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LA BELLE AU CHATEAU RÊVANT

A l'extrême terre près de la grève, le château dans la brume: de la plane terrasse teintée de lune et comme vide de présence, vers qui pourrait entendre, le veilleur des tours clame.

Les pleurs de ta passion

parent les collines

des péristyles des nouvelles Sions

et des nuag-es plaquent leurs adhésions.

Teintée de fleurs et d'aube et du san^ des victimes

la paroi du désert écartèle les trophées opimes

des lunes de tes rêves et des soleils de tes sommeils.

Les tentes dépliées au pied des caravanes les étriers coruscants jetés dans la poussière et le bruit du g'alop exhilarant dans la savane s'apaisent vers les deuils des poussières premières.

l58 PREMIERS POÈMES

L'ancre lang'uit au promontoire,

les démiarg'es des histoires

planent au miroir de la mer plane

c'est ici le song^e éternel du silence

le repos du sommeil éternel sans semblances

Les prodromes et les hypostases meurent au pied du roc crénelé la mer des blondes ténèbres éploie ses hydres annelés la mémoire est en deuil de la Nixe et de la Sirène la mémoire est en soufiFrance du quelconque qui pleure au seuil, ici c'est le palais des repos de la reine

Belligère d'émoi loyal

Jeune page aux lèvres loyales

Jongleur à la chanson joviale

piéton des chemins d'idéal venez à la cité qui meurt ses agonies d'insomnie ensevelie venez aux demi-morts, aux retranchés, aux proscrits, aux proscrits scellés aux gîtes irréalisables, venez

Passant, Roi de fortune. Éphémère, Thyrse des douleurs ' Cavalier des ardeurs, Reître des baisers, Jongleur somnambule à la voix morte du veilleur à la voix fantôme de la corne qui ulule accourez, accourez venez, venez

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CHANSONS d'amant iSq

Toutes roses du Farsistan et les bassins qui chantent la joie continuelle et les mosaïques aux lucioles perpétuelles et le vin de la chimère et le vin de mai et le jubilé du printemps

attendent la lassitude de tes pas

Dans le repos des parfums^ dans le trépas renouvelé tu goûteras la fête résurgente et vivace tu trouveras la trace éparse des derniers élans de ta race rillusion te dira les dominations

Les langueurs des harmoniques meurent au pied du roc crénelé viens aux réduits, .viens aux baisers, viens aux morts partagées.

Une voix saille de l'horizon

Ah, des sources inconnues pour y tremper mes mains malades! je suis le frère aigri des crépuscules similaires

le frère des spectres inconsolés ainsi les Danaïdes et le marin d'Ithaque qui souffrit aux plages arides ou le dompteur des taureaux enragés du rouge de ses lèvres

l6o PREMIERS POÈMES

J'ai perda ma force à sa faiblesse.

Sirène, la dernière à la voix de la première

j'erre aux miragpes des paysages répercuteurs de ta lumière,

ô toi qui luminas ma vie et ma détresse

de ton port irradié des flottes des désirs pavoises

j'ai carg-ué la voile de la tartane aventurière

et par les flots de nos douleurs abandonnées, je vais.

Brèves sont Jes douces terres lentes sont les mers l'amer passé délétère gît à mon diaphragme amer.

Brève est la colline si lente est la plaine brève est la clairière ^ si lente la lande.

Par delà la colline et par delà la plaine pas sur pas, coupe sur coupe, dans Tinfini'deton haleine je vais ma marche prisonnière

Mon bon cheval des luttes est mort le long des grèves ma compagne mémoire s'est assoupie de rêve sans trêve mon glaive s'est brisé contre l'écu du chevalier-frère

CHANSONS d'amant i6i

mon bouclier je Tai laissé aux chanteuses de la taverne ah! des sources inconnues pour en onder mon front malade et des seins portraits des siens que ma lèvre hiverne

Vers des cloches, argentines

Vers des lèvre» matutines . . .

