COURSE DE HARAR A BERBERAH
Le samedi 13 janvier 1855, longtemps avant l'aurore, nos mules étaient sellées, bridées et chargées du peu d'effets que nous avions apportés jusqu'à Harar. Après un déjeuner expédié à la hâte, nous serrâmes la main du vieil eunuque, nous nous mîmes en selle et nous nous avançâmes à travers les rues encore désertes. Aussitôt ma faiblesse et mon malaise cessèrent, tant la joie est un remède efficace! Nous franchîmes les portes en adressant à haute voix notre salam aux
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gardiens assis autour d un feu allumé en dedans de la muraille, et je sentis le poids de l'anxiété disparaître à son tour. — Le succès aussi a parfois ses réflexions mélancoliques , c'est ce que j'éprouvai en ce moment...
Cette impression, toutefois, ne fut que passagère. La matinée était magnitique. Un ciel sans nuages , que n'enflammaient pas encore les ardeurs du milieu du jour, réfléchissait sa teinte d'azur sur les nuages qui couronnaient les sommités les plus lointaines et sur les guirlandes de fumée qui voilaient les villages encore endormis. Au sortir de l'atmosphère étouffée de la ville , l'air vif des montagnes était un cordial puissant. La rosée couvrait de ses larges diamants la feuille du cafier ; l'oiseau chantait gaiement dans les buissons ; jamais, en un mot, l'aspect de la nature ne m'avait paru si enchanteur.
Nous nous hâtions, car nous ne voulions pas perdre de temps et nous redoutions l'effet du soleil dans la vallée de Erar, que nous avions à traverser.
Cheminant avec nos fusils armés, afin de pouvoir, s'il en était besoin, résister aux lances de quelques Gallas embusqués pour nous attendre, nous nous éloignâmes de la ville. Mes compagnons ne pouvaient contenir
leur joie, qiruii incident imprévu tempéra bientôt cependant. Notre Bédouin Abtidon, au milieu du chemin encombré par les paysans qui allaient au marché , se mit à crier de toutes ses forces que la mule qu'il montait était un tribut qui nous avait été payé par l'émir. Le Hammal furieux menaça cette brute de lui brûler la cervelle, et ce ne fut pas sans peine que j'apaisai la dispute.
En passant à Gafra, je m'assurai que le gerad y avait envoyé prendre mes livres, et, sans nous arrêter, nous poussâmes jusqu'à la montagne de Rondura. A une heure aprèsmidi, nous franchissions heureusement le défilé des Gallas, et une heure après nous prononcions le (c Alhamdulillah (1) » en vue de Sagharrah. En entrant dans le village, nous déchargeâmes nos armes à feu. Les femmes nous accueillirent avec le viasharrad ou cri de joie, et quand j'arrivai à l'enclos de la geradah Khayrah, elle accomplit en mon honneur la fola ou cérémonie d'heureux retour, en répandant sur ma tête quelques poignées de grain torréfié. Les hommes nous donnaient de cordiales poignées de main; plusieurs même dansaient pour témoigner leur joie de
(1) Voir le Pèlerinage à la Mecque, dans la Revue Britannique de 1855, tome II, page Gô6.
nous revoir vivants. On leur avait dit que nous avions été jetés en prison, soumis à la bastonnade et finalement mis à mort. Ils juraient que le gerad s'occupait déjà de réunir une armée pour nous secourir ou nous venger. En un mot, eussions-nous été leurs parents, les démonstrations dont nous étions l'objet n'auraient pu être plus vives, ni plus générales. Bientôt je vis La Fin-des-Temps s'avancer vers moi pour me baiser la main. Il était fort humilié; car, malgré sa dignité prétendue d'envoyé du hadji Scbarmarkay, on l'avait laissé à peu près mourir de faim. Il avait passé ses jours et ses nuits à réciter le Coran à notre intention. Le gerad, disait-il, s'était montré d'abord disposé à lui donner un mouton, avec sa fille pour épouse temporaire ; mais son fils Sherwa était intervenu et avait arrêté le cours des générosités paternelles. — « Maudit soit, s'écriait La Fin-des-Temps, celui qui, de son pied poudreux, trouble leau limpide du ruisseau ! »
Nous entrâmes dans la cabane enfumée.
Le gerad et ses fils étaient à Wilensi pour y régler la sérieuse atfaire d'une caravane pillée par une tribu voisine. En leur absence, la bonne Khayrab et ses filles remplirent avec empressement les devoirs de l'hospitalité, en préparant notre repas. La soirée fut agréable-
ment employée à raconter nos périls et chacun nous complimenta sur le pouvoir de notre étoile.
