Ô PREMIERS PAS
quemmeiit de leur manque apparent d'hospitalité. Leurs appréhensions néanmoins s'évanouirent promptement ; ils commencèrent à vouloir nous fêter, et, comme nous manquions d'argent, ils nous pourvurent des ohjets qu'fis savaient nous être les plus agréahles. Nos ennemis, les trois Hahr-Awal, voyant le vent de la fortune tourner en notre faveur, rejetèrent les torts du passé sur le compte de leurs compagnons de voyage les deux citadins, et s'offrirent pour être nos abhans jusqu'à Berberah. Cette oftYe ayant été poliment refusée, ils ne manquèrent pas de nous faire autant de mal qu'ils le pouvaient.
Après une journée de repos, nous fûmes mandés de bonne heure par le gerad Mohammed. Armé de mon sabre, suivi du Hammal et du Long-Guled, je me rendis au palais. Introduit dans une petite pièce contiguë à la salle d'audience, j'y trouvai le ministre assis sur une estrade couverte d'un tapis de Perse. Il était entouré de six de ses collègues ou conseillers; deux d'entre eux portaient le turban, les autres avaient la tête nue et rasée. Au bout de l'appartement se tenaient les inférieurs , parmi lesquels mes deux compagnons trouvèrent place. Les dignitaires prenaient le kat. Un des assistants choisissait les meilleures feuilles pour le premier ministre, un
autre pilait la plante avec un peu d'eau dans un mortier de bois. Un morceau de la pâte qui résultait de cette opération était offert à chaque personne, qui le roulait en une petite boule et le mettait dans sa bouche. De moment en moment on buvait une gorgée d'eau fraîche prise dans une gourde, et l'on semblait jouir très-agréablement de la saveur du mélange. Quant à moi, je remarquai seulement la fine qualité de la plante, comparativement à ce qu'on m'en avait fait goûter en Arabie. Les Européens sont insensibles, même à forte dose, aux effets du kat, qui, au contraire, agit comme le café sur les Arabes, dont la sobriété repousse tous les stimulants énergiques.
Après quelques mots de politesse, le gerad me fit asseoir à sa droite sur l'estrade, oîi je me mis à prendre le kat et à dire mon rosaire, tandis qu'il expédiait les affaires du jour. Bientôt l'un des anciens, tirant un gros volume d'une espèce de niche pratiquée dans le mur, commença à réciter une longue prière en l'honneur du Propiiète. A la fin de chaque strophe, rassemblée entonnait cette réponse : « Allah bénisse notre seigneur Mohammed, avec ses descendants et ses compagnons un et tous ! )) — Cet exercice, ^qui se prolongea pendant une demi-heure, me procura, comme
je le désirais, roccasion de produire une impression favorable. Le lecteur ayant une fois commis la faute de dire : « Les anges, les hommes et les génies, « quand le texte était : « Les hommes, les anges et les génies, :» une discussion s'engagea et les opinions se partagèrent. J'expliquai alors que la nature humaine ( laquelle assurément n'est rien moins qu'angélique chez les musulmans ) avait la priorité sur celle des anges, parce qu'elle avait fourni les prophètes, les apôtres et les saints, tandis que l'autre n'est qu'une wasitah ou connexion entre le Créateur et les créatures. Ma théologie obtint l'approbation générale et m'attira les regards bienveillants des anciens.
La prière achevée, un chambellan vint murmurer quelques mots à l'oreille du gerad, qui se leva aussitôt, déposa son rosaire de corail noir, prit un encrier, revêtit un manteau blanc, chaussa ses pantoufles et disparut. Bientôt nous fûmes appelés chez l'émir, et cette fois on ne m'obligea pas à me déchausser. Introduit avec cérémonie, je fus invité par le prince à m'asseoir près du gerad, qui occupait un tapis étendu à côté du trône. Mes deux aides de camp furent placés au bas bout de la salle. Après diverses questions relatives aux changements qui avaient eu lieu à Aden,
ma lettre fut tout à coup produite par réniir, qui, l'examinant d'un air soupçonneux, m'invita à expliquer son contenu. Le gerad me demanda si mon intention était d'acheter et de vendre à Harar. Voici ma réponse : « >'ous (1) ne sommes ni acheteurs ni vendeurs; nous sommes devenus vos hôtes pour offrir nos respects à l'émir, — Allah puisse le protéger ! — et afin que l'amitié entre les deux pays soit durable. » — Ces paroles ayant semblé satisfaisantes, j'ajoutai, sachant combien tous les délais, en Afrique, sont ordinairement prolongés, que peut-être le prince daignerait nous congédier, car l'air de Harar était trop sec pour moi, et mes serviteurs étaient exposés aux atteintes de la petite vérole.
