‹ Premiers poèmesChapitre 14 sur 82 · AURORE · texte numérisé non relu

AURORE

Mets ton cœnr confiant entre des mains de femme, A ses pieds ton orgueil^ en ses yeux ton espoir^ Entonne à pleine voix un chant d*épithalame;

Exalte la beauté, célèbre le pouvoir Inéluctable et fort'de cette charmeresse Ayant Féclat trompeur des visions du soir;

Entre dans la forêt résonnante où se dresse

La multiplicité verticale des troncs

Parmi lesquels le vent fait vibrer sa paresse,

Où des souffles plus doux rafraîchissent les fronts; Marche ; les longs sentiers ouvrent leur perspective Vers de bleus horizons de rêve où nous irons.

Descends par les chemins de la forêt déclive Vers le val abrité de la montagne où dort L'étang dont les roseaux envahissent la rive.

C'est le soir^ et^ là-bas, dans le ciel clair encor^ Où Tazur s'assombrit d'un vague crépuscule, La lune monte arrondissant son disque d'or;

Et celle qui parut à ton âme crédule^

La divine Attendue aux jours des longs effrois,

Offre sa lèvre en fleur à ta lèvre qui brûle. ,

Ses mains ont la douceur et les gestes adroits Des Anges bienfaisants qui ferment les paupières Des beaux enfants couchés dans les berceaux étroits :

Ses yeux compatissants à toutes les prières Ont la limpidité du saphir transparent, Candeur de l'être jeune et des heures premières;

A.PÀISEHK1VT 39

Dis-luî bien les douleurs de ton âme, mourant Du mal mystérieux de la vie importune, D'être seule au milieu du monde indifiTérent.

Au fond du val Fétang miroite au ciel de lune.

Tu pleurais autrefois lorsque TAurore neuve Surgissait, blanchissante, au ras de l'horizon, Comme un lait débordant dont le monde s'abreuve,

Et tu voyais venir avec un grand frisson

L'éclosion du jour sur la terre éveillée

Où ton âme souffrait comme dans sa prison;

Écoute maintenant passer sous la feuillée Ce long frémissement précurseur du réveil, Et salue exultant l'Aurore émerveillée;

Car ton esprit renaît comme d*an lourd sommeil Hanté de cauchemars que Taube jeune entraîne Confus et pâlissants aux rayons du soleil.

Elle est à tes côtes immobile et sereine

La chère vision que ton âme appela,

Celle qu'on attendit^ la Maîtresse et la Reine,

Le rêve de tes nuits d'angoisses... La voilà, Sans qu'un mystère vain la cache et la dérobe Dans sa splendeur divine et visible, elle est là

Dans le vent du matin qui soulève sa robe

De Vierge immaculée et montre ses pieds blancs

Faits pour fouler aussi le Croissant et le Globe :

Ses pieds nus marcheront par les chemins sanglants Prêts à subir TafiTront des épines mauvaises; Sa main réprimera les farouches élans

Qui t'ont ftit, en des jours d'épreuve et de malaises,

Souhaiter, pour finir de ton mal ancien,

La chute où l'on se brise aux angles des falaises.

APAISEMEnr 41

Espère. Elle est debout dans TAurore qui vient>

Très blanche^ et le front ceint de ses nattes tressées...

Mais^ horreur! ton regard se fixant sur le sien

Voit le vide menteur de ses yeux sans pensées*

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