Le matin suivant, nous nous rendîmes à "NVilensi, où de bruyantes félicitations et des cris de joie accueillirent notre arrivée. Le Calender était dans le ravissement, Schéhérazade et Dinarzade furent si émues, que je crus les voir rougir de plaisir à travers leur peau d'ébène. Tout ce que nous avions laissé entre les mains du pauvre Calender était intact, et, en fidèle intendant, il avait ménagé nos provisions jusqu'au point d'affamer les deux beautés confiées à ses soins. Bientôt le gerad, suivi de ses fils, apparut chargé de mes livres. Je le revêtis aussitôt d'une robe d'Abyssinie aux brillantes couleurs, et il alla se pavaner devant ses vassaux éblouis de la richesse du présent. Enfin, je comblai les vœux de la bonne Khayrah et de la jolie Sudyiah, en leur offrant des boucles d'oreilles, des broches, des bracelets, des ciseaux, des aiguilles et du fil. — Cette heureuse journée se termina par un festin.
Nous séjournâmes à ^Vilensi pendant une semaine entière. Comme nous avions jeûné à Harar, nous avions besoin de reprendre des forces pour être en état de supporter la longue marche que nous allions avoir à faire à tra-
vers le désert. Il fallait aussi réunir les provisions qui nous étaient nécessaires. Un Bornai fut dépéché à la ville avec ordre d'en ramener un âne chargé d'oignons, de tabac, d'épices et de karanji (1), que faute de ressources nous n'avions pu acheter nous-mêmes. J'employai le délai qui m'était laissé à écrire un vocabulaire de la langue de Harar, sous les auspices du vieux Mad-Said et d'un certain Ali, espèce de barde qui chantait en vers les exploits de sa tribu et qui, enflammé d'une poétique reconnaissance par le don d'une toba, composa une chanson entière en l'honneur du pèlerin Abdullah.
Vers la fin de notre semaine de repos, arriva Cheick-Jami, équipé en voyageur, c'està-dire portant le sabre, le tapis pour la prière et la bouteille d'eau pour les ablutions. Il était accompagné par son frère et par quatre gros widads, dont il me vanta la naissance, le savoir, la piété et la vertu. Je leur donnai à se aper dans ma hutte et je m'excusai sur ma mauvaise santé de ne pouvoir prolonger le festin pendant la nuit entière. Le cheick m'informa que son excursion avait pour but le désir charitable de concilier une querelle
(1) Espèce de biscuit fait avec du grain de liolcus.
dont la nature était toute somalienno. Un homme avait donné une médecine à un autre, et celui-ci s'étant avisé de mourir un mois après, le père du décédé avait accusé le médecin d'être un empoisonneur : en conséquence, il réclamait le prix du sang.
Le dimanche, ti janvier, notre messager revint de Harar, apportant nos provisions pour la route. Mon vocabulaire était achevé, et, comme rien ne me retenait à Wilensi, je résolus de partir le lendemain. Lorsque le bruit de ma détermination fut répandu, chaque habitant du village accourut vers ma hutte pour voir ce qu'il pourrait demander ou emprunter. Nous fûmes obligés de nous enfermer. 11 fallut bientôt cependant que ma porte s'ouvrît pour le cheick Jami , qui se présenta suivi de tous les incurables du village. Comme l'histoire de la veille m'avait instruit des inconvénients attachés à l'état de médecin, je résolus de distribuer des talismans pour tout remède. Le cheick douta d'abord de leur efficacité ; mais lorsqu'il me vit exhiber mon diplôme de maître dans l'ordre des Sufis (1), il se trouva tout à coup éclairé par une sou-
(0 Espèce de francs-maçons musulmans auxquels M. Burlon s'était fait agréger en Egypte. Voirie Pilerinar/e à la Mecque, dans la Revue Britannique de 1855, tome II , page 656.
daine lumière, qui brilla d'un même éclat aux yeux de ses compagnons les \vidads. « En vérité, se disaient-ils les uns aux autres à voix basse, c'est aujourd'hui seulement qu'il s'est révélé! )> — Cheick-Jami examina le diplôme avec vénération, le porta respectueusement à son front et murmura quelques prières. Ensuite, employant le langage le plus humble, il en sollicita une copie en requérant de moi la faveur d'être autorisé à agir comme maître du saint ordre. J'accordai la première demande sans difficulté ; mais j'ajournai la seconde. Le cheick alors se déclara mon disciple, et, pour le récompenser des services qu'il m'avait rendus, je lui fis don d'un pinceau et d'un turban de soie.
