‹ Premiers poèmesChapitre 61 sur 82 · LE VOLEUR D'ABEILLES · texte numérisé non relu

LE VOLEUR D'ABEILLES

Tuned to the noon-day whîeper of the trees A simple flûte calls forth the humming bées...

Francis Vielk-Griffin (Ode to Edgard Poe.

Le poids des grappes a courbé le jet des treilles Lourdes de soir et d'ambre et de maturité ; Une rumeur de mer, au loin, berce nos veilles, Et parmi Fombre où notre amour s'est abrité La brise aux feuilles semble un passage d*abeilles.

Les ors divers des blonds soleils et des miels roux Qui ruissellent de cire au3^ ruches des collines Nuancent de leur double éclat tes cheveux doux, A mon étreinte dénoués, et tu t'inclines Pour baiser le front las posé sur tes genoux.

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Un sourire de toi vaut une autre conquête ^t toute cette joie est lourde et c'est assez... Un clairon vibre sur la grève, et sa requête Arrive dans le soir jusqu'à moi qui ne sais Plus rien de ce vain rêve où leur orgueil s'entête.

Ce lent jour écoulé d'aventure et d'émoi Relègue en un oubli radieux la mémoire De tout, hormis l'amour qu'il m'a valu de Toi; Et laisse-moi, d'un trait, t'en redire l'histoire Merveilleuse, la suite et le naïf exploit...

L'attente, et dans la nuit d'étoiles l'aube née A l'Orient de cette mer où nous voguons Vers les défis à notre proue éperonnée Jetés par le Pays de l'or et des Dragons Vers qui par le hasard notre course est menée,

La terre en fleurs surgie à l'aurore en chemin,

Et la plage déclive et le décor de vignes

Et d'oliviers, et sur le ciel clair du matin

La neige des sommets ondes en lentes lignes,

Et les vallons s'ouvrantpour qu'y fuie un lointain |

Ce n'était pas le terme encor de l'équipée, Le Pays fabuleux que devait conquérir L'héroïque talon nu des porteurs d'épée ; Le navire pourtant vira pour atterrir Au sable d'une baie unie et découpée.

Et tandis qu'ils parlaient de victoire et de sang Et des soirs de massacre en des villes royales, Assis en rond sur le rivage éblouissant, J'errais parmi l'éveil des plaines pastorales Dont les parfums grisaient mon âme de Passant;

Et j'ai marché vers l'ombre étroite des vallées

Vertes d'herbes et d'onde où dans les roseaux droits

Tremblait la fuite encor de Nymphes détalées,

Et j'ai suivi le long des lisières d'un bois

Le pas de quelque Faune empreint aux fleurs foulées.

L'azur du ciel dormait d'un sommeil ébloui.

Alors qu'une rumeur parvint à mes oreilles, Et voici que bientôt paraît l'essaim ouï ; Et le vol bourdonnant d'innombrables abeilles Gronde et pleut comme une grêle d'or inouï.

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Les ruches dressent Tor de paille de leurs cônes Au centre de la plaine où vibre le millier Des abeilles vers qui le pas suivi des Faunes M'a conduit par le bois et le sentier mouillé (Car ils aiment et dérobent les beaux miels jaunes).

J'ai pris un rayon de miel ainsi qu'un voleur, Et l'essaim bruissant comme un rêve tragique Environna ma fuite à ce verger où leur Colère se tut à l'éveil d'un chant magique En incantation de lent rythme charmeur.

Et vers toi, ma Joueuse éternelle et frivole, Qui d'un souffle en la flûte avive le vain jeu Des gammes, fol essor qui vers l'écho s'envole, Je t'apparus parmi la candeur du ciel bleu Et nimbé d'un bruit d'abeilles en auréole ;

Et, pour cette rencontre et ce rapt enfantin D'abeilles et ton sourire d'enorgueillie.

Mon âme qui voguait vers un autre destin Abdique au doux servage où ta natte la lie... Et la Trompe d'appel au ras des mers s'éteint.

