NAUFRAGES
Loin du port, à travers les mers fortes ou calmes Où le soleil alterne avec les vents fougueux, Le navire est parti sur les flots hasardeux Vers une île inconnue où fleurissent les palmes ;
Vers une île inconnue et que les passagers
Dans leurs sommeils bercés par les houles du large
Ont rêvée à loisir pleine d* arbres que charge
La riche éclosion de fruits doux et légers.
Avec des vols d'oiseaux dans la ramure épaisse Et que baigne à jamais un soleil réchauffant, Telle qu'elle apparut en leurs rêves d'enfant Et telle ils l'ont revue en des heures d'ivresse j
Et pour réaliser ce songe d'autrefois, Ils ont bravé la mer, les écueils et la houle, Le soleil qui les mord, la lame qui les roule... Pourront-ils seulement s'écrier : je la vois ?
Verront-ils, de ces flots sortir à quelque aurore, La patrie inconnue où les guident leurs vœux; Car la mer fait, le soir, de sinistres aveux Par la bouche des morts qu'apporte l'eau sonore.
Heureux I Ils ont connu, intimés naufragés.
Le bonheur de voguer vers le but de leur rêve, Et qu'importe l'issue où leur désir s'achève, Ils auront plus vécu que bien des plus âgés;
Car ils ont espéré. Les yeux brûlant de flammes, Interrogeant l'espace où rien n'apparaissait. Dans les derniers rayons du soleil abaissé Ils croyaient voir surgir la terre au ras des lames,
Ils vont ainsi longtemps jusqu'au jour où la mer Lasse de les porter vers un but impossible Ouvre pour eux son sein généreux et paisible. Et les fait tournoyer au gré du flot amer, \