Le matin fixé pour le départ arriva ; mais personne n'était prêt à se mettre en route. Le Hammal lui-même, qui la veille encore était plein d'ardeur et d'activité, semblait paralysé. Nous n'avions ni café, ni outre pour notre eau, etDinarzade avait été acheter des gourdes dans un village éloigné. C'était l'Afrique et les Africains... Vingt-six jours n'avaient pas suffi à la besogne d'une seule soirée. Le gerad ne m'avait pas procuré les serviteurs qu'il m'avait promis cent fois. Le Long-Guled avait imprudemment prêté son poignard à cette langue dorée de Yusuf-Dera, qui, apprenant
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notre projet de départ, avait naturellement disparu. Enfin, au dernier moment, un certain Abdy-Aman, qui s'était engagé comme guide pour me conduire à Berberah, moyennant dix dollars, en demandait vingt.
II fallait absolument faire acte d'énergie. Je requis le gerad de faire amener sur-le-champ mes chameaux ; j'ordonnai au Hammal d'abattre nos huttes ; Abdy-Aman fut informé qu'il était libre d'aller où il voudrait; — un nouveau poignard fut promis au Long-Guled aussitôt que nous serions arrivés à Berberah ; un messager fut dépêché à Dinarzade; enfin, l'ordre fut donné de charger les bêtes.
A force de cris et de réprimandes, la caravane était prête à neuf heures du matin. Guidés par le gerad et par ses gens, nous nous mîmes en route. — A une heure, le chef voulut nous faire faire halte ; mais, sans lui répondre, je continuai de marcher en avant. En ce moment, La Fin-des-Temps et Le Long- Guled manquaient. Contrairement à mes ordres exprès, ils étaient retournés au village pour essayer de recouvrer le poignard. Par respect pour la discipline, j'aurais dû, en cette occasion, faire sauter la cervelle du long jeune homme ; mais la perte de son arme avait tellement bouleversé sa pauvre tête, que le remède me parut pire que le mal.
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Suivi du Hanimal seulement, j'entrai dans la prairie de Marar. En vain le gerad me supplia de ne pas m'aventurer dans un lieu où les lions fourmillaient, disait-il; en vain promit-il de tuer un mouton ou un bœuf pour en faire un festin. >'ous prîmes brusquement congé de lui et nous continuâmes de pousser nos chameaux en avant.
Nos deux traînards nous avaient rejoints et nous cheminions lentement sur les bords de la plaine, quand nous rencontrâmes une troupe de voyageurs dont le chef se trouva être un Somal fort connu à Aden sous le nom de Madar-Farih. Il consentit à nous accompagner jusqu'à la halte prochaine, se montra fort surpris en apprenant que nous avions pu sortir de Hararet nous donna des nouvelles que mes compagnons jugèrent graves. Le gerad Hirsi, des Berteri, chez qui Madar venait de séjourner, était enflammé de colère contre nous parce que nous n'avions pas pris la route qui traverse son territoire. On lui avait rapporté que nous avions comblé de présents le gerad Adan, tandis que rien ne lui avait été oftert. — Madar nous donna le conseil prudent de continuer à marcher en avant pendant toute la nuit et de bien surveiller les buissons, d'où Ton pourrait nous lancer des flèches empoisonnées.
Nous allâmes mettre pied cà terre devant un village situé non loin de la montagne de Gurays. Bientôt nous vîmes arriver Dinarzade, chargée de ses gourdes et profondément blessée de ce qu'on ne l'avait pas attendue. Elle était accompagnée de Dahabo, sœur du vaillant BeUh, qui, se séparant pour jamais de son disgracieux époux le gerad , retournait sous les tentes de sa famille. Ensuite parut le doucereux Yusuf-Dera, qui rapportait, avec force excuses, le poignard de Guled. Il était suivi de plusieurs de ses parents, envoyés avec lui par son père pour l'aider à me duper. Le digne gerad, ayant été informé que son collègue le Berteri promettait cent vaches à quiconque lui livrerait nos personnes mortes ou vives, nous faisait offrir, avec la plus grande sensibilité, une escorte de cinquante cavaliers si nous voulions seulement lui faire encore quelques petits cadeaux.
Mes gens prêtèrent l'oreille à cette proposition dont la fausseté cependant était évidente. Ils voulurent une discussion officielle et la séance dura trois heures entières. J'ouvris l'avis de nous remettre en route sur-le-champ, Ils répondirent (fue les chameaux étaient hors d'état de marcher et que le froid de la prairie était mortel pour les hommes. Leur montrant alors une caravane chargée de grains qui at-
tendait notre escorte, je leur proposai de partir le lendemain matin. Ils hésitèrent encore. A la fin, la nuit vint, et, comme je savais qu'il était parfaitement inutile de discuter la veille le péril qui ne devait se rencontrer que le lendemain, je me mis à manger mes dattes et à boire mon lait ; puis je me couchai pour jouir d'un paisible sommeil dans le silence profond du désert.