L'émir, avare de ses paroles, se pencha vers le gerad, qui dit brièvement : « Réponse sera faite. » — Là-dessus l'audience fut close sans plus de cérémonie.
Peu de temps après mon arrivée, j'avais envoyé mon salam à l'un des ulémas de la mosquée, Cheick-Jami, de la tribu de Bertéri. Il accepta l'excuse de ma mauvaise santé et vint me voir. C'était un petit homme noir, de quarante ans environ, profondément marqué
(1) Dans la conversalion arabe, on se sert souvent du pluriel nous au lieu du singulier /e.
parla petite vérole, avec un front proéminent et des traits délicats. Ses pieds et ses mains étaient d'une petitesse remarquable. ^ïarié à la descendante d'un chérif, il avait acquis une grande réputation de science et de piété qui semblait méritée, et qui lui avait procuré riionneur de voir sa main baisée par les docteurs de la Mecque, lors de son pèlerinage. Il exerçait une certaine influence sur l'émir, qui plus d'une fois l'avait chargé de missions diplomatiques chez les différents chefs des tribus. Sa vive ardeur pour la propagation de la foi musulmane n'avait pas été récompensée par le succès. Il avait débuté dans ses voyages avec rinlention d'obtenir promptement la couronne degloireen assassinant le résident britannique d'Aden. Frappé néanmoins de Tordre et de la justice qui régnaient sous notre domination, il changea d'intention et vint offrir l'islam au fonctionnaire anglais, qui Taccueillit avec tant d'urbanité, que le candide Jami, regrettant d'avoir voulu couper la gorge de Kafir, se mit à prier ardemment pour sa conversion. Depuis ce temps, il s'est imposé le devoir de chercher à convertir tous les infidèles qu'il rencontrerait ; mais je ne sache pas qu'il ait encore réussi cà l'égard d'un seul. La première visite du cheick finit mal. 11 voulut bien nTappreiidre que les Osmanlis avaient conquis Stam-
boul au temps du calife Omar. J'eus Timprudence de contester cette date, et il se vengea de l'injure que je faisais à sa science en usant du procédé assez ordinaire de me damner intérieurement comme un hérétique, et un hérétique pire qu'un païen. Je commis une seconde faute ; le cheick m'ayant prêté un rituel qu'une heure me suffit à parcourir, je le lui restituai immédiatement. De là une prévention bien forte contre moi ; car l'acte de feuilleter légèrement un livre, au lieu de l'étudier, est une énormité irrémissible dans le méditatif Orient.
Nos journées se succédaient de la façon la plus monotone. Le matin, nous visitions nos mules et nous chassions les chats, engeance aussi insupportable ici qu'à Aden. Nous déjeunions ensuite avec des tranches de bœuf et des gâteaux de holcus assaisonnés de poivre rouge. Un vieil eunuque nommé Sultan, qui, ayant servi cinq émirs, avait 6rs invalides dans le palais, prenait grand soin de nous. Il nous apportait sans cesse des tasses pleines d'une détestable infusion de feuilles de cafier ; car ici, comme dans l'Yémen, la graine est exclusivement réservée à l'exportation. Il me fabriquait des pipes avec des roseaux; enfin, il disciplinait les négresses esclaves, dont l'importunité était extrême. S'il arrivait à un visi-
teur de prendre le kat sans lui en offrir sa part, ou de franchir le seuil royal sans ôter ses sandales, il entrait dans une véritable fureur. Les autres habitués de notre intérieur étaient les négresses esclaves dont nous venons de parler. Elles étaient insupportables, surtout une certaine Berille, laide créature, dont la voix perçante et les manières déboutées étaient un motif incessant de scandale pour tous les pieux musulmans.