ARIANE

Aux grèves de eoleil où s'effacent les pas Comme la vanité de notre ombre éphémère, Se sont moulés les seins siigas de la Chimère Qui dormit sur le sable en quelque midi las.

La mer bourdonne sourde, à dire des abeillei lyres de l'or des algfues rousses, et l'éclat Du ciel de pourpre où le sang d'un soir ruissela Evoque d'autres soirs aux vendanges de treillei.

L'ombre mystérieuse a redit aux échos

Les tambourins rythmant les rites triomphaux

Du Dieu qui porte un thyrse où se tordent des vignes ;

Et; dans le ciel d'été, pâle Ariane, luit, Parmi la foule des étoiles et des signes, Ta couronne apparae un astre dans la Nuit.

ARIANE

La proue impétueuse à l'horizon deâ mers N'a pas fendu les flots dont l'écume est la flore £ close aux renouveaux de leurs éveils amers.

Le conquérant venu du pays de l'Aurore N'a pas quitté la rive natale où grandit L'héroïque rumeur de son renom sonore ;

Et, sur la proue aventureuse où se roidit De révolte le buste nu de la Sirène, Le bouclier n'a pas encore resplendi

Qui porte en sa rondeur rousse de lune pleine L'image incise en l'or d'un Bacchus triomphant Sur le char attelé d'un tigre qui le traîne,

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Ce dieu virily aux yeux de femme, aux chairs d'enfant^ Qui secoue en ses mains, hochet de son délire, Un thyrse lourd de pampre où le raisin mûr pend^

Blond vainqueur dont le cri de guerre n'est qu'un rire Et qui détourne au soir sa route sur les flots Vers l'Ile rencontrée où la plainte l'attire

De la voix qui sanglote aux grèves de Naxos.

Les ailes d'un oiseau de mer qui vole et plane Font choir une ombre double aux plages de soleil Où mon ennui s'accoude en poses d'Ariane.

De l'aurore à midi sidéral et vermeil,

Jusqu'au soir violet où s'allume l'étoile

De chaque nuit plus douloureuse à son réveil.

Au creux des sables fins comme un linceul de toile,

S'est moulé mon ennui las de Tattente où rit

Un mensonge d'oiseaux longtemps crus une voile ;

ÉPTSOWFS 187

Et d'éternels avrils d'écumes ont fleuri

Sur les glauques sillons des vagues éternelles,

Que le soc d'une proue encor jamais n'ouvrit;

Et, las de cette mer et du leurre des ailes Aux horizons lointains et nus des ciels d'azur, Et du déferlement des lames parallèles

Dont le flux de marée efiace et comble sur La grève mon empreinte vide, je ramasse Une conque en spirales torses d'émail dur

Où je souffle un appel à quelque Dieu qui passe.

LE VERGER

A mon ami Philibert Delorme.

Le matinal espoir des jours que j'innovais Fut la promesse de tes lèvres d'Ingénue Et d'avoir pour mon front tressé la bienvenue Des guirlandes où rit la floraison des Mais.

L'Eté m'a ramené vers Fombre où tu dormais, Dormeuse de la sieste éblouissante et nue ; Ne m'as-tu pas guidé vers la mort inconnue Toi qui parles aux soirs de l'Automne mauvais ?

Et toutes Trois n'étiez-vous pas l'amour unique. Mystérieuses Sœurs du Verger symbolique Où veillaient votre attente et votre trinité ?

Et chacune de vous, tour à tour, eut mon âme

Avec sa lassitude et sa naïveté,

Et j'ai chanté vers vous ce triple Epithalame.

LE VERGER

Je vis de la fenêtre ouverte sur le Rêve,

Au cadre fabuleux d'un vieux site écarté,

Un verger merveilleux de rosée et de sève

Apparaître à travers l'aurorale clarté

De l'heure où l'aubè naît dans la nùitqui s'achève.

L'éveil d'un jour d'azur en un décor d'avril Chantait parmi la joie étrange des feuillées ; La pelouse propice aux siestes sans péril Allongeait ses tapis de verdures mouillées Pour l'agenouillement d'un aveu puéril.