Le matin du 25 janvier trouva mes compagnons fort découragés. Le Hammal me fut député pour obtenir la permission d'aller chercher le gerad et ses hommes. Je m'y refusai absolument. Je ne pus m'opposer d'ailleurs à ce qu'on envoyât quelques tobas à ce rusé sauvage, afin d'appuyer la demande verbale d'une escorte. Là-dessus, Yusuf-Dera, Madar-Farih et leur troupe prirent congé, en promettant d'envoyer leurs cavaliers avant midi. Je vis leur départ avec plaisir, car je comprenais que c'était une séparation définitive. Le plus grand danger que nous ayons couru, comme je l'appris plus tard à Berberah, était Varanic que le gerad Adan complotait contre nous. Elle lui aurait coûté cher assurément, mais en même temps elle nous serait devenue fatale.
Midi arriva et pas un cavalier ne parut. Mes Somals avaient promis que, si leur espoir était
déçu, ils partiraient avant la nuit et marcheraient jusqu'au lendemain matin. Mais lorsqu'il fallut réunir les chameaux, il arriva, comme toujours en pareil cas, que l'un d'eux manquait. J'eus alors une explication très-vive avec mes gens, et je leur déclarai que j'étais résolu à traverser la prairie le lendemain, dussé-je partir seul. Dinarzade prétendit qu'elle était trop malade pour marcher, et Schéhérazade jura qu'elle était hors d'état de se mouvoir. En un mot, cette soirée fut pour moi l'une des plus pénibles que jamais j'aie passées.
Le 24, dès l'aurore, nous nous engageâmes dans la prairie de Marar avec une caravane composée de vingt hommes et de trente femmes conduisant des chameaux et des ânes chargés de grains, que suivait un petit troupeau de moutons. Ce long convoi offrait un but parfaitement visible aux attaques du puissant chef des Berteri, dont nous apercevions les feux à travers le brouillard. L'air était très-froid; des nuages chargés de pluie balayaient la plaine. Tantôt nous avions une averse et tantôt un brouillard d'Ecosse qui détrempaient également notre léger vêtement. Mes gens grelottaient ; leurs dents claquaient comme si nous eussions marché sur la glace. Vers midi, nous nous trouvions dans un vallon planté d'acacias. C'était un lieu très-conve-
iiable pour une embuscade : aussi nous dînâmes sans mettre pied à terre. Lorsque nous eûmes traversé la prairie sans accident, les gens de la caravane vinrent nous serrer la main et prendre congé de nous en disant que nous leur avions sauvé la vie. Une heure après le coucher du soleil, nous arrivions au kraal d'Abtidon, situé au pied d'une montagne conique. La crainte des lions nous força de passer la nuit dans l'intérieur du village, où nous fûmes en proie à la vermine. Un moment je craignis d'être atteint de cette maladie bien connue que l'on guérit par l'usage du soufre. C'est le fléau de tous les cantons intérieurs du Somali. Les gens du pays disent qu'elle est causée par les mouches et par les puces; mais, en réalité, on doit l'attribuer à l'insuffisance ou plutôt à l'impossibilité des ablutions.
Le 25, notre départ fut retardé par l'épuisement de nos chameaux, qui avaient manqué de nourriture dans les montagnes des Girhi. Comme nous allions entrer sur les terres des Habr-Awal, ennemis de la tribu des Habr- Gerhajis, à laquelle appartenaient mes trois hommes, une semaine entière devait probablement s'écouler avant que nous pussions trouver un protecteur convenable. Déjà le délai que j'avais indiqué aux deux officiers qui m'attendaient à Berberah était dépassé de dix
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jours. Quand j'avais quitté AVilensi, je comptais atteindre la côte en une quinzaine, et maintenant je prévoyais qu'un mois me serait nécessaire.
Tandis que je me laissais aller à l'inutile amertume de mes pensées, apparut tout à coup le vaillant Beuh, que nous envoyait sa sœur la rieuse Dahabo. Il m'apprit que je trouverais un guide dans le voisinage. Les détails qu'il me donna me déterminèrent à lui faire la proposition d'escorter les femmes, les chameaux et le bagage sous la garde du Calender jusqu'à Zayla, tandis que, montés sur nos mules et n'emportant avec nous que nos armes avec quatre jours de vivres, mes trois hommes et moi, nous franchirions rapidement le pays des Habr-Awal. Après quelques hésitations, chacun consentit à cet arrangement.
Ce n'est pas sans appréhension que j'empaquetai mes provisions, consistant seulement en cinq biscuits, quelques citrons et un peu de sucre. Tout retard, tout accident arrivant à nos mules, pouvait nous exposer à mourir de faim ; car nous avions à traverser un long espace désert, et, quand même nous nous fussions rapprochés des villages des Habr-Awal, on nous y aurait impitoyablement refusé tout secours. Mes gens se pourvurent d'une petite quantité de bœuf séché, de grain et de confi-
tures. Entre nous quatre, nous n'avions qu'une seule bouteille à eau.
