréables et précises, le livre de M, VioUet-Le-Duc achève d'éclairer