‹ Premiers poèmesChapitre 42 sur 82 · SONGE D'ÉTÉ · texte numérisé non relu

SONGE D'ÉTÉ

Voici que la splendeur des brûlantes saisons S^épanouît enfin sous Tazur diaphane ; De la terre accablée un chaud parfum émane Vers les soleils d'été baignant les horizons.

Le fleuve fait courir ses ondes métalliques Vers la pureté claire et vaste des lointains, Et sur les pics aigus et les sommets hautains Rayonne la blancheur des neiges angéliques;

L'azur des lacs muets figés en plein soleil Où nul frissonnement nç passe s'égalise Et leur surface plane où Teau s'immobilise Semble un œil léthargique au clairvoyant sommeil.

Aux flancs des monts^ dans les gorges et les vallées^ La plainte des forêts s'interrompt et se meurt Dans le décroissement d'une vague rumeur, Et de grands rayons d'or balafrent les allées.

Et moi, je veux dormir la tête entre tes seins O chère, et que tes yeux aux lueurs bienfaisantes Me versent le repos des heures apaisantes Où des rêves bénis tournoieront par essaims;

Car je suis las, ô douce amie, et je repousse Le délirant amour trop charnel et trop fort, Entre tes bras fermés je veux croire à la mort Tant cette paix de l'âme et du corps sera douce;

Et berce infiniment ma tristesse de cœur Avec de longs baisers sur mes lèvres crédules Jusqu'à l'heure où le vent des tièdes crépuscules Ouvrira sur mon front ses ailes de langueur.

Jusqu'à l'heure où de mes prunelles agrandies Et que dilate encor quelque rêve enchanté Je croirai voir, dans le couchant ensanglanté, Monter l'essor vengeur de fauves incendies.

92 PREMIERS POiMES

Page 1