‹ Premiers poèmesChapitre 82 sur 82 · LE HIBOU · texte numérisé non relu

LE HIBOU

Les mauvais soirs te virent nue et solitaire Sur la Tour de porphyre où tes cheveux épars Ëpandaient vers tes seins un or héréditaire^ Et du sang revivait aux pourpres de tes fards.

Tes lèvres évoquaient des blessures vivaces Dont souffre quelque chair divine qui fleurit D'un caillot surhumain la brèche des cuirasses Et tes yeux le lac d'ombre où notre âme a péri.

Quatre nains érigeaient au vent des torches hautes Et dont la flamme haletait vers ton corps nu^ Et ton geste assignait à d'invisibles hôtes De venir jusqu'à toi de quelque astre inconnu^

De quelque terre morue où la Nuit sans aurore Disperse en ses forêts où brûlent des flambeaux Des couples secoués d'un rire si sonore Que sa joie ivre insulte à la paix des tombeaux.

Le Temps a fui depuis comme les ailes noires Des nocturnes oiseaux qui frôlaient tes cheveux L'Occident a fêté de rougeurs monitoires Des passages au ciel d'Anges mystérieux.

J'ai retrouvé ta robe et tes cent pierreries

Que gardait dans un trou sinistre et chaud encor^

Parmi les cendres et la boue et les scories,

Un Hibou las d'ouvrir ses yeux de sang et d'or.

Et pour avoir touché ces robes et ces pierres J'erre maudit et mon casque jadis stellé Porte éternellement des ailes funéraires, Horreur de l'aube bleue et du ciel étoile.

Le Hibou crispe ses griffes concultatrîces A mon cimier et s'y cramponne, et dans le soir J'entends l'oiseau funèbre au vent qui le hérisse Ouvrir l'ébat captif de son vol vaste et noir.

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