Le 26 janvier, à sept heures du malin, nous prîmes congé des deux femmes et duCalender. Disons sur-le-champ qu'ils parvinrent heureusement à Zayla et qu'au bout de deux mois tout mon bagage m'arriva intact à Aden. La belle Schéhérazade, ayant amassé un petit pécule, ne perdit pas de temps pour changer d'état. Son exemple fut suivi plus tard par Dinarzade. Le Calender, après une visite à Aden, est retourné à Zayla, où il ne cesse d'exciter l'admiration de ses amis par le récit merveilleux de ses voyages et de ses périls.
Guidés par Beuh, nous allâmes déjeuner à son kraal, après avoir repassé au pied du Koralay et traversé de nouveau la vallée Hara^^"svah. Dans l'après-midi, ayant mis pied à terre devant un village des Gudabirsi, nous parvînmes, moyennant l'offre de cinq dollars et d'une couple de tobas,à déterminer un guide à nous accompagner. Dubayr, c'est-à-dire le Baudet, appartenait à un clan des Habr-Awal. Il était grand, fluet, et, comme tous les Bédouins, incapable d'endurer la fatigue. Être en selle le blessait, marcher l'épuisait, et il ne pouvait supporter la soif. Lorsqu'il nous promit de nous mener à Berberah en trois jours, le Baudet ne savait nullement à quoi il s'engageait.
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Dès la seconde marche, il fallut, pour le retenir, la promesse d'un présent considérable. Plus d'une fois il étendit sa longue personne sur la terre en gémissant et en disant que sa dernière heure était venue. Comme chacun devait nous être hostile dans le pays que nous avions à parcourir, nous ordonnâmes à notre guide de choisir les routes les plus désertes et d'éviter soigneusement les villages. D'abord, ignorant nos motifs et soupirant sans cesse après une tasse de lait, il ne pouvait passer devant un enclos sans le contempler d'un œil de désir. Le second jour cependant, il devint plus raisonnable, et, avant d'atteindre Berberah, rendu prudent sans doute par le souvenir de quelque ancienne querelle, il fut plus soigneux encore que nous d'éviter les habitations.
Nous achevâmes cette journée de route guidés par le Baudet, et le soir, quand nous fîmes halte, sous une pluie glaciale, dans un vieil enclos où nos mules trouvèrent de l'herbe, nous avions parcouru trente-cinq milles.
Le 27, dès l'aurore, nous étions sur pied. Non loin du lieu où nous avions dormi, je remarquai l'un de ces groupes de rochers si communs dans le Somali. A son extrémité se projetait une pointe dont la forme rappelait celle d'une énorme dent canine. Le Baudet nous apprit qu'au sommet de ces roches on
voyait les traces d anciennes habitations, et, à cette occasion, il nous raconta la légende de Moga-Medir, c'est-à-dire de la dent de Moga. En ce lieu, jadis vivait une fille des Gallas dont l'œil était si perçant, qu'elle pouvait distinguer un parti de maraudeurs à la distance de cinq jours de marche. Les ennemis de sa tribu, après avoir été, grâce à sa vigilance, découverts et repoussés bien des fois, ce qui leur avait causé des pertes considérables, eurent recours à la ruse. Ils s'avancèrent en cachant leurs tètes sous de grosses gerbes de foin. Lorsque Moga, c'était le nom de la jeune fille, avertit son père et ses parents qu'elle voyait une prairie s'avancer vers la colline, on la crut folle. Le stratagème réussit et la malheureuse enfant fut égorgée. — Cette légende m'intéressa, car c'était une variante d'un même récit que j'ai entendu en Europe et en Asie.