Vers huit heures, nos amis les Somals nous envoyaient leur cadeau de citrons, de cannes à sucre, de confitures et de gâteaux. En même temps notre logis s'emplissait de visiteurs. A midi, nous jouissions ordinairement d'un peu de solitude, parce qu'on se retirait pour le dîner et la sieste. La cuisine de l'émir nous faisait un nouvel envoi de pain et de bœuf. Dans l'après-midi , les visiteurs revenaient pour se disperser de nouveau à l'heure du souper. Avant le coucher du soleil , nous avions soin d'aller inspecter nos mules, qui demeuraient attachées dans la cour du palais. Comme les malheureuses bètes n'étaient pas suffisamment nourries , elles tentèrent plusieurs fois de s'échapper.
C'était le temps de la récolte, circonstance qui nous causa mille ennuis. Chaque matin, l'émir, escorté par ses quarante ou cinquante
gardes du corps, se rendait à cheval sur une colline située au nord de la ville, et là il inspectait scii moissonneurs gallas. Tous les soirs, ces hommes trouvaient, dans le palais où nous étions logés, un copieux souper de viande et de pain qu'ils arrosaient abondamment de bière. L'effet de la boisson était d'engendrer de nombreuses disputes, et nous nous faisions un devoir d'exhorter ces païens à plus de sagesse, sans d'ailleurs , je l'avoue , obtenir un grand succès.
Nous passons notre soirée tantôt à prêcher les Gallas, tantôt à calmer Mad-Sald, qui, malgré ses soixante et dix ans, est querelleur et mordant dans ses propos. Ses conflits avec les négresses du logis sont continuels.. Berille ou sa compagne Aminah prétendent éteindre notre lampe longtemps avant l'heure de notre coucher, ou bien elles se permettent d'entrer dans notre chambre en chantant, en dansant et en battant des mains. Aidés alors par le vieux Sultan, qui en ces occasions pousse des cris d'hyène, nous les mettons à la porte avec indignation. Grâce à ce moyen énergique, le silence règne au dehors ; mais, hélas! il n'en est pas de même au dedans. Mad-Said ronfle avec un bruit épouvantable et Abtidon passe la moitié de sa nuit à bavarder avec quelque Bédouin de ses amis qui est venu prendre sa
part (le notre souper. On voit que nos couches si dures d'ailleurs ne nous procurent ni les noctes ni les cœnœ dcoriun.
La monotonie de nos journées est variée par l'usage du rosaire, par les prédictions des diseurs de bonne aventure et enfin par les bruits de toute nature que nos amis les Somals nous rapportent avec une profusion telle, que nous en sommes venus à souhaiter de ne plus rien apprendre. Excité par les trois Habr-Awal, le gerad Mohammed recueillait activement sur mon compte toutes les informations imaginables. Le rusé vieillard avait appris que nous avions laissé la Fin-des-Temps chez le gerad Adan, et il croyait que nous tramions quelques projets dans 1 intérêt du hadji Scharmarkay, le Croquemitaine populaire de Harar. Notre sort fut probablement décidé par l'arrivée d'un jeune Bédouin du clan des Ayyal-Gedid qui rapporta que trois frères avaient débarqué dans le Somali, que deux d'entre eux étaient à Berberah , attendant avec anxiété le retour du troisième, qui était allé à Harar, et que tous trois, quoique vêtus en musulmans, étaient des officiers anglais. x\ussitot la perspective de caravanes interceptées commenva à s'offrir aux pensées de l'homme d'État. Les Habr-Awal cessèrent leurs intrigues et le gerad Mohammed résolut d'adopter le suaviicr
in modo pour règle de sa conduite à l'égard du dangereux étranger.
