‹ Premiers poèmesChapitre 23 sur 29 · VOIX D'UN MINARET · texte numérisé non relu

VOIX D'UN MINARET

Debout dans Textase le seig-neur attend

Quelque réponse à ses prunelles

Devant le vide éternel Debout et présent le seig-neur attend

Il attend dans la nuit déserte

un regard d'humain vers son ciel

devant le vide éternel Debout et présent le seigneur attend.

Au bas des escaliers que doit franchir Reyam, un vieux derviche harassé s*est assis et murmure.

Comparattre, ah demain s'il me faut comparaître

devant moi-même mon prêtre et mon roi

Quand mon âme au seuil du disparaître

de Téternel et taciturne disparaître

me demandera

Vieillard qu'as-tu fait de ton âme et de ton être

Vieillard qu'as-tu fait de ce frère, qui dans une cabane de ton âme dormait

sous les balancements de palmes en rêve attendant l'heure de naître à ta voix

te conter les chroniques d'un grand rêve ?

Pourrai-je répondre: les passants passaient si nombreux devant mes prunelles

battements d'ailes sur la nuit que j'ai laissé mourir Theure à voir passer

des turbans et des robes et des bâtons brisés

Les paroles des chansons sourdies des rues lointaines étaient si tendrs Que j*ai laissé mourir mon frère à les entendre, Les paroles des chansons lointaines si indistinctes que j'ai tari le fleuve de vivre à les attendre

plus proches et plus prêtes pour comprendre leur charme lent^ leur charme doux, leur charme triste et pour savoir de quelle Eve astrale et surnaturelle de quels anges aux paroles en albes ailes ces chansons furent le miroir

ponts du ciel, je sais vos arches bâties d'attentes brisées

mais mon âme à l'heure où ses serviteurs trop longtemps debout pour la garde et le combat

en un soir rêveront le dernier rêve

a c'était trop bref, ce fut trop long »

l'âme dira : qu'as-tu fait de tes serviteurs

ni\ Acf a droite^ et l'épée de ta droite

OÙ est ta gauche et le bouclier de ta gauche où est ton front et le casque de ton front et la terrasse de tes yeux qu y passe-t-il maintenant.

L'agile citadelle de ta forcé et le coftre de ton cœur en quelles landes stériles les entouras-tu de tes gardes sur quelles frôles tentes, aux mirages de landes tes étendards, Les sabots de tes chevaux sonnaient à des terroirs

où les citernes sont taries.

Ton pardon tombait au front de tes serviteurs ; ce pardon pour toi-même ton frère Tavait en garde et ton frère de toi-même est mort.

Du plus haut minaret j^appelais Quand la nuit à nouveau fiance les amours des hommes

Du plus haut minaret j'appelais des échos en prière bourdonnaient à ma parole sur les terrasses j'entendais à ma parole éclater en gerbe les fiançailles des baisers, mais où suis-je, vieil aveugle, parmi les hommes

Dans mon âpre solitude les souvenirs entaillent comme cognées en forêts ; dans ma coupe d'amertume

28o PREMIERS POEMES

les souvenirs filtrent comme poisons dans les artères

comme des aiglons seuls dans Taire mes désirs clament vers ma mémoire en désuétude

VOIX d'un autre mimarst

solitaire quêtant Talbe robe de la recherche, ô solitaire

solitaire attendri des arabesques stellaires ô solitaire inclus dans ta muette litanie, ô solitaire

à ta droite, marche le désert parmi les foules.

O solitaire qui des patries par les plages vient aux sanctuaires vivre plus vivement Theure de toute ta vie ô solitaire, au divan, près de la coupe, qui t'étends solitaire qui cherche, solitaire qui attend

par la bigarrure des foules

Le rêve d'illusion, comme fleurs d'autres patries, des mains TapporteD Inviolées, par Tor dense des portes, elles l'apportent

dans l'éclair sidéral et bref de leur présence Solitaire, ce rôve porte-le vers tes lèvres

sans questionner l'étoile messagère car l'apparence et les pétales de l'extase sont mensongères.

En haut de rescalier du palais préparé pour recevoir ceux qui reviennent un vieux serviteur accueille Reyam.

Maître, les choses ont neigé depuis vos départs vers les phares d'exil des doigts d*ombre ont abrégé des floraisons de vies fertiles sous les dômes de votre palais

Voici les clefs antiques des salles claires et des jardins et voici vieillis vos serviteurs de vos enfances; à vos prochains appels aux éveils des matins combien norabrerez-vous de défaillances

Maîtres, salut à vous tous deux dans l'ample vestibule où des fresques de dieux attendaient dans Timmobile essor de leur présence les pas du maître, captif si loin, dans les absences

Retam et Djemail sont passés, sur la terrasse ils écoutent et rel^ardent la ville, la mer et la lande.