Notre misérable guide nous avait trompés. La veille, il nous avait promis que nous trouverions de l'eau à chaque demi-mille, et maintenant il avouait que nous n'en pourrions pas rencontrer avant la nuit. Les Africains semblent mentir involontairement : l'habitude de dire ce qui est faux devient chez eux une seconde nature. Ils vous trompent sans motif, et le seul moyen de ne pas commettre d'erreur est
de croire lecontraire de ce qu'ils vous affirment. Je ne vous fatiguerai pas, chers lecteurs, par la monotone description du triste pays que je traversais. C'étaient toujours d'affreuses montagnes ou des plaines couvertes de cailloux sur lesquels le redoutable aloès et les ronces de toute espèce étendaient leurs pointes acérées, uniquement créées, ce me semblait, pour déchirer les passants. Notre fatigue, cette fois, fut rendue doublement cruelle parle supplice de la soif. Depuis vingt-quatre heures, nous n'avions plus une goutte d'eau. Le soleil brûlait notre tète et troublait notre cerveau. A chaque détour du chemin, le mirage nous offrait son horrible déception ; dès que je fermais mes yeux pour les soustraire à l'action de l'atmosphère embrasée, des visions m'offraient aussitôt de l'eau sous mille formes diverses. L'eau était toujours là devant moi, tantôt claire et profonde dans un puits couvertd'ombrage, tantôt bouillonnant dans un limpide ruisseau, tantôt unie et brillante dans un bassin où j'allais jouir des délices du bain. Une autre fois, c'était une de ces nuées pluvieuses de l'Inde qui déversait sur moi des torrents; ou bien c'était une main invisible qui m'offrait un vase rempli du précieux liquide pour lequel en ce moment j'aurais donné des années de ma vie. Puis tout à coup quel ef-
froyable contraste ! J'avais ouvert les yeux et je ne voyais au-dessus de moi que ce ciel pur et resplendissant, empreint pour les poètes et pour les peintres d'une parfaite beauté, tandis que pour moi en cet instant le beau idéal eût été la tempête. — J'essayais de parler, c'était en vain; dépenser, c'était vainement encore : iine seule idée me possédait : de l'eau ! de l'eau !
Enfin, comme le soleil descendait vers son couchant, nous aperçûmes au loin un bouquet de fraîche verdure. Avertis par leur odorat , nos animaux redressèrent leurs oreilles pendantes et prirent une vive allure, jusqu'à ce qu'un détour du chemin nous montrât tout à coup devant nous plusieurs i)uits. — Sauter à terre, courir aussi vite que nos mules, nous jeter dans ces mares bourbeuses, boire à longs traits et baigner nos visages brûlés, tout cela, chers lecteurs, nous prit moins de temps que je n'en mets à vous le raconter. Quand le calme nous revint, nous nous aperçûmes que nous devions user de prudence, car à la surface de cette eau bienheureuse s'agitait un essaim d'insectes et de petites grenouilles. Mais la prudence a tort en pareil cas ; nous bûmes, et bûmes, et bûmes encore. Nos mules, après avoir apaisé leur soif, s'étaient mises à paître avidement le
gazon et je proposai à mes compagnons de passer quelques heures près de ces puits. La crainte des lions, cependant, nous détermina à cliercher un peu plus loin, dans un kraal abandonné, un asile pour la nuit. Nous avions fait trente milles dans la journée et nous étions entres sur les terres du clan des Baligoba, auquel appartenait notre guide.
Le 128 janvier, quand vint l'heure du départ, il nous fallut porter le Baudet sur sa mule, car ses membres lui refusaient tout service. Il déclarait hautement que l'homme blanc avait été envoyé sur la terre pour le châtiment spécial des enfants d'ishak (1). Nos mules commencèrent à boiter : leur dos était entamé par la selle et nous fûmes condamnés à la souffrance de traverser à pas de tortue ces affreuses collines.
Vers le milieu du jour, des arbustes arrachés et de grands arbres fraîchement dépouillés de leur écorce nous signalèrent le passage récent d'une troupe d'éléphants. Ma mule, ordinairement si courageuse , était dans un état de terreur inexprimable. Le petit oiseau gris connu sous la dénomination d'oiseau du miel ("2) employait tous ses artifices afin de
(1) Ishak est le patriarche arabe des lîabr-Awal.
(2) C'est le coucou imlicaleur des naturalistes français.
nous déterminer à le suivre. Tantôt il se perchait sur un buisson en poussant son petit cri; tantôt il \olait à quelques pas devant nous, comme pour nous indiquer la direction à prendre. Mes gens, cependant , en dépit de ce goût pour le miel qui est inhérent à chaque Somal, se refusèrent, sans hésiter, à cette invitation dont le motif, selon eux, était parfaiment déloyal. — De même que les Holtentots, les Somals croient fermement que l'oiseau du miel conduit toujours Timprudent qui se laisse séduire par lui, soit vers un lion endormi, soit vers une panthère à l'affût , soit vers un nid de serpents, soit même vers un parti de maraudeurs ennemis. Buffon adopte à cet égard l'opinion populaire.
Ce jour-là, nous franchîmes un espace de trente-cinq milles et nous allâmes coucher près des cimes élevées qui terminent le grand plateau montagneux au pied duquel s'étend l'étroite plaine qui borde la mer. Mes gens, qui depuis trois jours vivaient d'une poignée de dattes , se jetaient avec avidité sur le fruit des jujubiers sauvages dont les flancs des collines étaient parsemés.
