‹ Premiers poèmesChapitre 55 sur 82 · EXIL · texte numérisé non relu

EXIL

J'ai laissé loin de moi la ville et les faubourgs Que remplit la rumeur incessante des foules, Où le peuple en émoi fait onduler ses houles Lorsque vibre l'appel révolté des tambours.

Dédaignant Taction stérile et douloureuse, J'ai clos mes yeux lassés et j'ai croisé les bras, Mes mains n'ont pas trempé dans les labeurs ingrats, Je n'ai pas eu la soif de l'or acre et fiévreuse.

J'ai méprisé l'amour incertain et fragile Si prodigue de mots qu'un lendemain dément Et dans sa tombe j'ai baisé pieusement L'illusoire et menteur fantôme aux pieds d'argile,

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Et j'ai dit à mon âme errante qui pleurait Sur la plage sonore où blanchissent les grèves : <c Rêve un monde meilleur au souhait de tes rêves <i Où fleurira la fleur de ton désir secret;

a Un monde sans pareil et radieux d'Aurores « Où dormira la paix des éternels Etés, tt Oasis de parfums et d'étranges clartés a Et jardin embaumé d'impérissables flores. »

Mon Âme par delà les lointains horizons Où dans la brume d'or des couchants pacifiques Se dressent les cités avec leurs toits obliques S'envole au doux pays des promptes guérisons,

Au doux pays perdu dans ces régions vagues

Où s'isole l'esprit des poètes songeurs^

Au pays fortuné baigné par les rougeurs

Des soleils flamboyants effondrés dans les vagues.

Sur le sol vierge encor se déroulent les plans Des paysages beaux de jeunesse première, Dans l'absolu silence et la pure lumière, Et les exhalaisons de parfums somnolents.

Le bleu des nuits a des lueurs de crépuscule,

Des nuits de quiétude. et de sérénité^

Et rhorizon précis en sa limpidité

Dans un clair infini s'enfonce et se recule;

Et d*un ciel p'jr que rien n'altère et ne ternît, La lune, prodiguant aux choses reposées La chute fécondante et molle des rosées, Sent monter de la terre un parfum rajeuni.

Parmi les bois tonfTns où s'endort et se fige L'étang mystérieux aux magiques reflets* Où croissent des iris teintés et violets Se penchant sur l'eau claire à donner le vertige,

Je croiserai les pas de celle qui m'attend Pour m'ouvrir à jamais son âme hospitalière, La divine Attendue à mon cœur familière Qui l'aimait d'un amour éternel et latent,

Celle qui sous l'azur des féeriques contrées Promène lentement son regard sourieur.

Celle qui réalise un rêve intérieur De tendresse et de paix nulle part rencontrées.

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Celle qui sait bercer du rythme de sa voix Le cœur rasséréné du deuil et de ralarme, Celle dont la présence est le suprême charme Rêve de maintenant et rêve d'autrefois.

APAISEMENT 1 î 5

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