Porche inconnu, peut-être asyle de celle qu'on destine au misérable fils inéluctable des héros peut-être ayant vaincu la menace de tes créneaux verrai-je un sourire épanouir la fête de mourir au pèlerin des morts d'aimer, opposez vos haches et vos carreaux

Qui que tu sois, g-ardien du fort

qui que tu sois, marin du promontoire

descends tes pas armés le long des forteresses

le maître des douleurs transgressera ton territoire

La voix du veilleur des tours s*élève

Que la herse se lève pour Taccueil, Passant qui lamentez votre âme sur le seuil laissez-vous guider par la main consolatrice allez vers les parvis des voix évocatrices

Et dès le vestibule, aux pas fiévreux du pèlerin, se dressent voilées de noir des dames; l'une dit

Ah que bég-aiera ta parole si rindicible vient à toi ?

Des chars se meuvent sous tes paupières

des chariots de guerre et des tours de pierre

et les pleurs lents de la blessure rouge

saig-nent aux bouges fréquents de toi —

mais la désirable fièvre qui se meut aux incertains émois!

J'ai su tes soirs vrillés de timbres impersonnels

aux voix d'on ne sait où, tes rébellions

et quand tu pan tèles aux g-rift'es insatiables du lion perennel

tes adieux monochordes aux soirs soudains des Sions

aux soirs immédiats des répercutables Sions.

La cité qui flotte à tes heures seules

la cité qui pleure ses pauvres, sous ton front

et le dédale des palais seuls

et les âmes résonnant aux marteaux des forgerons

invisibles les âmes, cœurs et cribles et cibles aux flèches des tueurs de monstres de ton front.

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CHANSONS d'amant i63

En quel oubli profond la désirable fièvre qui vient naître à tes crépuscules profonds.

Dans la nuit aromale des zones perceptible

Ah I cœur dormant au fond de ton cœur perceptible

Toi qui trembles aux pas légers le long- des Babels de ton rêve chercheur de passés qui s'oripent en avenir régresse, et dans toi-même cherche le devenir éveille la lancinante dormeuse hantante de ton rêve

Frère, la liqueur d'or qui pavoise, dore et décore l'absence incertaine de qui s'est tapie là et la perpétuelle et fausse présence du me voilà cherché-la dans les mines profondes que rinscience de tes moments scella — régresse, au plus profond porte tes pas

Vers le pèlerin, une autre dame s'avance et dît

Dans les jardins de la chimère mille plaintes aux térébinthes

mille plaintes amères à la seule douleur de la chimère

164 PREMIERS POÂMES

Dans les jardins de la chimère mille morts aux sycomores

à la seule mort des désirs g-erbés au jardin de la chimère

GriflFes en colliers

larmes en perles à

agonies des roses I j*ai su que la chimère lacessée 2

la chimère étranglée des colliers ]

éperle aux passants ses perles et dédie les roses aux pays de mort

Dans des pays d'été charnel

des pays éclatants que voilent des branchages

va chercher le renouveau des âges

et les cœurs des roses au parfum perennel I

le parfum des fleurs au toujours présent rituel

Les caravanes tympannonent.

Les filles mates, qui dansent et donnent rejoins-les aux détours sinueux de la route ;

ici c*est la prison, et le lierre primordial des erreurs que les chèvres broutent

entends dans Thorizon l'appel des tympannons A la cendre éteinte des regards pourquoi chercher tes survivances la tête en larmes de tes nuits la fleur écarlate de tes songes le dôme de soir du cher mensonge dévalent au fleuve de vie

Regarde fuir et vois gésir

Le Pèlerin passe, mais dans la salle obscure où sous le dôme aux contours imperceptibles seul s'aperçoit dressé comme un catafalque le lit de la Belle, le mage l'arrête

