SUR LE SÉNATUS-CONSULTE
peut-être temps qu'il n*y eût qu'un principe dans notre
gouvernement, et que ce qui va faire l'âme nouvelle de la
Constitution pénétrât aussi dans l'administration et s'y
fit de plus en plus sentir. L'essai mériterait d'ôtre tenté.
Ce n'est pas que je ne pense que le pays, de son
côté, n'ait à faire aussi sa petite éducation comme
l'administration aura à faire la sienne; cardans ce
pays-ci, on demande beaucoup à l'administration ; on
lui demande trop, on se plaint à elle et d'elle à tout
propos. Il ne faut pas tout lui demander, si l'on ne
veut pas tout lui passer.
La tentative qui va se faire, et à laquelle tous nous coopérons dans notre mesure, est grande en soi et par les intérêts qu'elle embrasse autant que délicate et difficile. A-t-elle chance de réussir? Un concert, un équilibre durable entre le gouvernement établi et la France si souvent renouvelée et mobile, est-il plus qu'un vœu honorable? Sans être trop optimiste, on peut l'espérer. Le bon effet produit par l'amnistie, — par cette amnistie qui a été le meilleur commentaire du sénatus-consulte, — permet de croire que la grande majorité du public et du peuple français continue d'aspirer à la stabilité et reste disposée à se contenter de ce qui serait bon, raisonnable et clément; et, en politique, je ne distingue point la clémence de la justice. Mais enfin, qu'il y ait eu un jour un gouvernement qui ait fait à temps et jusqu'au bout sa réforme complète, son acte réfléchi de bon sens, de justice et de
liberté, ce sera un bel exemple et qui ne s'est pas encore TU jusqu'ici.
P.-iS. Ceci était écrit avant le discours du prince Napoléon au Sénat dans la séance du 1*' septembre. Tout le monde a lu ce discours éloquent, rempli de grandes vues et animé d'un beau souffle. On aimerait à marcher soûs le drapeau d'une pareille politique, aussi largement déployée. Par malheur je vois qu'elle a été^ séance tenante, désavouée en partie par le gouvernement, et voilà pourquoi je maintiens mon mot de tentative au sujet de l'application du sénatus-consulte. Les vraies chances de succès n'existent que si la mesure est complète, suivie dans son véritable esprit, prévue et acceptée dans tout son développement. C'est k ce prix seulement que l'évolution obtiendra ses bons et salutaires effets. Elle est compromise, à mon sens, si le gouvernement se remet à céder à reculons, à disputer le terrain pied à pied comme dans une retraite. Que ne prend-il généreusement la tête du mouvement? Ce serait le seul moyen de confondre et de noyer adversaires et ennemis, les irréconciliables et les méfiantSi dans le flot de l'approbation universelle. Plus d'un indice peut faire déjà craindre qu'il ne l'entende pas tout à fait ainsi.
En prévision des lacunes toujours inévitables dans une OoUection de ce genre, nous nous étions réservé de reporter à la fin des Premiers Lundis, en guise de Mélanges, tout ce qui aurait pu nous échapper pendant l'impression de ces trois volumes. Nous avons pu constater avec -satisfaction, en touchant au terme de notre travail, que la nouvelle Table de la Revue des Deux Mondes^ publiée cette année et plus complète que celle de i857, ne mentionnait, au noni du critique des Lundis, qu'un seul article oublié par nous ^ Mais, lorsque nous nous croyions au bout dé la tâche, quelques pages, auxquelles nous ne songions plus, et qui avaient été imprimées du vivant de M. Sainte-Beuve, puis laissées de côté, nous ont mis sur la voie encore de nouveaux travaux dont il se déclure l'auteur. Ces pages^ intitulées Notes et Remsrqwe9, |Mn!atti*ont dai» un volume ultérieur, devant servir de coraplécfientaux Causeries du Lundi. Nous en déta'chons la note suivante :
1 . Nous l'avons fait entrer à sa date, dans la suite de ces Mé* iangess
« J'ai, en bien des cas, prêté ma plume à mes amis, en me mettant en leur lieu et place et en faisant ce qu'ils désiraient de moi. Par exemple :
« fl y a tel prospectus des Œuvres de Victor Hugo (en 1829, chez Gosselin) signé Amédée Plchot, et où Wordsworth est cité sur Shakespeare, qui est de moi ^
« Le récit de l'audience accordée par le roi Charles X à Victor Hugo, récit inséré dans la Revue de Ports, est de moi.
« La Profession de foi saint-simonienne de Pierre Leroux, qui parut dans le Globe au moment de la cession du Journal aux Salnt-Simoniens, est de moi : Leroux n'a fait qu'y changer deux ou trois mots et y mettre un ou deax pâtés d'encre ■.
« L'article du National au lendemain de la blessure de Garrcl dans son duel avec Laborie, article qui fut accepté également de la Tribum, et qui parut à la fois dans les deux journaux, est de moi.
« J'ai rédigé, comme secrétaire du Comité historique, la circulaire qui donne des instructions aux Correspondants de province sur les recherches littéraires concernaot le moyen âge auxquelles ils devront se livrer, circulaire insérée au Moniteur le i8 mai 1835, et signée Guizot.
« [«a lettre d'un vieux ami de province, citée dans l'article de George Sand sur Maurice de Guérin {Revue des Deux Mondes, i5 mai i840), est de moi.
V. J'ai fait au Moniteur Tarticle qui a paru le lendemain des funérailles de Déranger [M. Fould, alors minisire d'État, n'y a effacé que deux mots) •.
1« Nous signalons ce prospectus aux amateurs: il nous a été impossible de noas le procurer; il manque à la Bibliothèque nationale, bien qu'il soit indiqué comme déposé, sxir le Journal de la Librairie. Mats la Bibliothèque nationale n'a pas non plus l'édition des Œuvres âe Victor Hugo, désignée ici.
2. Nous avons suivi, en la réimprimant plus loin, un texte corrigé de la main de M. Sainte-Beuve sur une épreuve du numéro du Giobe,
3. Cet article est entré depuis dans les Causeries du Lundi, tome XV,