Quelques jours après sa première visite, Cheick-Jami envoya chercher le Hamnial pour l'informer d'une excursion qu'il projetait au dehors de la ville. Mon aide de camp lui proposa aussitôt notre escorte. Le bon cheick offrit alors de s'adresser lui-même au gerad Mohammed pour obtenir l'autorisation de celui-ci. N'ayant pas trouvé le ministre chez lui, il nous donna rendez-vous au palais pour le lendemain matin , à l'heure où l'on prend le kat.
Nous avions été si souvent déçus dans l'espoir d'obtenir notre audience de congé, que nous ne comptions guère cette fois sur une meilleure issue. Vers six heures, cependant, nous fûmes tous mandés par le gerad, qui nous reçut poliment, comme de coutume, dans la salle de ses séances officielles. J'avais découvert sa maladie : c'était une bronchite chronique, et, pour produire une impression favorable, je lui détaillai tous les symptômes qu'il éprouvait, en lui promettant de lui envoyer, aussitôt que je serais de retour à Aden, les remèdes dont nous usons nous-mêmes en pareil cas. Tl saisit avec ardeur l'espoir d'échapper à ses souffrances , tandis que ses courtisans, en me témoignant leur vive recon-
naissance , me suppliaient de ne pas perdre de temps. — A ce moment, le gerad fut mandé par l'émir, et, quelques minutes après, je fus appelé à mon tour, mais seul. Une longue conversation s'ensuivit sur la situation d'Âden, de Zayla, de Berberah et de Stamboul. Le prince m'adressa une foule de questions sur l'Arabie. Le sens de mes réponses fut que les nécessités de notre commerce nous fixaient sur le triste rocher d'Aden. Il usa de paroles obligeantes en exprimant son désir d'obtenir notre amitié, et son respect pour un peuple qui, lui avait-on dit, savait construire de si grands vaisseaux. Je saisis l'occasion de louer Harar avec mesure et de regretter particulièrement que son excellent café ne fût i)as mieux connu chez les Francs. Le grêle personnage laissa voir alors sur son sinistre visage ce sourire que les musulmans appellent le sourire d'Omar (1). Voyant pour la première fois sa physionomie se détendre, je lui dis que, ma santé
(1) La tradilion rapporte que le calife Omar ne sourit et ne pleura qu'une seule fois en toute sa vie. I.e sourire fut causé par le souvenir d'avoir mangé ses dieux quand les Arabes se faisaient des idoles en pâtisserie. !1 réj>ar.dil des pleurs, un jour, en se rappelant avoir enterré toute vive, selon la coutume antique des Arabes idolâtres, sa pauvre petite fille, qui lie ses bras en fan tins caressait sa barbe et ses habits.
étant rétablie, je désirais recevoir ses ordres pour Aden. Il témoigna son consentement par nn signe de tête, et le gerad avec force compliments me remit une lettre pour le résident politique d'Aden, en m'invitant à accepter une mule à titre de cadeau. iMe levant alors, je récitai une courte prière pour souhaiter que les jours ainsi que le règne de l'émir fussent de longue durée et que la face de ses ennemis fût confondue à jamais ; puis je m'inclinai sur sa main et je me relirai. Revenu dans la salle du gerad et voyant une vive inquiétude peinte sur la physionomie de mes compagnons, je me hâtai de les rassurer à voix basse par le simj)le moi achha, tout va bien.
Bientôt le gerad reparut suivi de deux hommes qui apportaient nos armes ainsi que le revolver envoyé par moi à Témir. îl m'était impossible de reprendre le cadeau que j'avais offert, et je soupçonnai là quelque finesse calculée pour découvrir quels étaient mes véritables sentiments à l'égard du prince. — Je dis au gerad que ce pistolet était particulièrement destiné à défendre les jours de l'émir; et, pour mieux convaincre les spectateurs, je brûlai rapidement quelques capsules, à la terreur infinie de l'honorable société. Le ministre retourna chez son maître et revint, un moment après, m'annoncer que, dans un joui' ou deux,
une seconde mule serait ajoutée h celle qui m'était déjà promise. Après les remercîments convenables, nous nous levâmes, nous bénîmes le gerad, nous adressâmes nos adieux à l'assemblée et nous sortîmes pleins de joie. Le Hammal était si transporté, qu'il ne put s'empêcher de parler son mauvais anglais dans la cour de l'émir.
