‹ Premiers poèmesChapitre 30 sur 82 · ACHEMINEMENT · texte numérisé non relu

ACHEMINEMENT

J'ai fléchi les genoux et le front devant elle En lui donnant ma vie et mon cœur simplement, Car ses yeux souriaient de pitié fraternelle Et je fus attiré par son geste clément;

Et je lui dis Tespoir et le vœu de mon âme, Et rintime souhait dont les autres ont ri; Ses lèvres m'ont versé comme un double dictame Le baiser qui console et le mot qui guérit.

Naïf, et sans Torgueil des précoces sagesses Que feint le cœur blessé dans sa naïveté, Près d'elle j'ai rêvé la joie et les largesses De l'idylle éternelle et du songe enchanté

Promenés à travers la richesse des flores Embaumant à jamais les bois et les chemins... Toute une éternité de printenaps et d'aurores Où nous aurions marché, des roses dans les mains.

Vinrent les jours mauvais de l'ère douloureuse Triste de Tabandon et du regret qui mord, Tandis que lentement au fond du cœur se creuse La tombe où dormira ce premier rêve mort.

On va par la langueur d'Automnes finissantes..» Au frôlement confus d'arbres entrechoqués Apparaît à travers les feuilles jaunissantes La claire vision des printemps évoqués,

Et Ton se penche au bord des sources et des fleuves Pour boire les oublis et Tonde des Léthés Et trouver le remède aux dolentes épreuves Du souvenir tenace aux retours entêtés

Qui; se mêlant au chant qu'à mi-voix on répète, Revient avec le rythme obsédant d'un refrain Retentir et vibrer dans le cœur du Poète Exilé de la paix de son rêve serein

Mais, devant le décor des calmes paysages Déroulés à mes yeux éblouis^ j'ai changé Mes désirs d'autrefois pour des rêves plus sages Où se plaît le repos de mon cœur soulagé.

Et si, parfois repris des anciennes chimères, Je tends encor les bras vers leur ombre qui vient. Sachant que ce sont des mirages éphémères Je vois fuir sans regret leur vol aérien;

A travers les forêts, les plaines, et les vignes Je marche émerveillé de leur éternité.

Dans le chant des couleurs et la gloire des lignes Ivre de solitude et de sérénité;

Et mon pas rassuré gravit les cimes claires ' Qui baignent dans le bleu d'un virginal azur, Loin d'un monde de deuils, de haine et de colèreS| Vers le pays du rêve inaccessible etpur.

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