Soleil, morne soleil^ horaire défaillance

Astre de la nuit, tremblotantes lumières, astres de désastres

Face décapitée de la lune, une et spectrale

Ténèbre astrale, ah corps blessé, heure sans vaillance

Colonnade de pilastres où s'émeut le vent des désastres Gîte de l'accueil et de Tembléme, tour centrale

l66 PRBMIERS POÈMBS

Les passés voilent vos imag'es aux yeux intérieurs du mage

Qu'est devenu le doigft qui montrait l'aurore la torche des soirs vacillant sur le livre la danse^ spirale des reg^ards et qui enivre les corps se sont perdus et l'âme meurt encore

Frère des lointains

tes pas incertains

sur les sables du lendemain,

la méprise de ton caprice

vers la louang-e impératrice d'un corps acquiesçant sa lumière et ses divans blancs

vers la douleur vocératrice ce serait dans les soirs des mondes jeunes de vivre

le simple et pur élan mais le mensonge ici panse ses cicatrices

Les vagues des souffrances

se sont amoncelées

des stalactites ont filtré

du dôme en joie, du dôme en pleurs, vers le silence

les pleurs sont la langue où se sont rencontrés

les retours muets d'étranges contrées

CHANSONS d'amant 167

Couche tes pas arides dans la nuit sans ride vers la nuit sereine étends tes paumes suppliantes vers la nuit sans demain, lourde de rêve d'étoiles reines apaise tes genoux et tes oreilles oubliantes

Vers lui hors du faotômal monde hanteur de la salle, s'avance un

OUERRIEH

Les chars des capitaines sont passés — c'est la mort effondrées les tours qui ceinturèrent les palais des idylles

et la lagune lamente à Tîle les mousses du passé se sont amoncelées — c'est la mort

Frères de rythmes éperdus

les sèves et les vigueurs armées de fer

ils descendaient dans l'arène et furent perdus

Des courroux inconnus sur le feu des cavales galopèrent la lisière des fêtes aux coupes pleines et les cités se sont inclinées vers la plaine une main vint terrasser le front des capitales

De ceux qui s'enlaçaient pour pencher vers la mort de ceux qui s'isolèrent aux genoux de la mort

t68 PRKMIERS POEMES

le souvenir s* est clos dans les brumes de la mort les chars qui s'effondraient traînaient les capitaines vers les portes souillées d'on ne saitd*où — c'est la mort

Vers le catafalque où les yeux de \% Belle restent clos, le pèleritî supplie

Dès l'heure des graciles enfances aux indistinctes et pâles songeries

Lors de la nuit qui s'apâlit

dans les soleils aux agonies en pierreries

A l'appel de la courbe du fleuve

et des lueurs des incendies eut les forêts en navrance

Dans les chevauchées vers lumières neuves

Tombé débile aux mares d'ennui

J'ai rêvé la route à ton gîte où l'étoile luit et que mes avenirs s'étoileraient de tes féeries

CHAI<rSONS d'amant IÔQ

Un chœur invisible bruit

Nous avons cherché le mensonge et nous avons trouvé la loi; les hyperboles et les paraboles éclairaient les routes des aïeux la coupe de l'oubli resplendit aux festins dans les cieux et sous Tarbre qui donne Tasyle des baisers ombreux les amants venaient écouter les madones

Déçus d'avoir g-lissé sur les mers sans rivages trop longtemps devins de bruits sonores et vains nous inclinâmes vers la fleur de songe nos veuvages, las de nos regards lustraieurs des vieux âges nous nous dérobâmes aux prunelles d'avenir

Aux battants de notre porte c'est Téternelle poussière le chemin traversé s'engouffre dans l'éternel passé les âmes comme des ailes battent aux plafonds d'ombre les douleurs d'anciens cœurs seules se lamentent en poussière les discrépances de jadis sont emmurées dans le passé nous nous sommes voilésdu plus lourd manteau d'ombre puisqu'il n'est rien de plus que renaître et mourir

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