Le doux vent bruissait dans l'entrelacs des branches Et courbait l'herbe folle et glauque des gazons, Et des arbres se détachait en avalanches Le trésor libéral des neuves floraisons Rouges ou paiement roses ou toutes blanches.

Dans le charme de Pheure, au centre du verger Frissonnant d'un émoi de plumes et de brises Eparses en les fleurs dociles à neiger, Près d'une source Trois Femmes étaient assises Oyant le flot parler d'un gai rire léger ;

Et la Première était gracile et toute ceinte D'une robe pudique à plis multipliés^ L'Autre en sa nudité conviait à l'étreinte Sans défense des bras sous son col repliés.

Et la Troisième avait la robe d'hyacinthe ;

De ses genoux, parmi le reflet violet Des étofies, choyaient des grappes d'asphodèles En l'herbe où la Dormeuse impudique étalait La floraison aux seins de deux roses jumelles ; La plus jeune tressait des fleurs en chapelet;

Ses cheveux étaient blonds à tromper les abeilles ;

Et celle qui dormait épandait à grands flots

Toute sa chevelure, Or, où tu t'appareilles I

L'autre évoquait la nuit où les astres sont clos

Par ses bandeaux obscurs qui couvraient ses oreilles,

Et toutes trois semblaient, depuis l'éternité Des siècles, être là pour guetter la venue, En ce verger floral de T Avril visité, De Celui qui viendrait d'une terre inconnue Vers leur divine et leur fatale trinité.

Il vint, par le chemin du côté de l'Aurore, Des vieux Edens perdus vers le monde ignoré, En ce Verger de source et d'arbustes sonore, Ephèbe épris d amour, vaguement timoré De son exil parmi les routes qu'il ignore.

Vers celle qui tressait des fleurs entre ses doigts,

Vers la timide, la pudique, la gracile

Dont les cheveux flottaient sur la robe à plis droits,

Il vint, et son aveu frivole et juvénile

Salua des genoux l'Élue entre les trois :

— Moi qui viens de FAurore et qui marche vers l'Ombre

De par le sort impérieux qui m'asservit.

Sois ma Compagne de la Vie à la Mort sombre. —

La Vierge se leva soudain et le suivit

Pour l'avoir attendu depuis des jours sans nombre.

194 PBrMTF.RS POftME»

L^épanouissement des sèves estivales

Éclate maintenant en feuillage divers;

Un vent, sur des eaux mortes, intactes et pâles.

Ainsi que las d'avoir erré, monte au travers

Du perplexe repos des verdures rivales.

Le Verger s'engourdit mystérieux et dort Sous le poids du soleil, de l'heure et du silence, Et d'entre les rameaux que ne meut nul essor D'ailes et que pas une brise ne balance, Dardent de grands rayons comme des glaives d'or.

Par l'air une senteur vaguemeut flotte et rôde : Moiteur de seins, sommeil de chair, afflux de sangs, Tous les parfums sués par la terre âpre et chaude. Et sur les larges fleurs grasses de sucs puissants Bourdonne un or vibrant d'abeilles en maraude.

Parmi Therbe éclatante et qu'elle éclipse, fleur De ce royal Eté promis par les Aurores Où le Verger germa sa récente pâleur, Émue au renouveau des ailes et des flores, La Divine s'étire en la pleine chaleur.

Et, dédaignant l'aide factice d'aromates,

Par la seule beauté de son corps attirant,

Par l'or de ses cheveux et l'éclat des chairs maiea

Prête à vaincre d'Klle le juvénile Errant,

Elle sommeille sur des roses incarnates,

Sachant qu'il reviendra vers le site béni

D'où parmi la splendeur d'une aurore natale,

Se leva doucement, du groupe réuni

Sous les fleurs qui tombaient en neige, la plus Pâle,

Celle pour qui son prime amour fut infini ;

Garce rêve d'enfant de choisir le sourire Virginal et ce songe d'amour qui, naïf, Veut pour toute la Vie, et de toutes, élire Une reine à son culte idolâtre et votif, Se dissipe aux midis de chair et de délire ;

19(t ' PREMIERS POÈMES

Et, dans le chaud verger où les abeilles vont Déchirant l'air chargé de parrums et d' attente, Le Ravisseur joyeux, d'entre les arbres, fond D'un élan éblouijuscpi'à la chair tentante Qu'il emporte rieur vers le fourré profond ;

Et comme un cri jeté de rapt et la victoire

D'un instinct sur sa proie impunément rué.