Le 29, de grand matin, nous gravîmes les dernières pentes, et, parvenus à l'extrême bord de la montagne, nous aperçûmes, à travers les nuages, la plaine se déroulant à nos
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pieds. A dix lieures, nous commençâmes à descendre, d'abord en suivant un ravin escarpé et ensuite en nous jetant dans le lit d'un torrent profondément encaissé entre de hautes murailles de rochers perpendiculaires. Ce chemin affreusement difficile, le Splugen de ces contrées, mit le comble à notre fatigue : heureusement nous y rencontrâmes de l'ombre et de l'eau. Le vent y était parfumé par les buissons aromatiques du désert, comme dans certaines parties de l'Arabie et de la Perse.
Quelques heures plus tard, à l'air frais et vivifiant de la montagne avait succédé l'atmosphère humide et tiède de la plaine. Nous nous trouvions au milieu de chameaux et de moutons paissant parmi les acacias ; et, pour la première fois, après trois mortelles journées de route dans le désert, nous apercevions des visages humains. Ces bergers étaient des Habr-Avval qui tous s'enfuyaient à notre approche. A la fin, cependant, l'un deux osa nous attendre ; les nouvelles qu'il nous donna rassurèrent mes gens. Il y avait eu peu de meurtres, et le bord de la mer n'était pas entièrement occupé par nos dangereux ennemis, les Ayyal-Ahmed. Nous poursuivîmes donc notre course, en prenant pour point de direction le sommet du Jebel-Almis , lequel sert également d'indicateur aux navires qui
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veulent entrer dans la baie de Berberah.
Vers le soir, nous rencontrâmes de nouveaux troupeaux dont nous invitâmes les srardiens à s'approcher de nous. Au lieu de nous répondre, ils se mettaient à courir comme des autruches vers le rocher le plus proche, en poussant leur cri d'alarme. Chacun d'eux d'ailleurs avait soin de nous prier de faire tomber nos coups sur les bestiaux du voisin. Jamais encore pareil incident ne s'était rencontré sur notre route, et j'en fus vivement frappé, car c'était la preuve du désordre qui régnait dans le pays des Habr-Awal. Après beaucoup d'efforts nous parvînmes cependant à persuader à un de ces hommes de nous écouter. Rassuré par nos serments, il nous dit qu'il était un Bahgoba et il promit de nous montrer un >illage des Ayyal-Gedid. Le Ranimai, qui avait épousé une fille de cette dernière tribu et qui avait constitué son beau-père mon abban à Berberah, nous promit un bon accueil.
— Ce soir donc nous dormirons à couvert et nous boirons du lait, dit un de mes compagnons affamés à son camarade.
— Et nous mangerons du mouton, répondit celui-ci.
La nuit était complète quand nous arrivâmes devant un kraal. Nous dessellâmes nos
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mules et nous nous assîmes, jouissant par anticipation du gîte et du repas qui nous étaient promis. A la porte d'une hutte était un groupe d'hommes qui avaient observé notre arrivée, sans s'approcher de nous pour nous saluer. Impatient, je déchargeai un pistolet, et aussitôt une voix rude demanda pourquoi nous troublions les chamelles quand l'heure était venue de les traire.
« Nous sommes tombés chez les Ayyal- Shirdon, nos ennemis les plus acharnés, » me dit à voix basse La Fin-des-Temps.
La même voix alors demanda, d'un ton menaçant, de quelle tribu nous étions.
« Des Habr-Gerhajis, » répondîmes-nous hardiment.
Des propos malveillants s'ensuivirent. Les Ayyal-Shirdon demandèrent ce que nous voulions, d'où nous venions et comment, sachant que la paix n'était pas conclue entre les tribus, nous osions entrer sur leurs terres. Nous répliquâmes avec autant de civililé que notre désappointement nous le permit; mais nos paroles pacifiques ne semblèrent produire qu'un effet défavorable. Ces gens inhospitaliers insistèrent rudement pour savoir qui nous avait conduits à Harar. A la tin, un guerrier armé de deux lances s'approcha, reconnut La Fin-des-Temps; puis, après quel-
qiies courtes menaces, tourna sur ses talons et se retira. J'envoyai alors Le Long-Guled près du groupe pour dire que le voyageur qui était à leur porte offrait de leur donner du tabac en échange d'un pot de lait. Ils refusèrent durement et parlèrent de combattre. A l'instant nous fûmes prêts avec nos armes, et, montrant la plaine à nos ennemis, nous leur dîmes que s'ils voulaient nous y suivre, « nous leur en donnerions plein le ventre. » — Pendant l'intervalle de silence qui suivit ce gracieux pourparler, nous sellâmes nos mules et nous partîmes en maudissant hautement les misérables brutes qui ne savaient pas comprendre le prix d'un hôte.