Vois, la fête de la ville est continue par la chanson de ses fontaines et le pas de ses aimées

la joie, sans cause et sans trêve s*annue par les cours en lumière au pied d'à mères mosquées

La mer supporte les chalands alourdis de blés et d'ors et de passants venus rire la fête de la cité venus pour repartir vers d'autres cités.

Voici la plaine noire et lointaine devant nous ;

ne semble-t-il pas que des ombres gravissent, pénibles, mornes et décombres

et noires, se lèvent vers nous.

Que distants et muets, sans se voir^ ni savoir

où les mènent leurs pas tous d'un effort même s'efforcent en la nuit noire

vers un éternel repas

Bonheurs en léthargies, fêtes en oublia joies omises

caprices, en habit de forêts en folies

Sur ces cœurs de la lande désolée descendez

un instant dans un mirage épanoui par les caresses

des lunes solitaires en traînes de reflets .

Détournons nos yeux de la lande larvée regardons plus sereine que la fête de la cité notre fête en nos cœurs et nos jours arrivés au décor immobile et natal, à ma cité.

CHANSONS d'amant 283

DjEMAiL parle à mi-voix, djemail parle

« O Pâleurs Délices lactées des nuits mes sœurs Vêtues de chevelures noires piquées d'astres Pâleurs violettes comme mes yeux émus nuit au rêve doux comme somme d'enfants nuit qui bénissez l'heure du bonheur parmi les désastres nuit tiède, nuit temple aux lits de la terre

nuit pèlerine des parfums nuit évocatrice des faces des défunts que tu pares des beautés florales du lointain

tu m'apparais Ta face diamantée sur le palanquin d'or Que balancent les pas des éléphants géants

et tu renvoies la souffrance

du jour bruyant, du jour opaque

fête quotidienne des cymbales

des jeux et des combats d'ours

fête des montreurs de cynocéphales.

DJEMAIL parle à mi-voix, djemail parle

a Le centaure epcore fief de la terre humaine chevauche l'immensité de la nuit

284 PREMIERS POÈMKS

Pan se couche aux lits humides des cours d'eaux

pour chanter la peine élernelle t)es lacs étroitement gardés de terre en roseaux.

Mutins parmi les fleurs qui parlent Les elfes s'éveillent aux baisers de la nuit pour enchanter les tristes âmes en repos

et diaprer d'un coup d'aile leurs rêves falots;

La nixe de la mer froide et pâle parle

les consolations à ceux-là qui dorment

le songe statique de la mer énorme

DJEMA.IL rit

Des files de cavaliers vont héler aux portes du manoir.

par la plaine, hâtée de leurs pas, dans le soir

Des chétifs en pèlerinage vont à la flamme du miroir

Qui s'allume en incendie sur la tourelle De frêles fillettes s'empressent vers le miroir seule incandescence dans la féerie du pays noir et leurs chansons brillent comme ruisselis d'eaux vives sur le fond sombre des pas des pèlerins sous le ciel noir

DJ EMAIL murmure

De la plaine, des vagues, des palais des voix montent à moi

CHANSONS d'amant 285

des voix, résultantes de musiques en émoi, aux jardins nocturnes du palais des pages rêvent pour moi

Des nefs, d'âmes pleines transmigrent aux mers océanes des nefs d'âmes pleines de moi ; le pécheur sinistre des mers océanes

Les mène à la dérive, épris d'un sourire de moi

qui vient de se passer sous les étoiles

Dans une bourgade désolée des vents de mer et sifflante sous le vent des forêts Des femmes tissent leurs toiles

heureuses et gaies ; Dans les âtres de la bourgade dans les flammèches en étoiles mon sourire a passé se jouer.

Un khéroub de douceur Qui chante à Torgue au paradis s'interrompt pour entendre aux voix de la terre Un khéroub de rigueur qui s'élançait du paradis s'arrête écouter les chansons de la terre

ma voix parle aux piliers des vieux temples ma voix sait Taccent de dialectes inconnus ma voix broche ses chants aux manteaux amples aux manteaux d'or des songes inconnus.

DJEHA.IL chante

C'est l'heure attendue, Mon ami de mes rêves et de ma vie s'en revient vers notre chambre de nos baisers La nuit se fait plus claire aux vitraux de la chambre l'argent lunaire rit aux fleurs d'or des divans voici le silence de la nuit l'heure en fôte de la nuit Un seul bruit passera sur la terrasse du palais celui de son pas vers mes baisers.

Nuit vêtue de noire chevelure piquée d'astres d'astres d'or mat, d'astres en diamants

Nous voici qui partons notre sommeil d'amants vers toi, notre sœur éternelle et solitaire Et tu nous ris de toutes tes étoiles

Nuit abondante qui nous enveloppe de son voile.

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