Vibre le rire triomphal et péremploire

Aux échos successifs longtemps perpétué

Pour se perdre dans l'air sonore et sans mémoire..

Le double pas marqué sur Therbe du matin N'indique plus la trace oiX.pesa leur foulure ; Le rire glorieux dans Técho s*est éteint :

tout l'évanoui de cette chevelure I le premier aveu du Passant enfantin !

Au ciel d'or vespéral strié du sang d'un astre

Agonisant sa mort à la face du soir,

Quel amour en péril va rire son désastre ?

La source froide et lisse est comme un marbre noir

De sépuldte parmi le gazon qui l'encastre.,..

Le ciel qui fut d'un ocre triste est violet.

Foyer mort et marais de cendres et de fange Qu'éparpille au passer l'aile d'un vent muet, Et le verger d'ombre équivoque en l'heure étrange S'alourdit d'un parfum de fièvre et de fruit blet ;

198 PREMIERS P0ÈMF8

Et la Femme aux grands yeux d*attentes aux nuits vagues,

Droite en sa robe d'hyacinthe à joyaux clairs,

A décroisé ses mains où luit un feu de bagues,-

Et d'un lent geste s'est là-bas tournée et vers

Le sentier blanc jusqu'où l'herbe déferle en vagues,

Et par où va venir celui qui reviendra, Et, levée, elle dit lentement à voix basse :

— Suis-je pas le baiser dont sa lèvre voudra. Moi la seule tentation de la chair lasse, Pèche miraculeuse aux aigreurs de cédrat?

Ma chair s'est préservée au tissu des tuniques

Du contact insulteur des vents et du soleil

Qui rougit le corps des dormeuses impudiques,

Et ne s'avive pas de la nuque à l'orteil

Du fard éblouissant des incarnats cyniques ;

Et, mes voiles tombés à mon seuil nuptial, Je ne tenterai pas la défense qu'invente La Vierge et j'offrirai mon corps impartial Dans la sécurité de la Femme savante, Sereine à tout jamais d'avoir su tout le ipal;

J'ai vu le renouveau des saisons éphémères,

Et le mensonge bleu menti par les Azurs ;

J'ai l'amour de l'épouse et la pitié des mères

Pour ceux qui, dans la nuit où tombent les fruits mûrs.

Guettent le vaste vol aveugle des chimères ;

Reçois le don mystérieux et le trésor D'oubli que t'ont gardé mes lèvres hypocrites, Et je serai ton guide aux fêtes de la Mort Où tu prendras le feu des bûchers et des rites Pour la gloire et l'éclat d'un lever d'astre d'or ;

Et vienne maintenant le doux Passant du site Matinal, Plngénu de ce verger d'alors, Le Charmeur oublieux de la Vierge tacite, Le Ravisseur qui rit l'exploit de ses bras forts Vers mon amour et sa suprême réussite 1 —

L'appareil yarié des riches artifices,

Etoffes, fards, bijoux, sourires, tu les as I

Mais les robes sont d'un tel poids à ton corps las

Qu'elles glissent au nu de tes épaules lisses ;

Gomme un couchant de flamme au froid des horizons Transfigurant la plaine où gisent les scories, Le fard posé ravive à tes lèvres meurtries Le jeu de leur sourire et de tes pâmoisons ;

Et l'étoile de diamants aux pendeloques

De tes oreilles a, sur tes nuits équivoques,

Lui comme sur mes soirs de mal les astres vrais ;

Et cette lassitude égale nous-convie

A joindre nos destins douloureux et navrés...

Vous qui savez si bien les hontes de la Vie.

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