Nous visitâmes successivement trois villages*des Ayyal-Gedid, où le Hammal ne parvint pas à obtenir des parents de sa femme une seule goutte d'eau. Comme nous le plaisantions sur cet accueil, il expliqua le défaut d'hospitalité que nous avions rencontré en observant que tous les guerriers se trouvant alors à Berberah, il ne restait dans les villages que les femmes, les enfants, les serviteurs et les troupeaux. Le Baudet, sévèrement interrogé, déclara qu'il n'y avait pas de puits sur notre route avant Biilhar. Comme les hommes et les mules mouraient de soif, je résolus de poursuivre notre marche jusqu'à ce que nous
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eussions trouvé de l'eau. De temps en temps nos animaux épuisés s'arrêtaient... Après quelques instants de repos je poussais en avant, et le reste de la troupe me suivait docilement en silence. — Je n'étais pas môme parfaitement sûr d'être dans le vrai chemin, car notre guide, accablé par la fiitigue, restait assez loin en arrière.
Vers minuit, enfin, le bruit lointain de la mer résonna délicieusement à mon oreille. Ranimés par l'espoir nous marchâmes avec courage; et le Baudet, reprenant la tête de la file, nous amena vers trois heures du matin, sur le bord de quelques trous remplis d'une eau saumàtrequi, après quinze heures de soif, nous parut délicieuse. Restaurés par le liquide élément , nous cherchâmes de l'herbe pour nos malheureuses mules ; puis la pluie survenant, nous nous enfonçâmes dans nos couvertures et nous goûtâmes un sommeil profond sans songer plus longtemps aux Ayyal- Ahmed ni aux Ayyal-Shirdon.
Après avoir visité le site de Bulhar, petit port délaissé maintenant , mais assez animé autrefois, je me remis en route le 50, de grand matin. Nous nous traînions lentement le long de la mer, car nos mules étaient complètement épuisées ; l'une d'elles était même devenue insensible à l'aiguillon de nos lances et une
autre n'avançait plus que sous les coups répétés de nos fouets. Aussi, quelque pressé que je fusse, j'accordai sans difficulté à mes gens le délai nécessaire pour ne passer que de nuit devant les kraals de leurs ennemis les Ayyal- Ahmed.
Au coucher du soleil, nous nous trouvions au pied de la montagne nommée Auliya-KiimbOy ou le Mont des Saints , parce que , si Von en croit la tradition locale, c'est sur son penchant que les quarante-quatre santons musulmans venus d'Arabie tinrent un conclave solennel, avant de se répandre dans l'intérieur de l'Afrique pour y prêcher l'islam.
Vers minuit, nous arrivâmes à TAigiiade des Francs {Biilho-Fraujï), lieu rendu tristement célèbre par le pillage de la Mary- Anne, en 1 8:25. Là nous étions si rapprochés des villages des Ayyal-Ahmed que nous pouvions entendre les beuglements de leurs troupeaux. Mes compagnons se réjouissaient vivement du succès de leur manœuvre et peut-être n'était-ce pas sans raison , car nous apprîmes plus tard qu'un berger caché dans les buissons avait observé notre passage, et que lorsqu'il en avertit ensuite les Ayyal-Ahmed, ceux-ci maudirent leur étoile qui avait permis que nous traversions leur territoire sans qu'ils en fussent informés assez tôt pour nous arrêter.
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A quatre milles de Berberah , nous fîmes une dernière halte. La Fin-des-Temps et Le Long-Guled , aussi épuisés que nos mules , tombèrent endormis sur les pierres. Le Hammal seul avait gardé de la force et du courage. H parlait, criait, chantait, et, tandis que les autres pouvaient à peine se tenir debout, il exécuta sa danse de guerre en brandissant sa lance. Son énergie me ravissait.
A la tin, une longue ligne noire apparaît à l'horizon au-dessus de la blancheur du sable. A travers les ombres de la nuit, elle devient plus distincte, la silhouette de la mâture des navires se détache sur le ciel. Un cri de joie s'échappe de toutes les bouches. « Criez, mes amis, réjouissez-vous, car nos travaux et nos souffrances touchent à leur fin! «
Le Baudet nous conduit silencieusement h travers les rues de la ville endormie. Devant nous fuient les chacals, occupés à se repaître de débris. Nous marchons droit vers le quartier des Ayyal-Gedid, chargés de nous protéger. Je demande avec anxiété si mes camarades ont quitté Berberah et j'apprends avec délices qu'ils m'ont attendu. Je mets pied à terre devant la hutte qu'ils occupent... Il était deux heures du malin et nous avions fait plus de quarante milles.
Un cordial accueil, un plat de riz, un verre