Arrivés au logis , nous y trouvâmes le bon cheick Jarai, à qui nous fîmes part de l'événement, en lui offrant tous les remercîments que nous devions à son intervention amicale. ie fis de mon mieux pour guérir la blessure de son amour-propre à l'endroit de la prise de Stamboul et je parvins à le satisfaire. Devenu communicatif, il me dit que dès l'origine le principal motif de ses visites avait été de m'êlre utile; car on lui avait appris qu'il était arrivé dans la ville un homme qui faisait descendre les oiseaux du ciel et dont la présence alarmait infiniment tous les habitants. Tandis que nous causions ainsi, un des ulémas delà mosquée et un cheick renommé pour sa sainteté, qui, tous deux, avaient eu des rêves favorables en ce qui me concernait , m'envoyèrent leurs salams. C'est une des nomlireuses occasions où, durant ma longue résidence en Orient, j'ai eu à me louer de la salutaire influence exercée par les hommes
instruits sur le fanatisme du peuple. Une grande joie régna ce soir-là parmi les Somals, qui s'étaient vivement alarmés pour mes deux compagnons. Ils s'empressèrent de nous envoyer de nouveaux présents de fruits, de gâteaux et de robes de Harar.
Le 1 1 janvier, le gerad Mohammed me fit appeler pour me remettre la seconde mule promise. A midi, je reçus la visite de Cheick-Jami, qui vint m'inviter à inspecter sa bibliothèque. Après la prière, nous nous rendîmes à sa maison, située au milieu de la ville : dans la cour même existe un rocher qui est l'objet d'une tradition pieuse. Je trouvai chez le cheick de nombreux volumes , mais aucun d'eux n'était remarquable par la pureté des textes ou la beauté des caractères. Les livres à Harar sont généralement d'ancienne date, parce que les copistes sont excessivement rares. Après un dîner composé de tranches de bœuf et de gâteaux de holcus avec l'assaisonnement ordinaire de poivre rouge, je pris congé du digne cheick pour aller faire ma visite d'adieu au gerad Mohammed. Rien de saillant ne distingua cette dernière entrevue. Le vieux ministre me pria de ne pas oublier ses remèdes, lorsque je serais de retour à Aden. Je lui dis que, ne voulant pas perdre de temps, je comptais partir le lendemain vendredi , après la prière. ïl
répliqua simplement : « Yoilà qui est bien , s'il plaît à Dieu. »
Nous passâmes la soirée entourés par les Somals, qui nous chargèrent de lettres et de messages pour Berberah. Notre intention était de partir de bonne heure le lendemain ; mais, quand nous nous éveillâmes, une de nos mules s'était échappée et plusieurs lieures s'écoulèrent avant qu'on nous la ramenât. Cheick-Jami revint nous voir. Après nous avoir annoncé qu'il entreprendrait son excursion le lundi suivant, le lundi étant un jour particulièrement heureux, il nous engagea fortement à ne pas commencer notre voyage un vendredi, jour consacré au sabbat. Entin il se leva, prononça sur nous une bénédiction passablement longue, pria Allah de nous faire voîer sur les ailes de ht sûrelé, nous conseilla de nouveau le départ du lundi, et nous promit dans tous les cas de nous rejoindre à Wilensi.
Je ne crus pas prudent de suivre le conseil du cheick. Déjà depuis «ciuinze jours je me trouvais séparé de mon bagage. Les gens de Harar sont singulièrement versatiles dans leurs résolutions, et il était impossible de prévoir ce qu'une journée de plus pouvait produire dans l'esprit de l'émir. En définitive, toutes ces villes d'Afrique sont autant de prisons dans lesquelles, dit avec justesse le pro-
verhe local, on entre de sa propre volonté, mais d où Ton ne sort que de la volonté d'autrui. — Néanmoins, quand la prière de la mosquée finit , une pluie battante et l'état orageux du ciel me prêchèrent la patience plus efiîcacement que le digne cheick. Nous attachâmes soigneusement nos mules et nous renvoyâmes notre départ au lendemain.