‹ Premiers poèmesChapitre 6 sur 82 · LE FLEUVE · texte numérisé non relu

LE FLEUVE

Du haut de ce rocher qu'il baigne à son passage Je vois le fleuve lent s'enfuir dans les lointains Et je suis, longuement, les contours du rivage Enserrant la torpeur de ses flots incertains.

Il passe, reflétant dans son onde dormante Les vieux arbres penchés qui s'inclinent vers lui • Dans sa tranquillité sinueuse il serpente, Et selon le terrain il s'éteint ou luit;

Plus loin il longera des villes entassées.

Il courbera son dos sous le joug des vieux ponts,

Il coulera captif entre les deux chaussées,

Où dorment les vaisseaux amarrés aux crampons.

Maintenant, il s'égare aux plaines sablonneuses, Attarde, sans souci, son courant ralenti.

En frôlant ses bords où les battoirs des laveuses Frappent des coups égaux dont Técho retentit.

Suivre le fil de Feau sur quelque barque errante En songeant vaguement aux vieux rêves défunts, Tandis que, devant vous, la rive différente Passe, envoyant l'odeur de ses mille parfums,

Voguer longtemps, bercé du rhythme monotone De Tonde qui se fend sous Félan du bateau, Voguer à travers des paysages d'automne Dans l'espoir d'arriver on ne sait où, bientôt;

Aspirer la fraîcheur des aubes renaissantes.

S'imprégner longuement de la langueur des soirs, Où flottent des senteurs étranges et puissantes. Et les frissonnements qui tombent des cieux noirs.

Car on peut supposer — ce rêve est doux à l'âme Souffrant du souvenir qu'en vain elle a banni — Qu'on s'en ira bien loin toujours et que la rame Vous conduira finalement dans l'infini.

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